En 2025, plus de mille nouvelles espèces marines ont été découvertes, dont des créatures comme le Ghost Shark (requin fantôme) et des éponges carnivores, selon une liste établie par l’initiative Ocean Decade de l’ONU. Ces révélations, publiées début 2026, soulignent l’accélération des explorations océaniques grâce aux technologies comme l’iNaturalist, mais aussi les menaces pesant sur ces écosystèmes encore mal connus.
Nouveaux géants des abysses : le requin fantôme et les éponges carnivores parmi les révélations de 2025
Les fonds marins restent l’un des derniers grands territoires inexplorés de la planète. En 2025, une vague de descriptions scientifiques a révélé l’existence de plus d’un millier de nouvelles espèces marines, un record qui confirme à la fois l’urgence de protéger ces écosystèmes et la révolution technologique en cours. Parmi les plus médiatisées figurent le requin fantôme (*Kajikaudus*, un chimaère abyssal aux capacités de camouflage extrêmes) et les éponges carnivores du Pacifique, capables de piéger des proies avec des filaments toxiques. Ces découvertes, compilées par l’initiative Ocean Decade des Nations Unies, s’appuient sur des données collectées via des plateformes citoyennes comme iNaturalist, des robots sous-marins et des expéditions ciblées.
Le Ghost Shark, par exemple, a été identifié pour la première fois en 2025 dans les fosses abyssales près de l’archipel des Tonga, grâce à des caméras autonomes déployées par l’Institute of Marine Research de Norvège. Cette espèce, dépourvue de pigmentation et dotée d’une bioluminescence, illustre comment les profondeurs océaniques abritent encore des adaptations uniques, souvent liées à des pressions extrêmes. « Nous avons sous-estimé à quel point ces environnements étaient des moteurs d’innovation évolutive », déclare une biologiste marine de l’Université d’Auckland
, dont les travaux sur les éponges carnivores ont été publiés dans Nature Ecology & Evolution en décembre 2025.
L’apport révolutionnaire des plateformes citoyennes et des robots sous-marins dans l’exploration océanique
L’explosion des découvertes s’explique en partie par l’essor des outils numériques et collaboratifs. La plateforme iNaturalist, utilisée par plus de 1,5 million de contributeurs en 2025, a permis de géolocaliser et d’identifier des espèces rares à partir de simples photographies soumises par des plongeurs amateurs ou des scientifiques. Selon les données de l’Ocean Decade, près de 30 % des nouvelles espèces marines décrites l’an dernier ont été signalées via ce canal, souvent dans des zones peu étudiées comme les récifs coralliens de l’Indo-Pacifique ou les courants froids de l’Antarctique.
Les robots sous-marins, eux, ont joué un rôle clé dans l’exploration des zones abyssales. Le véhicule autonome Boaty McBoatface (officiellement rebaptisé RRS Sir David Attenborough), opéré par le British Antarctic Survey, a cartographié des écosystèmes à plus de 4 000 mètres de profondeur, révélant des communautés d’invertébrés jusqu’alors inconnues. « Ces machines nous donnent accès à des niches écologiques que les navires traditionnels ne peuvent atteindre », explique un ingénieur de l’Ifremer dans un entretien publié en mars 2026. Cependant, ces technologies restent coûteuses et concentrées dans quelques laboratoires, creusant un fossé entre les régions riches et pauvres en données océanographiques.
L’urgence de protéger des espèces découvertes trop tard : surexploitation et réchauffement climatique
Si ces découvertes sont une avancée scientifique majeure, elles soulignent aussi la vulnérabilité des écosystèmes marins. Selon le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), publié en mai 2026, près de 40 % des nouvelles espèces identifiées en 2025 sont menacées par la surexploitation, la pollution plastique ou le réchauffement climatique. Les éponges carnivores, par exemple, pourraient disparaître avant même d’être étudiées en détail, leurs habitats étant détruits par le chalutage profond.
Un autre défi réside dans la classification rapide de ces espèces. Le Comité international de nomenclature zoologique (ICZN) a dû accélérer ses procédures pour intégrer les milliers de nouvelles descriptions, un processus qui prend généralement plusieurs années. « Nous sommes en train de perdre la course entre la découverte et la protection », avertit le Dr. Elena Marcos, directrice du World Register of Marine Species (WoRMS)
, dans une déclaration citée par Science en janvier 2026.
Les défis financiers et technologiques de la Décennie des sciences océaniques (2021-2030)
La décennie 2021-2030, proclamée « Décennie des Nations Unies pour les sciences océaniques au service du développement durable », entre désormais dans sa phase critique. Les objectifs incluent le doublement des zones marines protégées d’ici 2030 et le déploiement de 10 000 robots océanographiques d’ici 2027. Cependant, les financements restent un obstacle majeur : selon l’OCDE, seuls 1,5 % du budget mondial de la recherche environnementale est actuellement alloué aux océans.
Les prochaines années seront déterminantes pour concilier exploration et conservation. Les technologies comme l’intelligence artificielle, utilisée pour analyser les données des capteurs sous-marins, pourraient révolutionner la surveillance des écosystèmes. Mais sans cadre juridique international renforcé, le risque est de voir ces découvertes servir davantage à justifier l’exploitation qu’à protéger la biodiversité.
Une chose est sûre : les océans, ces « continents blancs » de la science, continuent de révéler leurs secrets. À condition que l’humanité sache les écouter.
