Le professeur Benjamin Santer, chercheur à l’University of East Anglia, a publié cette semaine une analyse dans AGU Advances pour réfuter des affirmations qu’il juge « manifestement incorrectes » dans un rapport du Département de l’Énergie des États-Unis (DOE) paru en juillet 2025, lequel minimise l’influence humaine sur le réchauffement climatique.
L’erreur scientifique du rapport du DOE et la réponse de Benjamin Santer
L’affrontement oppose l’un des pionniers de la climatologie moderne à une administration américaine en pleine mutation réglementaire. Selon ScienceDaily, le professeur Benjamin Santer a co-signé un nouvel article avec des experts du Massachusetts Institute of Technology (MIT), de l’University of Washington et de Colorado State University pour rétablir la vérité sur la structure thermique de l’atmosphère.

Le cœur du litige repose sur ce que Santer appelle l’empreinte humaine. Cette signature se manifeste par un réchauffement de la troposphère (la couche la plus basse) et un refroidissement simultané de la stratosphère. Le rapport du DOE, publié en juillet 2025, aurait tiré des conclusions opposées, remettant en cause la fiabilité de ces indicateurs.

“L’affirmation contraire faite dans la revue des sciences du climat du DoE américain est factuellement incorrecte. Comme notre analyse l’illustre clairement, le rapport du DOE n’est pas une source d’information fiable sur la structure verticale des changements de température atmosphérique, qui est une preuve clé des effets humains sur le climat mondial.
Ce n’est pas un simple débat académique. Santer souligne que ce document est toujours disponible sur le site du DOE et continue d’être cité par le secrétaire Wright comme une source crédible. Pour le chercheur, c’est une situation inacceptable.
L’enjeu politique : la révocation de la « conclusion d’endangerment »
La publication du rapport du DOE n’est pas fortuite. Elle a coïncidé avec une offensive réglementaire majeure. Le même jour de sa sortie en juillet 2025, l’Environmental Protection Agency (EPA) a proposé d’annuler la conclusion d’endangerment de 2009. Cette décision juridique est le socle qui permet à l’agence de réguler les émissions de gaz à effet de serre provenant des centrales électriques et des véhicules.
L’administration Trump a franchi une étape supplémentaire ce mois-ci en avançant vers la révocation effective de cette conclusion. Ce pivot politique soulève des inquiétudes majeures concernant la santé publique et l’affaiblissement des protections environnementales aux États-Unis.
L’analyse publiée dans AGU Advances soutient explicitement que le rapport du DOE ne doit pas servir de base aux décisions juridiques concernant les réglementations climatiques, car il déforme la réalité scientifique pour justifier un démantèlement réglementaire.
Une preuve historique : de 1995 aux données satellites actuelles
Le professeur Santer n’est pas un nouvel arrivant dans ce domaine. Ses travaux ont été fondamentaux pour le rapport 1995 du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC/IPCC), qui a conclu pour la première fois à l’existence d’une « influence humaine discernable » sur le climat mondial.
Pour étayer sa position, Santer s’appuie sur des données concrètes et observables :
- Modélisation : L’empreinte humaine a été prédite depuis plus de 50 ans par des modèles climatiques, des plus simples aux plus sophistiqués.
- Observations : Les données satellites confirment l’accord entre les observations réelles et les estimations des changements de température causés par l’homme.
- Mécanisme : L’augmentation des niveaux de CO2 et d’autres gaz à effet de serre est le moteur principal de ces modifications verticales de température.
Cette rigueur scientifique contraste avec la définition plus large du changement climatique adoptée par des institutions comme la NASA. L’agence spatiale précise que si des processus naturels (volcanisme, cycles océaniques comme El Niño) contribuent aux variations, ils sont aujourd’hui submergés par les activités humaines, principalement la combustion de combustibles fossiles.
Écart entre science et administration : analyse des faits
Le conflit actuel révèle une fracture profonde entre la littérature évaluée par les pairs et les rapports administratifs. Alors que le DOE tente de remettre en question la structure des changements atmosphériques, les données globales restent sans appel.

| Indicateur | Constat Scientifique (Santer/NASA) | Position du rapport DOE (selon Santer) |
|---|---|---|
| Structure verticale | Troposphère chaude / Stratosphère froide | Contredit cette signature |
| Cause principale | Activités humaines (CO2, fossiles) | Minimise le rôle humain |
| Fiabilité des données | Accord modèles/satellites | Source jugée non fiable par les experts |
La NASA estime d’ailleurs que les activités humaines ont augmenté la température moyenne mondiale d’environ 1 degré Celsius depuis la période préindustrielle (1850-1900), avec une accélération actuelle de plus de 0,2 degré Celsius par décennie.
“Nous considérons qu’il est à la fois important et conforme aux précédents de réfuter une affirmation scientifique incorrecte faite dans le rapport du DOE. Rétablir la vérité dans la littérature évaluée par les pairs est particulièrement important lorsque des affirmations scientifiques manifestement incorrectes sont faites dans des rapports gouvernementaux officiels.
L’enjeu immédiat pour les prochains mois réside dans la capacité des scientifiques à empêcher que des erreurs factuelles ne deviennent des précédents juridiques. Si la révocation de la conclusion d’endangerment est finalisée sur la base du rapport du DOE, les États-Unis pourraient perdre tout levier légal pour limiter les émissions industrielles, transformant un désaccord scientifique en une réalité politique irréversible.
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