Les élections parlementaires en Arménie se sont achevées ce dimanche avec une victoire écrasante mais contestée du Premier ministre Nikol Pasynian. Alors que les résultats préliminaires indiquent une domination de son parti, des accusations de fraude et des arrestations massives au sein de l’opposition pro-russe plongent le pays dans une profonde incertitude politique.
Une domination électorale aux chiffres contradictoires
Le paysage politique arménien semble s’être cristallisé autour de la figure de Nikol Pasynian, bien que la précision des chiffres obtenus en ce début de lundi fasse l’objet de débats intenses. Selon les premiers résultats de la Commission électorale centrale, diffusés à la télévision publique, la coalition Contrat Obywatelski (Kontrakt Obywatelski) mène largement avec 54,44 % des voix. Ce score, bien que massif, varie selon les sources et les méthodes de calcul utilisées durant la nuit électorale.

Cette hétérogénéité des données crée une confusion immédiate. Alors que certains sondages de sortie des urnes, commandés par le parti au pouvoir, plaçaient le Premier ministre à 56,7 %, d’autres rapports affichent des réalités bien plus nuancées. Comme l’a rapporté l’agence News.am via Onet, les chiffres de l’agence nationale indiquaient une avance bien moins confortable pour Pasynian, avec seulement 32,7 % des voix, laissant une place importante à la coalition Silna Armenia.
| Coalition / Parti | Pourcentage (Résultats préliminaires) |
|---|---|
| Contrat Obywatelski (Pasynian) | 54,44 % |
| Silna Armenia | 22 % |
| Blok Armenia | 8,8 % |
| Kwitnąca Armenia | 5 % |
Malgré ces écarts, un consensus se dégage : la participation a atteint un niveau historique, s’élevant à 58,97 %, soit la plus haute depuis plus de dix ans. Ce taux de mobilisation témoigne de l’enjeu crucial de ce scrutin pour l’avenir de la nation.
Tensions et soupçons de manipulation du scrutin
L’atmosphère de calme apparent laissé par la clôture des bureaux de vote a rapidement laissé place à une contestation virulente. L’opposition, principalement composée de forces prônant un retour de l’Arménie dans l’orbite de Moscou, dénonce une machine électorale verrouillée par le pouvoir en place. Les arrestations de plusieurs dizaines de membres de l’opposition, accusés de corruption et d’achat de voix, ont été qualifiées de répressions politiques par leurs partisans.
L’un des moments les plus tendus de la nuit a été l’intervention de Samwel Karapetian, l’oligarque armé-russe lié à la coalition Silna Armenia. Depuis son assignation à résidence, il a vigoureusement contesté la transparence du processus de comptage.
« Ils ont suspendu le dépouillement parce qu’ils ont compris qu’ils perdaient les élections. Jamais dans l’histoire il n’y a eu de cas où l’on interrompt le comptage pour annoncer les résultats le lendemain matin. »
Samwel Karapetian, via Onet
Les autorités, de leur côté, affirment agir pour protéger l’intégrité du vote. RMF24 rapporte que les services anticorruption ont procédé à des arrestations dans la province de Kotayk, ciblant sept individus soupçonnés d’avoir distribué environ 7,5 millions de drams (soit environ 75 000 PLN) pour influencer 45 électeurs. Ces interventions visent, selon les officiels, la coalition Silna Armenia, la principale force d’opposition.
Le pivot géopolitique : entre l’ombre de Moscou et l’appui de Washington
Au-delà de la bataille des urnes, ces élections représentent un arbitrage sur la direction stratégique de l’Arménie. Le Premier ministre Nikol Pasynian a mené une campagne centrée sur la recherche d’un équilibre, tout en marquant une rupture nette avec la dépendance historique envers la Russie. Ce virage vers l’Occident, marqué par un gel de la participation à l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), a profondément irrité le Kremlin.
Pour de nombreux observateurs, comme l’analyse Forbes souligne, la confiance envers la capacité de la Russie à protéger l’Arménie s’est effondrée après l’échec de Moscou à intervenir lors de la perte du Haut-Karabagh en 2023. Ce sentiment d’abandon a ouvert la voie à des partenariats stratégiques avec la France et les États-Unis.
L’influence américaine semble d’ailleurs peser de tout son poids dans ce nouveau paradigme. Donald Trump a publiquement exprimé sa confiance envers le Premier ministre arménien, le qualifiant
« un grand ami et un leader »
Cette reconnaissance internationale s’inscrit dans une dynamique plus large, illustrée par le projet TRIPP (Trump Route for International Peace and Prosperity), qui vise à positionner l’Arménie comme un acteur de stabilité dans la région. En revanche, Vladimir Putin a exprimé ses inquiétudes, comparant l’évolution arménienne à la situation ukrainienne.
« Nous voyons tous ce qui se passe actuellement en Ukraine… Comment cela a-t-il commencé ? Par la tentative d’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne. »
Vladimir Putin, via Interia
Le mandat de la nouvelle législature, qui comptera au moins 101 députés, sera donc scruté par les deux blocs mondiaux. Entre la nécessité de normaliser les relations avec l’Azerbejdjan et la volonté de s’ancrer dans les institutions européennes, Nikol Pasynian devra transformer sa victoire électorale en une stabilité politique durable, dans un contexte où la rue et la géopolitique restent extrêmement volatiles.
