L’administration Trump intensifie la pression sur les médias critiques
Washington, D.C. – L’administration Trump met en œuvre une stratégie d’intimidation visant à réduire au silence les médias critiques, selon un article publié par The Intercept. Cette stratégie consiste à lancer des enquêtes prétextuelles contre les détracteurs, à maintenir ces enquêtes ouvertes pour contraindre à la conformité et à bloquer toute tentative de contrôle judiciaire de la légalité de ces actions.
L’exemple le plus frappant est l’enquête de la Federal Trade Commission (FTC) contre Media Matters for America, suite à ses reportages critiques sur des alliés influents de l’administration Trump. L’objectif de ces enquêtes est de museler la liberté d’expression et de décourager toute remise en question du pouvoir en place.
Dix-sept organisations à but non lucratif, dont le Press Freedom Defense Fund de The Intercept, ont déposé une requête auprès de la Cour d’appel du circuit de D.C., demandant le maintien d’une injonction préliminaire visant à protéger les droits à la liberté d’expression de Media Matters. L’organisation avait publié en 2023 un article révélant la présence de publicités d’entreprises comme Apple et IBM à côté de contenus pro-nazis et antisémites sur la plateforme X. Elon Musk, propriétaire de X, avait réagi en lançant un procès retentissant contre Media Matters, accusant l’organisation de manipulation systématique pour diffamer son entreprise.
Suite à cette action en justice, Stephen Miller, conseiller principal de la Maison Blanche, a appelé les procureurs généraux des États conservateurs à enquêter. Le Missouri et le Texas ont répondu à cet appel, et la FTC a suivi le mouvement en demandant à Media Matters de fournir des détails sur ses reportages, ses communications avec des tiers et ses informations financières sur six ans, y compris potentiellement ses donateurs.
Selon l’article, l’intention de la FTC était claire : Andrew Ferguson, son président, avait promis de cibler « la gauche radicale » et les progressistes. Un tribunal fédéral du District de Columbia a conclu que l’enquête de la FTC constituait une « violation flagrante du Premier Amendement ».
Cette tactique d’enquête punitive ne se limite pas à la FTC. D’autres agences fédérales, comme le Département de la Justice, ont également été accusées de cibler les hôpitaux offrant des soins d’affirmation de genre et la Federal Communications Commission (FCC) qui tente de réduire au silence certains médias.
Le Département de la Justice utilise également le FACE Act – une loi initialement conçue pour protéger les cliniques d’avortement et les patients contre l’intimidation violente – pour entraver le travail des journalistes. Les journalistes Don Lemon et Georgia Fort sont poursuivis pour avoir couvert une manifestation devant une église à St. Paul, Minnesota. Les accusations, jugées absurdes, portent sur le fait que Lemon aurait rencontré des militants avant la manifestation et que Fort se serait tenue à ses côtés lors d’une interview.
Un autre exemple est la perquisition au domicile de la journaliste du Washington Post, Hannah Natanson, et la saisie de ses appareils électroniques. Un mandat de perquisition a été émis parce que ses articles contenaient des informations relatives à la défense nationale, prétendument divulguées par un contractuel gouvernemental. La perquisition a également ciblé son compte Signal, contenant plus de 1 000 sources confidentielles provenant de plus de 120 agences. Un juge fédéral de Virginie a critiqué les procureurs pour ne pas avoir divulgué que les journalistes sont protégés par la Privacy Protection Act.
L’administration Trump a également déployé des assignations à comparaître administratives pour identifier les comptes anonymes sur les réseaux sociaux critiquant les actions des agents de l’immigration. La Cour suprême a reconnu que l’anonymat est un bouclier contre la tyrannie de la majorité.
Les organisations soutenant Media Matters dans sa lutte juridique comprennent le Press Freedom Defense Fund, CalMatters, le Center for Investigative Reporting, la Coalition for Independent Technology Research, le Dangerous Speech Project, Defending Rights & Dissent, l’Electronic Frontier Foundation, la First Amendment Coalition, Free Press, Freedom of the Press Foundation, Lion Publishers, la MuckRock Foundation, la National Coalition Against Censorship, Open Vallejo, le Project On Government Oversight, Public Knowledge et Reporters Without Borders USA.
L’article conclut que ces actions de l’administration Trump ne visent pas à faire respecter une loi, mais à punir et à intimider.
