Le diranersen, un nouveau médicament expérimental développé par Biogen et Ionis Pharmaceuticals, a montré des résultats prometteurs dans le ralentissement du déclin cognitif chez les patients atteints de la maladie d’Alzheimer, selon les données présentées lors de la conférence internationale de l’Alzheimer’s Association (AAIC) à Londres.
Une approche innovante ciblant la protéine Tau
Contrairement aux traitements récemment approuvés comme le lecanemab et le donanemab, qui se concentrent sur l’accumulation de plaques de protéine bêta-amyloïde, le diranersen adopte une stratégie différente. Il intervient sur la protéine Tau, considérée par de nombreux scientifiques comme responsable de la toxicité neuronale et des symptômes cognitifs. Le diranersen est un oligonucleotide antisenso administré directement dans le liquide spinal. Son mécanisme d’action consiste à bloquer les instructions génétiques qui conduisent à la synthèse de la protéine Tau, signalant ainsi au cerveau d’en produire moins. Cela facilite l’élimination de la protéine déjà accumulée. Lors de l’étude, une réduction des niveaux de cette protéine, comprise entre 50 % et 65 %, a été observée dans tous les groupes de traitement via des biomarqueurs et de l’imagerie cérébrale.
Résultats de l’étude de phase II CELIA
L’étude CELIA a suivi 400 patients présentant un déclin cognitif léger ou une phase initiale de la maladie d’Alzheimer. Les participants ont reçu différentes doses du médicament ou un placebo. Après 76 semaines, les résultats ont mis en évidence un ralentissement du déclin cognitif de 26 % dans le sous-groupe ayant reçu la dose la plus faible (60 mg administrés par voie intratecale tous les six mois), mesuré selon l’échelle CDR-SB (Clinical Dementia Rating-Sum of Boxes). Ce chiffre est jugé comparable aux résultats obtenus par les thérapies anti-amyloïde actuelles, qui affichent un ralentissement d’environ 27 % sur 18 mois. Toutefois, les chercheurs soulignent que cette comparaison doit être interprétée avec prudence en raison des différences de conception et d’objectifs entre les études.

L’énigme de la relation dose-réponse
Malgré ces signaux d’efficacité, l’étude CELIA n’a pas atteint son objectif principal. Le protocole visait à démontrer une relation positive dose-réponse, c’est-à-dire une augmentation du bénéfice clinique proportionnelle à l’augmentation de la dose. Or, les données ont montré l’inverse : * Dose de 60 mg : 26 % de ralentissement du déclin. * Dose de 115 mg (tous les six mois) : 14 % de ralentissement. * Dose de 115 mg (tous les trois mois) : 9 % de ralentissement. En raison de l’absence de preuve convaincante concernant l’efficacité des doses élevées, les actions de Biogen ont chuté de plus de 6 % à Wall Street suite à la présentation de ces données.

Sécurité, tolérance et prochaines étapes
Sur le plan de la sécurité, le diranersen a été globalement bien toléré. La plupart des effets indésirables ont été classés comme légers ou modérés, sans entraîner l’interruption des traitements. Notamment, contrairement aux thérapies anti-amyloïde, aucune inflammation ou gonflement cérébral n’a été rapporté. Plus de 90 % des patients ayant terminé la phase principale ont choisi de poursuivre dans la phase d’extension. Des experts indépendants, comme Jessica Langbaum du Banner Alzheimer’s Institute et Reisa Sperling du Mass General Brigham, ont qualifié ces résultats de prometteurs, soulignant que ces travaux pourraient raviver l’intérêt pour les mécanismes liés à la protéine Tau. Biogen et Ionis ont confirmé leur intention de lancer un programme de phase III l’année prochaine pour déterminer si ces bénéfices sont reproductibles à plus grande échelle et pour éclaircir les incertitudes liées au dosage.
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