Nord Stream 2 : Gabriel défend une approche pragmatique face à la russie
berlin – L’ancien ministre allemand de l’Économie, Sigmar Gabriel, a défendu aujourd’hui une approche pragmatique concernant le projet Nord Stream 2, affirmant qu’il visait principalement à sécuriser l’approvisionnement en gaz de l’Europe, devenu une « affaire du secteur privé » suite à la libéralisation du marché énergétique. Ses déclarations interviennent dans le cadre des auditions menées par une commission d’enquête parlementaire sur les circonstances entourant la construction et l’abandon du gazoduc.
Gabriel a souligné que la construction de cette seconde liaison sous-marine reliant la Russie à l’Europe occidentale, lancée après l’annexion de la Crimée en 2014, ne devait pas compromettre les négociations sur ce conflit. Il estime qu’une intervention directe du gouvernement allemand contre un projet privé n’aurait pas été judicieuse.
Cependant, le gazoduc n’est jamais entré en service, bloqué par l’invasion russe de l’Ukraine et rendu inutilisable suite à des explosions ayant endommagé les canalisations.
L’audition de Gabriel s’inscrit dans une série de témoignages d’anciens hauts responsables allemands.L’ancien chef de la Chancellerie, Peter Altmaier, a également témoigné aujourd’hui, tandis que l’ancien chancelier Gerhard Schröder (SPD) a déjà été entendu. Le chancelier actuel, Olaf Scholz, est attendu le 21 novembre.
Contexte et enjeux de Nord Stream 2 : un projet controversé
Nord Stream 2, un projet de 11 milliards d’euros, devait doubler la capacité d’acheminement du gaz russe vers l’Europe via la mer Baltique, contournant l’Ukraine. Sa construction a été critiquée par plusieurs pays, notamment les États-Unis et l’Ukraine, qui y voyaient une augmentation de la dépendance énergétique européenne vis-à-vis de la Russie et une menace pour la sécurité énergétique de l’Ukraine.
L’Allemagne, initialement favorable au projet, a suspendu sa certification en février 2022, suite à la reconnaissance par la Russie des régions séparatistes ukrainiennes de Donetsk et Lougansk, et a finalement abandonné le projet après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine.
La commission d’enquête parlementaire vise à établir les responsabilités et les erreurs commises dans la gestion de ce dossier, qui a mis en lumière les tensions entre les intérêts économiques allemands et les préoccupations géopolitiques liées à la Russie. La commission devrait rendre ses conclusions avant les élections régionales de Mecklembourg-Poméranie occidentale l’année prochaine.
