L’animatrice chevronnée Carol Cheng, connue sous le nom de Do姐, a vivement critiqué ce jeudi 18 juin 2026 l’usage fréquent de la « tonalité interrogative » chez les présentateurs de programmes. Selon l’animatrice, cette habitude qui consiste à élever le ton en fin de phrase nuit gravement à la crédibilité professionnelle et trahit un manque de certitude inacceptable.
Une critique tranchée sur la déontologie médiatique
La figure emblématique de l’animation hongkongaise, Carol Cheng, a profité d’une intervention dans son émission 口水多過浪花 (De la salive plus que des vagues) pour exprimer son exaspération face à ce qu’elle considère comme une mauvaise pratique récurrente. Pour Do姐, l’usage de ce ton montant, qui donne l’impression que le locuteur doute de ses propres propos, est une faute professionnelle.
« C’est la tonalité interrogative, je déteste ça ! J’entends encore beaucoup d’animateurs de programmes utiliser cette intonation. À qui vous adressez-vous ? N’êtes-vous pas sûrs de vous ? Si vous n’êtes pas sûrs, mieux vaut ne rien dire ! Une fois que vous parlez, vous devez être sûrs de vous ; c’est une question de déontologie professionnelle. »
Le style de Carol Cheng, forgé par des décennies de carrière au sein de la chaîne publique RTHK, puis à travers ses collaborations avec TVB et ses projets indépendants sur les plateformes numériques, repose sur une diction précise et une autorité naturelle. Cette exigence n’est pas seulement esthétique ; elle s’inscrit dans la tradition de l’animation radiophonique hongkongaise, où l’animateur est perçu comme une source d’information et un guide pour l’auditeur. La « tonalité interrogative », souvent appelée upspeak ou high rising terminal en linguistique, est perçue par les professionnels de la vieille école comme une érosion de cette fonction d’autorité.
Un débat qui divise le public
Cette prise de position n’est pas isolée. Carol Cheng est réputée pour son franc-parler et son exigence en matière de rigueur journalistique. Par le passé, elle avait déjà épinglé certains animateurs pour leur manque d’empathie lors d’interviews avec des athlètes ayant subi des défaites, notamment lors de la couverture des Jeux olympiques. Ces interventions publiques font souvent écho à des attentes plus larges du public hongkongais, qui valorise historiquement la stature des grandes figures des médias.
La sortie médiatique de l’animatrice a immédiatement suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux. Si certains auditeurs et internautes soutiennent sa vision d’un professionnalisme sans faille, d’autres interprètent cette « tonalité interrogative » comme une stratégie de précaution, une manière pour les animateurs de se protéger — ce que certains qualifient familièrement de « porter un casque » — en évitant d’affirmer des faits de manière trop catégorique. Cette posture défensive, bien que critiquée par Cheng, reflète une mutation du paysage médiatique où l’exposition publique est devenue plus périlleuse en raison de la surveillance constante des réseaux sociaux.
Une habitude ancrée dans le paysage radiophonique
Selon les observations rapportées par Hk01, ce débat va au-delà de la simple opinion personnelle. De nombreux internautes ont profité de l’occasion pour nommer spécifiquement plusieurs animateurs radio locaux, leur reprochant un usage systématique de cette intonation. Ce phénomène d’interactivité instantanée, propre à l’ère du streaming et des commentaires en direct, amplifie la portée des remarques de Do姐. En s’attaquant à ce tic de langage, elle cristallise une tension entre deux époques de la communication : celle du présentateur « sachant » et celle de l’animateur « participant ».

Ce n’est pas la première fois que Carol Cheng aborde ce sujet. L’animatrice a régulièrement rappelé à l’ordre ses partenaires d’antenne et ses invités en plein direct, leur demandant de s’exprimer avec une assurance plus affirmée. Pour l’heure, cette intervention souligne un fossé persistant entre les attentes des figures de proue du métier, attachées à une autorité vocale traditionnelle, et une nouvelle génération d’animateurs dont le style, plus hésitant, continue de faire l’objet de critiques publiques.
La carrière de Carol Cheng, marquée par des rôles majeurs dans le cinéma hongkongais ainsi que par une longévité exceptionnelle en tant qu’animatrice de talk-shows, lui confère une légitimité particulière pour aborder ces questions. Son émission 口水多過浪花, diffusée sur les ondes de Commercial Radio Hong Kong, reste un espace privilégié où les normes de la radiodiffusion sont continuellement testées et débattues. En pointant du doigt la tonalité interrogative, Cheng ne se contente pas de corriger une diction ; elle défend une certaine vision du rôle de l’animateur dans la société, celle d’une voix qui, par sa fermeté, stabilise l’opinion publique.
Le débat soulevé par l’animatrice met également en lumière l’influence des plateformes numériques sur le ton employé par les professionnels. Avec la montée en puissance des podcasts et des émissions diffusées simultanément en vidéo sur des plateformes comme YouTube, les animateurs sont davantage scrutés, non seulement sur le contenu de leurs propos, mais aussi sur leur gestuelle et leur manière de s’adresser à leur audience. La « tonalité interrogative » est souvent associée à une recherche de validation de la part de l’interlocuteur, une pratique qui, selon Cheng, dénature le contrat de confiance entre le diffuseur et son public. Pour les observateurs des médias locaux, cette sortie de Do姐 agit comme un rappel à l’ordre formel, soulignant que, malgré l’évolution des formats, les fondamentaux de la rhétorique radiophonique demeurent des piliers de la crédibilité médiatique à Hong Kong.
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