La ministre portugaise de l’Environnement et de l’Énergie, Maria da Graça Carvalho, a officiellement saisi l’Entité nationale pour le secteur énergétique (ENSE) ce mercredi 1er juillet 2026. Le gouvernement exige des explications sur la persistance des prix élevés des carburants, qui ne diminuent pas au même rythme que les cours internationaux du pétrole.
L’enquête sur la déconnexion des prix à la pompe
Le gouvernement portugais soupçonne des anomalies dans la tarification des carburants. Lors d’une audition parlementaire devant la Commission de l’Environnement et de l’Énergie, la ministre Maria da Graça Carvalho a qualifié la situation actuelle d’injustifiée. Selon les informations rapportées par Notícias ao Minuto, l’exécutif cherche à comprendre pourquoi les stations-service maintiennent des tarifs élevés alors que le marché mondial affiche une tendance à la baisse.
Photo: Executive Digest
La ministre a été formelle quant à la nécessité d’une intervention des autorités de régulation :
“Nós já pedimos à ENSE [Entidade Nacional para o Setor Energético] para olhar para esta questão. É algo que não tem razão de ser e, portanto, queremos perceber exatamente porque é que isso está a acontecer.”
Photo: Consumidor Global
Maria da Graça Carvalho, ministre de l’Environnement et de l’Énergie, via Dinheiro Vivo
Cette demande d’investigation, relayée par Dinheiro Vivo, intervient dans un contexte de forte volatilité des marchés, exacerbée par les tensions géopolitiques récentes, notamment les inquiétudes liées au détroit d’Ormuz et aux répercussions des attaques survenues fin février. Le mécanisme de formation des prix à la pompe au Portugal repose sur une structure complexe incluant le coût du produit raffiné (souvent indexé sur les cotations Platts), les taxes (ISP et TVA), les coûts logistiques et les marges de distribution.
L’ENSE, en tant qu’organisme de tutelle, a pour mission de surveiller les stocks stratégiques et de garantir la transparence des prix. Historiquement, l’autorité dispose du pouvoir d’exiger des détaillants une justification détaillée de leurs structures de coûts. Cette demande ministérielle fait suite à des observations récurrentes sur le phénomène dit de “l’effet fusée et plume”, où les prix à la pompe montent rapidement lors d’une hausse du brut mais redescendent très lentement lors d’une baisse, une pratique que les régulateurs européens scrutent de près depuis plusieurs années.
La fin progressive des mesures de soutien exceptionnelles
Parallèlement à cette surveillance accrue, le gouvernement a entamé le retrait progressif des aides exceptionnelles mises en place pour contrer la crise énergétique. Contrairement à une suppression brutale, l’exécutif a opté pour une transition échelonnée. Comme l’explique Executive Digest, cette stratégie vise à aligner le Portugal sur les recommandations européennes tout en protégeant les secteurs les plus vulnérables.
Le gouvernement portugais va réduire les dépenses publiques
Les mesures de soutien, qui incluaient des réductions sur l’Impôt sur les produits pétroliers (ISP) et des aides directes au transport professionnel et agricole, ne disparaîtront pas immédiatement. La ministre a confirmé cette ligne directrice lors d’une entrevue, soulignant que l’objectif est d’ajuster les aides en fonction de la baisse réelle des prix pour les consommateurs finaux. Cette transition s’inscrit dans un équilibre budgétaire délicat, le Portugal cherchant à réduire son déficit tout en évitant une pression inflationniste supplémentaire sur les ménages et les entreprises.
Le contexte européen et la surveillance des marchés
La situation portugaise s’inscrit dans un cadre plus large de gestion de l’inflation énergétique. En Espagne, les autorités ont également durci leur position. Selon Consumidor Global, le gouvernement espagnol a mis fin à la réduction de la TVA sur les carburants, tout en instaurant un mécanisme de réduction progressive de l’impôt sur les hydrocarbures jusqu’en septembre.
Photo: Dinheiro Vivo
Cette approche ibérique commune marque une volonté de renforcer la transparence. La Commission nationale des marchés et de la concurrence (CNMC) espagnole dispose désormais de prérogatives élargies pour identifier les comportements suspects des détaillants. Le gouvernement espagnol a d’ailleurs déjà identifié une cinquantaine de cas de pratiques jugées anormales. Ce type de coopération entre les autorités régulatrices de la péninsule ibérique est souvent cité comme un modèle de gouvernance énergétique régionale, facilitant le partage de données sur les marges de raffinage et de distribution.
Pour le Portugal, l’enjeu reste de garantir que la sécurité d’approvisionnement — assurée à 80 % par la raffinerie de Sines — ne se traduise pas par une rente indue pour les distributeurs. La raffinerie de Sines, exploitée par Galp, demeure le pivot central de la sécurité énergétique nationale. Le suivi de l’ENSE sera déterminant dans les prochaines semaines pour valider si les marges des opérateurs suivent une trajectoire conforme aux prix de gros ou si des mesures correctives plus sévères devront être envisagées par le gouvernement. À ce stade, les conclusions de l’enquête restent attendues, et aucune sanction n’a été formellement prononcée, le processus étant encore à l’étape de l’analyse des données de marché par le régulateur.