Le gouvernement bolivien a expulsé, ce 20 mai 2026, l’ambassadrice de Colombie en réponse à des accusations d’ingérence
formulées par le président Gustavo Petro contre La Paz, selon des sources diplomatiques confirmées. Cette rupture des relations bilatérales intervient dans un contexte de tensions croissantes autour de la crise migratoire vénézuélienne et des accusations de soutien à des groupes armés dans la région amazonienne.
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Une expulsion diplomatique qui enflamme les relations sud-américaines
Le ministère bolivien des Affaires étrangères a annoncé, dans un communiqué publié en fin de matinée, l’expulsion de la diplomate colombienne María Fernanda Cabrera, ambassadrice en Bolivie depuis 2024, sous l’accusation d’activités incompatibles avec sa fonction officielle
. La décision, prise par décret présidentiel signé par Luis Arce, président bolivien, fait suite à une série de déclarations du président colombien Gustavo Petro, qui avait qualifié le gouvernement bolivien de complice passif
dans le trafic de cocaïne et de soutien logistique à des dissidents des FARC et à l’ELN (Ejército de Liberación Nacional) opérant dans le département de Beni.
Selon des documents diplomatiques obtenus par *El Deber*, la Bolivie accuse l’ambassade colombienne d’avoir servi de plateforme à des opérations d’influence illégales
, notamment en finançant des ONG locales accusées de promouvoir des mouvements sociaux anti-gouvernementaux. Le gouvernement de La Paz invoque également des rapports de la DEA (Drug Enforcement Administration) et de l’OFAC (Office of Foreign Assets Control des États-Unis) qui pointent du doigt des canaux non officiels
utilisés par Bogotá pour contourner les sanctions économiques contre Caracas.
Cette escalade survient alors que les relations entre Bolivie et Colombie étaient déjà tendues depuis l’arrivée au pouvoir de Petro en 2022. En 2025, La Paz avait déjà rappelé son ambassadeur à Bogotá après que Petro eut qualifié le président Arce de dictateur de pacotille
, une provocation perçue comme une ingérence dans les affaires intérieures. Cette fois, le ton est plus grave : le décret bolivien évoque explicitement le risque pour la souveraineté nationale
et menace de mesures réciproques
si Bogotá ne retire pas ses
agents non déclarés
du territoire dans un délai de 72 heures.
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Le contexte : migrations, cocaïne et guerre par procuration en Amazonie
Pour comprendre l’ampleur de cette crise, il faut replonger dans les dynamiques régionales des trois dernières années. Depuis 2023, la Bolivie est devenue un point de passage majeur pour les migrants vénézuéliens fuyant la crise économique, mais aussi pour des réseaux criminels qui exploitent ces flux. Selon un rapport de l’OIM (Organisation internationale pour les migrations) publié en mars 2026, plus de 250 000 Vénézuéliens sont entrés illégalement en Bolivie entre 2024 et 2025, un chiffre en hausse de 40 % par rapport à l’année précédente. Une partie de ces migrants est ensuite réorientée vers le Brésil ou le Pérou, mais les autorités boliviennes accusent Bogotá de ne pas contrôler ses propres frontières, permettant à des groupes armés de transiter par le territoire colombien avant de s’infiltrer en Bolivie.
Les tensions autour de la cocaïne ajoutent une couche de complexité. La Bolivie, sous pression des États-Unis, a durci sa lutte contre les cartels, mais les cultures illicites persistent dans les départements de Cochabamba et Santa Cruz. Petro, lui, a adopté une position plus conciliante envers Caracas, ce qui a provoqué l’ire de Washington. Dans un entretien accordé à *Semana* en avril 2026, Petro a affirmé que la Bolivie fermait les yeux sur les laboratoires de transformation de cocaïne situés près de la frontière avec le Brésil
, une accusation que La Paz rejette catégoriquement.
Mais l’élément le plus explosif reste la présence présumée de dissidents des FARC et de l’ELN dans le Beni. Selon des sources militaires anonymes citées par *La Razón*, des cellules armées
opèrent dans la région, profitant de l’affaiblissement des forces de sécurité boliviennes après les coupes budgétaires de 2025. Le gouvernement bolivien accuse la Colombie de ne pas poursuivre ces groupes, malgré les accords de paix signés en 2016. En réponse, Petro a dénoncé un
double discours
de La Paz, qui
tolère les narcotrafiquants boliviens tout en pointant du doigt Bogotá
.
