Ndayishimiye tente une médiation dans une RDC en proie à une crise politique profonde

Le président burundais Évariste Ndayishimiye a lancé une nouvelle initiative de médiation visant à apaiser la crise politique en République démocratique du Congo (RDC). Dans le cadre de ses fonctions de président en exercice de l’Union africaine, il a invité plusieurs responsables politiques congolais à Bujumbura la semaine dernière pour des consultations. Cette démarche marque un tournant dans les efforts diplomatiques régionaux, délaissant les questions purement sécuritaires pour se concentrer sur le dialogue politique entre les acteurs congolais.
Cependant, cette tentative se heurte aux mêmes obstacles qui ont entravé les processus précédents. Contrairement aux initiatives passées, telles que le Processus de Nairobi, axé sur les groupes armés, ou le Processus de Luanda, mené par le président angolais João Lourenço pour réduire les tensions entre Kinshasa et Kigali, l’initiative de M. Ndayishimiye se concentre sur les divisions internes de la classe politique congolaise. Malgré cette approche, les premières discussions n’ont permis aucun rapprochement entre le gouvernement du président Félix Tshisekedi et l’opposition, exacerbant au contraire leurs divergences sur le projet de réforme constitutionnelle.
Le blocage autour de la réforme constitutionnelle

Le cœur du désaccord réside dans le projet de révision de la Constitution. La Coalition 64 (C64), une alliance de partis d’opposition formée en mai, s’oppose fermement à tout amendement. Ses membres, dont Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund et Delly Sesanga, accusent le président Tshisekedi de vouloir utiliser un référendum pour modifier la Constitution et ainsi s’affranchir des limites de mandats présidentiels, ce qui lui permettrait de briguer un troisième mandat.
En réponse, le camp présidentiel défend la nécessité de cette réforme. Lors de son discours du 30 juin, le président Tshisekedi a soutenu que les questions d’intérêt national, y compris constitutionnelles, devaient faire l’objet d’un débat démocratique. Il a précisé que le projet de loi référendaire, adopté par les deux chambres du Parlement, s’inscrit dans le fonctionnement normal des institutions. Le président a également annoncé qu’il soumettrait le texte à la Cour constitutionnelle pour vérifier sa conformité avec la loi fondamentale actuelle.
De leur côté, les opposants posent des conditions strictes pour tout dialogue futur : l’abandon définitif du projet de réforme, la libération des prisonniers politiques, la fin des poursuites jugées motivées par des raisons politiques et le rétablissement des libertés publiques. Sur ces points, aucune concession n’a été obtenue à Bujumbura.
L’absence des groupes armés et les limites de l’initiative
Une faiblesse majeure de cette médiation réside dans l’absence des mouvements rebelles. Aucun représentant du M23, de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) ou d’autres groupes armés n’a été convié aux discussions. Plusieurs figures de l’opposition, dont Martin Fayulu, estiment qu’un dialogue national significatif devrait inclure toutes les parties au conflit, y compris les acteurs armés.
Le prix Nobel de la paix, Denis Mukwege, a également exprimé ses critiques sur la démarche présidentielle. Il souligne que dans un contexte de crise sécuritaire où une partie du pays est sous occupation et alors que des structures administratives parallèles sont établies, la Constitution comporte des contraintes explicites interdisant sa modification.
Une montée des tensions sociales et sécuritaires

Le climat politique s’est dégradé parallèlement à ces manœuvres institutionnelles. Le 12 juin, des manifestations organisées par la C64 à Kinshasa ont été marquées par des violences. Selon Human Rights Watch, les forces de sécurité ont fait un usage excessif de la force, utilisant des gaz lacrymogènes et des matraques contre les manifestants. L’organisation rapporte également que des membres de la « Force du Progrès », un groupe lié au parti au pouvoir, ont attaqué des sièges de partis d’opposition et des manifestants.
Des membres de la Force du Progrès ont affirmé avoir reçu des instructions de dirigeants de leur parti pour cibler les opposants et perturber les manifestations. Face à ce regain de tension, la C64 a décidé de reporter de deux semaines ses manifestations prévues initialement pour le 8 juillet.
Alors que la RDC assure depuis le 1er juillet la présidence tournante du Conseil de sécurité des Nations unies, le président Tshisekedi cherche à renforcer sa stature internationale. Cependant, sur le plan intérieur, sa crédibilité est mise à mal par une méfiance croissante d’une partie de la population qui craint que la réforme constitutionnelle ne serve qu’à maintenir le chef de l’État au pouvoir au-delà de son mandat actuel, qui s’achève en 2028. L’avenir du processus de médiation de M. Ndayishimiye demeure incertain, faute de compromis sur ces enjeux fondamentaux.
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