Le Premier ministre vanuatais Jotham Napat a quitté Port Vila ce lundi 29 juin 2026 pour Canberra, où il doit signer aujourd’hui le Nakamal Agreement, un accord bilatéral de sécurité avec l’Australie, selon une confirmation de son cabinet transmise à VBTC News. Cet accord, attendu depuis des mois, intervient dans un contexte de rivalités géostratégiques croissantes dans le Pacifique, où la Chine a multiplié ses propres propositions d’alliances sécuritaires avec des États insulaires.
Le Nakamal Agreement : un partenariat sécuritaire ancré dans l’histoire australo-vanuataise
Le Nakamal Agreement formalise une coopération renforcée entre les deux pays, s’appuyant sur un partenariat déjà ancien. Selon un communiqué conjoint publié par le gouvernement australien en février 2023, cet accord s’inscrit dans la continuité de la Déclaration de Boe sur la sécurité régionale (2018) et du Bilateral Security Agreement signé en décembre 2022. Il prévoit notamment le financement australien d’un nouveau siège pour le Conseil des ministres et le Secrétariat du Conseil national de sécurité du Vanuatu, ainsi qu’un soutien accru aux secteurs clés de l’économie locale, comme l’aviation, l’agriculture et les infrastructures résilientes face au climat.
« Cet accord est une reconnaissance de notre partenariat historique et de notre engagement commun à préserver la stabilité dans le Pacifique », a déclaré le Premier ministre australien Anthony Albanese lors de sa rencontre avec son homologue vanuatais Ishmael Kalsakau en février 2023. Les deux dirigeants avaient alors souligné que l’accord permettrait à Vanuatu de renforcer ses capacités face aux défis sécuritaires régionaux, sans pour autant s’aligner sur une alliance militaire exclusive.
Cependant, cet accord intervient alors que le Vanuatu reste un acteur clé dans les stratégies d’influence de la Chine dans le Pacifique. En 2022, Pékin avait proposé son propre accord de sécurité, le Namele Agreement, avec Port Vila, un texte que le gouvernement vanuatais n’a jamais officiellement ratifié mais qui reste une épine dans le pied de Canberra. Par ailleurs, les Solomon, un autre État insulaire, continuent d’examiner leur pacte sécuritaire avec la Chine, signé en 2022, alors que l’Australie explore désormais la possibilité d’un accord régional élargi, comme l’a suggéré le Premier ministre solomonais Matthew Wale lors de sa visite à Canberra.
Stratégie australienne : un accord bilatéral comme tremplin vers une coopération régionale
Dans un contexte où la Chine intensifie ses investissements et ses propositions d’alliances dans le Pacifique, l’Australie tente de consolider ses positions. Le ministre australien des Affaires du Pacifique, Pat Conroy, a récemment indiqué que Canberra était « ouverte à l’idée d’un pacte de sécurité régional » à condition que les dirigeants pacifiques y adhèrent. Cette approche reflète une stratégie plus large : après avoir signé des accords bilatéraux avec le Vanuatu et les Fidji, l’Australie cherche désormais à créer un front commun face à l’influence croissante de Pékin.

« Nous nous laissons guider par les priorités des nations du Pacifique », a déclaré Conroy à l’Australian Associated Press (AAP). « Si les dirigeants de la région souhaitent une coopération sécuritaire élargie, nous sommes prêts à en discuter. » Cette ouverture intervient alors que la Chine a déjà signé des accords similaires avec les Solomon et pourrait prochainement en proposer un à d’autres États, comme les Tonga ou le Kiribati.
Pour le Vanuatu, le Nakamal Agreement représente une opportunité de diversifier ses partenariats sans rompre avec ses relations historiques avec Pékin. Le gouvernement de Jotham Napat, élu en 2024, a adopté une ligne d’équilibre, refusant de s’engager dans une alliance exclusive avec l’un ou l’autre bloc. « Nous ne voulons pas être un pion dans un jeu géopolitique », avait déclaré un haut fonctionnaire du ministère vanuatais des Affaires étrangères à VBTC News en 2025. « Notre priorité reste le développement économique et la résilience face aux catastrophes climatiques. »
Impacts géopolitiques : entre signal à la Chine et modèle pour les États insulaires
La signature du Nakamal Agreement pourrait avoir plusieurs répercussions :
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Un signal fort à la Chine : En signant un accord sécuritaire avec Vanuatu, l’Australie envoie un message clair à Pékin, montrant que Canberra ne compte pas laisser le champ libre dans le Pacifique. Cependant, cet accord reste limité : il ne prévoit pas de présence militaire australienne permanente sur le territoire vanuatais, contrairement à ce que certains observateurs auraient pu craindre.
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Un modèle pour d’autres États insulaires : Si le Nakamal Agreement se révèle efficace, d’autres petits États du Pacifique pourraient s’en inspirer pour négocier des partenariats similaires avec l’Australie, sans pour autant renoncer à leurs relations avec la Chine. Les Fidji, par exemple, pourraient être tentés de suivre cette voie, alors qu’ils cherchent à équilibrer leurs alliances économiques et sécuritaires.
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Un risque de course aux armements indirecte : Bien que l’accord ne mentionne pas d’équipements militaires, son adoption pourrait inciter d’autres pays de la région à renforcer leurs propres capacités de défense, alimentant une dynamique de sécurité déjà tendue.
Les défis immédiats pour Vanuatu : transparence, équilibre diplomatique et réactions chinoises
Jotham Napat doit revenir à Port Vila mardi 1er juillet pour faire un point de presse sur les résultats de sa visite. Plusieurs questions restent en suspens :

- Le texte final du Nakamal Agreement sera-t-il rendu public ? Les détails concrets de l’accord (durée, engagements financiers précis, clauses de sécurité) n’ont pas été divulgués. Une transparence accrue serait un gage de confiance pour la population vanuataise.
- Comment la Chine réagira-t-elle ? Pékin pourrait voir cet accord comme une provocation et accélérer ses propres propositions d’alliances avec d’autres États insulaires, comme les Tonga ou le Kiribati.
- Vanuatu maintiendra-t-il son équilibre diplomatique ? Le gouvernement de Napat devra prouver qu’il peut concilier partenariats australiens et chinois sans se retrouver pris entre deux feux.
Depuis 2022, le Pacifique est devenu un théâtre majeur de la rivalité entre les États-Unis, l’Australie et la Chine. Plusieurs développements clés ont marqué cette dynamique :
- 2022 : Signature du Security Cooperation Agreement entre la Chine et les Solomon, suivi de tensions diplomatiques avec l’Australie.
- 2023 : L’Australie signe un accord bilatéral de sécurité avec le Vanuatu et annonce un plan d’aide économique massif pour la région.
- 2024 : La Chine propose le Namele Agreement à Vanuatu, sans succès, mais maintient une pression diplomatique et économique.
- 2026 : L’Australie explore un pacte régional élargi, tandis que Pékin renforce ses liens avec les Tonga et le Kiribati.
Dans ce contexte, le Nakamal Agreement représente une étape majeure, mais aussi un test pour savoir si l’Australie peut contrer l’influence chinoise sans provoquer une escalade régionale. Pour Vanuatu, il s’agit avant tout d’un outil de développement – et d’une assurance contre les pressions extérieures.
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