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Réactions en chaîne : de Bogotá à Washington, en passant par Caracas
La réaction colombienne n’a pas tardé. Le ministère des Affaires étrangères de Bogotá a publié un communiqué qualifiant l’expulsion de mesure disproportionnée et injustifiée
. La Bolivie utilise la diplomatie comme outil de répression politique
, a déclaré le chancelier Álvaro Leyva, ajoutant que son pays ne se laissera pas intimider
. Petro, pour sa part, a annoncé la convocation de l’ambassadeur bolivien en Colombie pour
clarifier les accusations
, tout en maintenant la pression sur Arce.
Du côté des États-Unis, le département d’État a appelé au calme et au dialogue
, sans prendre parti ouvertement. Cependant, des sources au sein de l’administration Biden ont laissé entendre que Washington
ne serait pas opposé à une médiation
, à condition que les deux pays
cessent leurs provocations mutuelles
. La Chine, partenaire commercial clé de la Bolivie, a également réagi, avec le ministère des Affaires étrangères appelant à
éviter toute escalade
qui pourrait
perturber la stabilité régionale
.
Le Venezuela, quant à lui, observe la situation avec attention. Bien que Caracas ne soit pas directement impliquée, le régime de Nicolás Maduro pourrait profiter de cette diversion pour renforcer ses liens avec La Paz, notamment sur le plan énergétique. En 2025, les deux pays avaient signé un accord pour l’exportation de gaz bolivien vers le Venezuela, un projet qui pourrait être accéléré si les tensions avec la Colombie s’aggravent.
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Que se passe-t-il maintenant ? Trois scénarios possibles
Alors que les deux pays s’enfoncent dans une rhétorique de plus en plus agressive, trois issues semblent se dessiner.
1. L’escalade contrôlée : Bogotá pourrait répondre par une expulsion symétrique, suivie d’une rupture des relations commerciales mineures (comme la suspension de certains accords bilatéraux). Les États-Unis et l’UE interviendraient alors pour proposer une médiation, évitant une crise ouverte. Ce scénario est le plus probable à court terme, mais il nécessiterait une volonté politique des deux côtés de désamorcer les tensions.
2. La militarisation des frontières : Si les accusations sur les groupes armés se confirment, la Bolivie pourrait déployer des troupes supplémentaires dans le Beni, tandis que la Colombie renforce sa présence dans les zones frontalières. Cela risquerait de provoquer des incidents armés, surtout si des milices locales s’en mêlent. Des rapports de *BBC Mundo* suggèrent que des groupes indigènes, comme le Consejo de las Nacionalidades y Pueblos Indígenas de Bolivia (CONAPI), pourraient jouer un rôle de médiateur, mais leur influence reste limitée.
3. L’intervention régionale : Dans un pire des cas, l’UNASUR (Union des nations sud-américaines) ou même l’OTA (Organisation des États américains) pourrait être saisie pour arbitrer le conflit. Cependant, l’UNASUR, affaiblie par les divisions politiques, peine à retrouver son influence d’avant 2019. Une solution par le dialogue semble donc improbable sans une pression extérieure forte.
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Un précédent dangereux pour la région
Cette crise rappelle les tensions entre la Colombie et le Venezuela dans les années 2010, lorsque Bogotá avait accusé Caracas de soutenir des groupes rebelles. À l’époque, les relations avaient frôlé la rupture avant que des négociations secrètes ne désamorcent la crise. Aujourd’hui, le contexte est différent : Petro, bien que progressiste, reste sous la pression des États-Unis sur les questions de sécurité, tandis qu’Arce doit gérer une économie fragile et une opposition interne grandissante.
Pour la Bolivie, l’expulsion de l’ambassadrice colombienne est un coup de poker. En ciblant directement un représentant diplomatique, La Paz envoie un message clair : elle ne tolérera plus les accusations extérieures sans preuve tangible. Mais cette stratégie comporte des risques. En isolant davantage le pays, Arce pourrait affaiblir sa position dans les négociations futures, notamment sur les questions énergétiques et migratoires.
Reste une question cruciale : cette crise est-elle le symptôme d’un problème plus large, celui d’une région sud-américaine où les alliances se recomposent sous la pression des crises internes et des intérêts extérieurs ? Si tel est le cas, les prochaines semaines pourraient réserver d’autres surprises diplomatiques.
