Lundi, 26 mai 2026 — Le directeur régional de la National Disaster Management Organisation (NADMO) pour la Grande Accra, Dennis Nartey Adjannor, a exigé des sanctions immédiates contre les responsables de l’Assemblée d’Ablekuma Ouest après des inondations catastrophiques liées à des constructions illégales dans le site Ramsar du Delta Densu. Lors d’une inspection sur le terrain le 25 mai 2026, il a pointé du doigt le Maire (MCE) d’Ablekuma Ouest, l’ingénieur des travaux municipaux et les responsables du service d’urbanisme, les accusant d’avoir failli à leurs devoirs. « Je mets le MCE d’Ablekuma Ouest, l’ingénieur municipal des travaux et les officiers de planification sur la sellette. Je vais les signaler au ministre régional. Certains de ces responsables doivent être sanctionnés », a-t-il déclaré, ajoutant que les autorités locales avaient échoué à empêcher la reconstruction de bâtiments démolis malgré les avertissements répétés de NADMO.
Accusations officielles contre les autorités locales pour négligence dans la gestion des zones Ramsar
Les inondations qui ont submergé des quartiers comme Dansoman et Malam Junction après les fortes pluies de ce week-end ont révélé l’ampleur de la crise environnementale et administrative. Selon des rapports internes de NADMO consultés par Graphic Online, ces inondations ne sont pas isolées : elles s’inscrivent dans une tendance alarmante de crues saisonnières aggravées par des constructions illégales dans des zones classées comme humides ou protégées. Les images satellites et les relevés topographiques, partagés lors d’une réunion d’urgence du Comité de gestion des catastrophes de la Grande Accra le 24 mai, confirment que les canaux d’évacuation des eaux ont été obstrués par des fondations de bâtiments et des murs de soutènement érigés sans autorisation.

Témoignages des résidents : corruption et complicité avec des promoteurs immobiliers étrangers
Les habitants des zones affectées, déjà en colère depuis des années, ont multiplié les plaintes auprès des autorités. Boatemaa Sarah, résidente de Dansoman depuis plus de 15 ans, a dénoncé lors d’une réunion communautaire le 22 mai une complicité entre les autorités locales et des promoteurs immobiliers étrangers. « Ils ont vendu ces terres à des étrangers qui construisent des appartements et bloquent les cours d’eau. Nous souffrons, et nous supplions le gouvernement d’intervenir », a-t-elle déclaré, ajoutant que les promesses de démolition des constructions illégales restent lettres mortes. Ses propos ont été corroborés par des témoignages recueillis par CitiNewsroom, qui rapporte que des résidents ont documenté des cas de corruption où des responsables municipaux auraient perçu des pots-de-vin pour fermer les yeux sur ces constructions.

Impact économique des inondations : pertes estimées à plus de 50 millions de cédis en 2025
Le chauffeur de taxi qui a préféré rester anonyme a expliqué que les inondations perturbent non seulement la vie quotidienne, mais aussi l’économie locale. « Chaque année pendant la saison des pluies, les inondations perturbent notre travail. Les passagers évitent nos services à cause des difficultés pour atteindre la station. Certains jours, nous ne gagnons presque rien », a-t-il confié à un journaliste présent sur place. Selon des données préliminaires de la Chambre de Commerce et d’Industrie de la Grande Accra (GCCI), les pertes économiques liées aux inondations de 2025 dans la région ont été estimées à plus de 50 millions de cédis, un chiffre qui pourrait être dépassé cette année en raison de l’étendue des dégâts.

Réactions des autorités et organisations environnementales face à l’urgence
Face à cette situation, NADMO a décidé de passer à l’offensive. Le directeur régional, Dennis Nartey Adjannor, a annoncé lors d’une conférence de presse le 25 mai qu’une équipe d’inspection conjointement avec le ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles avait été déployée pour évaluer l’étendue des constructions illégales. « Nous avons identifié plus de 30 sites de constructions non autorisées rien que dans le secteur d’Ablekuma Ouest », a-t-il précisé, soulignant que ces constructions avaient été signalées à plusieurs reprises depuis 2023. « Pourtant, aucune mesure coercitive n’a été prise. Aujourd’hui, nous exigeons des actions concrètes. »

Le maire d’Ablekuma Ouest, qui a préféré ne pas être nommé dans un premier temps, a réagi lors d’une brève déclaration le 26 mai, reconnaissant les défis mais rejetant toute accusation de négligence. « Nous travaillons en étroite collaboration avec NADMO et les autres agences pour résoudre ce problème », a-t-il affirmé, sans however fournir de détails sur les mesures spécifiques déjà mises en œuvre. Cette déclaration contraste avec les témoignages de résidents et les rapports internes de NADMO, qui soulignent un manque de coordination et de transparence de la part des autorités locales.
Les organisations environnementales, comme la Society for the Protection of State Lands and Interests (SPSLI), ont également réagit à la crise. Dans un communiqué publié le 26 mai, la SPSLI a appelé à une enquête indépendante sur les responsabilités des différents acteurs impliqués. « Les sites Ramsar sont protégés par des lois internationales et nationales. Leur dégradation est une violation flagrante de ces engagements », a déclaré le secrétaire général de l’organisation, qui a refusé de donner son nom pour des raisons de sécurité. La SPSLI a également exigé la publication des rapports d’inspection de NADMO et des mesures prises contre les promoteurs impliqués dans ces constructions illégales.
Sur le plan juridique, des avocats spécialisés dans le droit environnemental ont indiqué que des poursuites pourraient être engagées contre les responsables locaux et les promoteurs. Maître Kwame Agyei, membre de l’Association des avocats pour la protection de l’environnement, a expliqué que « les constructions illégales dans des zones protégées constituent une infraction pénale au Ghana, passible d’amendes et de peines de prison ». Il a ajouté que des plaintes pourraient également être déposées devant les tribunaux administratifs pour obtenir des démolitions forcées des bâtiments concernés.
Alors que les pluies de saison continuent de s’abattre sur la région, les habitants de Dansoman et Malam Junction attendent des actions concrètes. Une réunion d’urgence des représentants communautaires, des autorités locales et des agences gouvernementales est prévue pour le 28 mai afin d’élaborer un plan d’action. NADMO a annoncé qu’une équipe technique serait déployée pour commencer les démolitions des constructions illégales identifiées, mais les résidents restent sceptiques, rappelant que des promesses similaires ont été faites par le passé sans suite.
Pour l’instant, la colère des habitants ne semble pas prête de s’éteindre. Comme l’a résumé un jeune commerçant de Malam Junction : « Nous en avons assez des paroles. Nous voulons voir des résultats. Si le gouvernement ne peut pas nous protéger, alors nous nous protégerons nous-mêmes. » Cette déclaration reflète un sentiment de désespoir croissant, alors que les inondations continuent de transformer des quartiers entiers en zones inondables, menaçant la sécurité et la stabilité économique de la région.
