L’actrice et réalisatrice Shu Qi a récemment captivé le public lors d’une série d’entretiens, partageant des réflexions sur sa carrière de trente ans et son passage derrière la caméra. Récompensée aux Hong Kong Film Awards pour son film « Girl », elle livre une vision lucide sur le succès, l’échec et l’indépendance féminine.
Le tournant vers la réalisation : de « Millennium Mambo » à « Girl »
Le parcours de Shu Qi vers la réalisation ne s’est pas fait du jour au lendemain. Comme le rapporte Hong Kong 01, l’idée a germé dès sa collaboration avec le réalisateur Hou Hsiao-hsien sur le film « Millennium Mambo ». À l’époque, elle considérait cette suggestion comme une simple boutade. Il a fallu attendre le tournage de « The Assassin » (刺客聶隱娘) pour que le réalisateur réitère sa question, poussant l’actrice à entamer un processus d’écriture exigeant. Le mentorat de Hou Hsiao-hsien a été déterminant, le cinéaste ayant régulièrement encouragé Shu Qi à passer derrière la caméra, voyant en elle une sensibilité narrative capable de transcender son statut d’icône du cinéma asiatique.

Le projet « Girl » a nécessité dix ans de maturation. Selon Sanlih Entertainment News, Shu Qi a été saisie par un sentiment d’urgence en 2023 : elle craignait que si elle ne finalisait pas ce projet immédiatement, elle ne passerait jamais à la réalisation. Cette impulsion l’a conduite à achever le scénario en seulement treize jours, un sprint final après une décennie de réflexion. Ce film, produit sous la houlette de studios indépendants cherchant à mettre en lumière des récits portés par des figures féminines fortes, a fait l’objet d’une attention particulière de la part des distributeurs internationaux dès l’annonce de sa pré-production.
Le regard de l’actrice sur le métier de réalisatrice
Maintenant qu’elle a endossé les deux rôles, Shu Qi exprime une forme de nostalgie pour la simplicité du métier d’actrice. Comme le souligne Mirror Media, elle confie que « l’acteur doit simplement se concentrer sur son rôle, tandis que le réalisateur doit superviser l’ensemble, résoudre d’innombrables problèmes et guider chaque personnage au sein de l’univers du film ». Cette responsabilité accrue a transformé son approche du plateau : elle collabore désormais étroitement avec les chefs décorateurs et les directeurs de la photographie pour garantir que chaque plan reflète sa vision esthétique personnelle, façonnée par des décennies de travail avec les plus grands noms du septième art.

Cette transition lui a permis de mieux appréhender la complexité du cinéma. Lors de la 44e cérémonie des Hong Kong Film Awards, où elle a reçu le prix du meilleur nouveau réalisateur, elle a fait preuve d’un humour caractéristique :
« Si j’ai gagné ce prix, c’est principalement parce que j’ai 30 ans d’expérience ; ce n’est pas parce que vous n’êtes pas bons, c’est parce que je suis trop vieille. »
— Shu Qi, lors de la cérémonie des Hong Kong Film Awards, via Sanlih Entertainment News
Le sacre de Shu Qi lors de cette édition des Hong Kong Film Awards marque un tournant symbolique pour l’industrie, soulignant la reconnaissance croissante des talents féminins dans des postes de direction créative. La cérémonie, suivie par des millions de spectateurs, a mis en avant la capacité de l’actrice à naviguer entre les attentes du public grand public et les exigences artistiques du cinéma d’auteur.
Philosophie de vie et indépendance
Au-delà du cinéma, Shu Qi partage une vision de la vie marquée par une grande autonomie, notamment en ce qui concerne les relations et les attentes sociales. Dans une série d’échanges largement diffusée sur les réseaux sociaux, elle insiste sur l’importance de ne pas sacrifier son identité au nom d’un partenaire. Comme l’indique Bella.tw, elle souligne que si une relation nécessite de renoncer à soi-même, alors ce n’est pas la bonne personne. Ses propos, souvent relayés par des plateformes comme Weibo ou Instagram, résonnent particulièrement auprès d’une génération de femmes cherchant à concilier succès professionnel et épanouissement personnel sans se conformer aux injonctions traditionnelles du mariage ou de la vie domestique.


Sa vision de l’échec est tout aussi pragmatique. Pour elle, si une personne a tout donné et fait de son mieux, ce qui est perçu comme un échec n’est en réalité qu’une situation qui ne s’est pas déroulée comme prévu. Elle encourage également les femmes à ne pas céder à l’anxiété liée à l’âge ou à l’apparence, préférant prôner un soin de soi constant plutôt qu’une peur panique du temps qui passe. Cette posture de sérénité face à la vieillesse est une constante dans ses récentes apparitions publiques, où elle refuse de se plier aux pressions esthétiques imposées par les agences de talent et les marques de luxe, privilégiant au contraire l’authenticité et l’acceptation de soi.
L’impact sur l’industrie et les projets futurs
L’accueil critique de « Girl » a positionné Shu Qi non seulement comme une actrice bankable, mais aussi comme une voix créative émergente capable d’attirer des financements significatifs. Les analystes de marché notent que sa transition vers la réalisation a suscité un intérêt accru de la part des plateformes de streaming mondiales, qui cherchent à acquérir des droits de diffusion pour des projets portés par des figures iconiques du cinéma asiatique. Bien que les détails financiers des contrats de distribution restent confidentiels, l’engagement de Shu Qi dans la production laisse présager un contrôle créatif total sur ses prochains longs-métrages.
Alors que la sortie de son premier long-métrage marque une étape décisive, Shu Qi continue d’aborder ses futurs projets avec une philosophie ancrée dans l’intuition. Qu’il s’agisse de choisir un rôle d’actrice ou de diriger une équipe, elle privilégie désormais le plaisir et l’affinité avec ses collaborateurs. Cette approche, qu’elle qualifie de « solide et merveilleuse », témoigne de la maturité d’une artiste qui, après trois décennies, a appris à faire confiance au temps pour apporter les réponses les plus justes. Elle a d’ores et déjà annoncé son intention de soutenir de jeunes talents, souhaitant utiliser sa nouvelle influence pour faciliter l’accès des nouveaux scénaristes aux instances de financement, perpétuant ainsi le cycle de transmission dont elle a elle-même bénéficié au début de sa carrière.
