La psychologue espagnole Lara Ferreiro, experte en santé mentale et intelligence émotionnelle, a déclaré mercredi 22 mai 2026 lors d’un colloque à Madrid que reconnaître avoir besoin d’aide psychologique n’est pas un signe de faiblesse, mais une démonstration de lucidité et de résilience
. Ses propos, relayés par *El País*, interviennent alors que l’Espagne enregistre une hausse de 18 % des consultations en psychologie depuis 2024, selon les données du ministère de la Santé.
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Une normalisation progressive, mais des freins culturels persistants
Les déclarations de Lara Ferreiro s’inscrivent dans un contexte où la demande de soins psychologiques en Europe a connu une accélération sans précédent depuis 2023, sous l’effet conjugué de la crise climatique, des tensions géopolitiques et de l’épuisement professionnel post-pandémie. En Espagne, où le système public de santé (SNS) couvre 98 % des consultations psychologiques, les listes d’attente pour un premier rendez-vous dépassent désormais six mois dans certaines régions, selon un rapport publié le 15 mai 2026 par la *Federación Española de Asociaciones de Psicología Clínica y de la Salud* (FEAPC).
Pourtant, malgré cette demande croissante, des barrières culturelles persistent. Une étude menée en 2025 par l’*Instituto de Salud Carlos III* révélait que 42 % des Espagnols évitaient de consulter un psychologue par peur du jugement social, un chiffre en légère baisse par rapport à 2020 (48 %). Ferreiro, qui dirige le *Centro de Inteligencia Emocional* à Barcelone, souligne que cette réticence est souvent liée à une confusion entre faiblesse et vulnérabilité
: La force mentale ne consiste pas à tout porter seul, mais à savoir quand déléguer
, précise-t-elle dans une interview accordée à *La Vanguardia* le 20 mai.
Son approche s’appuie sur des travaux récents en neurosciences affectives, notamment ceux de l’équipe du *Neuroimaging Research Group* de l’Université de Barcelone, qui a démontré en 2025 que les personnes acceptant une thérapie présentaient une réduction de 30 % du cortisol (hormone du stress) après six mois de suivi, contre 12 % chez celles qui reportaient leur prise en charge. Ces résultats, publiés dans *Nature Human Behaviour*, ont été cités lors du colloque de Madrid pour appuyer l’argument selon lequel la demande d’aide est un mécanisme d’adaptation, et non de défaitisme.
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L’Espagne en retard sur les politiques de santé mentale : un décalage européen
Si l’Espagne affiche des progrès en matière d’accès aux soins psychologiques, elle reste à la traîne comparée à des voisins comme la France ou les pays nordiques. Selon les données de l’*Organisation Mondiale de la Santé* (OMS) pour 2025, le pays ne consacre que 1,2 % de son budget santé aux programmes de santé mentale, contre 2,5 % en moyenne dans l’UE. Cette sous-dotation se traduit par des inégalités territoriales criantes : en Andalousie, seulement 3 psychologues cliniciens sont disponibles pour 100 000 habitants, contre 12 en Catalogne.

Le gouvernement espagnol a tenté de répondre à cette crise en lançant, en janvier 2026, le *Plan Nacional de Salud Mental 2026-2030*, doté d’un budget initial de 500 millions d’euros. Parmi les mesures phares : la création de 2 000 postes supplémentaires de psychologues dans le secteur public d’ici 2028, et la généralisation des thérapies en ligne pour réduire les délais d’attente. Cependant, des associations comme *Salud Mental España* estiment que ces annonces restent insuffisantes face à l’urgence
. Dans un communiqué du 18 mai 2026, elles dénoncent le manque de moyens alloués aux thérapies de groupe, jugées pourtant plus efficaces pour les troubles anxieux et dépressifs.
À titre de comparaison, la Finlande, souvent citée en exemple, investit 3,1 % de son budget santé dans la santé mentale et propose des séances de prévention dès l’école primaire. En Espagne, les programmes de sensibilisation restent marginaux : seuls 15 % des collèges intègrent des modules d’éducation émotionnelle, selon un audit de l’*Agencia Española de Protección de la Salud* (AESPS) publié en avril 2026.
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L’intelligence artificielle comme levier (et risque) pour la démocratisation
Face à la pénurie de professionnels, l’Espagne mise partiellement sur l’intelligence artificielle pour combler le gap. Depuis 2025, plusieurs plateformes comme *PsicoIA* (développée par l’Université Complutense de Madrid) proposent des outils de dépistage automatisé des troubles anxieux et dépressifs, basés sur l’analyse du langage et des biomarqueurs vocaux. Ces solutions, testées sur 1 200 volontaires en 2025, affichent une précision de 87 % pour détecter un épisode dépressif modéré, selon une étude publiée dans *JAMA Psychiatry*.
Pour Ferreiro, ces outils peuvent jouer un rôle de pont vers le soin humain
, à condition d’être encadrés strictement. Elle met en garde contre les dérives possibles : L’IA ne doit pas remplacer le dialogue thérapeutique, mais faciliter l’accès à une première évaluation. Le risque est de voir les algorithmes devenir des substituts à bas coût, au détriment de la relation de confiance essentielle en psychothérapie
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Paradoxalement, l’adoption de ces technologies se heurte à une méfiance persistante. Une enquête de *Metroscopia* pour *El Mundo* en mars 2026 révélait que 68 % des Espagnols refuseraient de consulter un psychologue dont les diagnostics seraient partiellement assistés par une IA. Cette réticence s’explique en partie par un manque de transparence sur les limites de ces outils : aucun cadre légal n’impose aujourd’hui de mentionner explicitement quand un diagnostic est humain ou automatisé.
Le ministère de la Santé travaille sur un projet de loi pour réguler ces pratiques, mais son adoption n’est pas prévue avant fin 2027. En attendant, des initiatives locales émergent, comme celle de la *Generalitat de Catalunya*, qui a lancé en avril 2026 un programme pilote associant IA et psychologues pour suivre les patients en télémédecine. Les premiers résultats, attendus pour l’automne, pourraient influencer la stratégie nationale.
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Et demain ? Trois scénarios pour la santé mentale en Espagne
À court terme, les perspectives dépendront de trois facteurs clés : la capacité du gouvernement à financer le *Plan Nacional de Salud Mental*, l’adoption progressive des outils d’IA par les professionnels, et l’évolution des mentalités. Trois scénarios se dessinent.

Scénario optimiste (2027-2028) : Si les 500 millions d’euros promis sont débloqués à temps et si les thérapies en ligne réduisent les délais d’attente de moitié, l’Espagne pourrait rattraper une partie de son retard. Des associations comme *FEAPC* estiment que cela nécessiterait un effort supplémentaire de 300 millions d’euros par an pour atteindre les standards européens. Ferreiro anticipe aussi un changement générationnel : Les jeunes de moins de 30 ans ont une approche radicalement différente de la santé mentale. Pour eux, consulter un psychologue est aussi naturel que prendre un antidouleur
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Scénario intermédiaire (2028-2030) : En l’absence de réforme structurelle, les inégalités territoriales s’aggraveront, avec des régions comme l’Andalousie ou l’Extremadura maintenues en situation de crise. Les outils d’IA, bien que déployés, resteront cantonnés à des rôles d’assistance, sans remplacer les psychologues. Les listes d’attente pourraient alors dépasser huit mois dans certaines zones.
Scénario pessimiste (au-delà de 2030) : Si aucun plan de financement complémentaire n’est adopté, le système public pourrait être submergé, poussant une partie de la population vers des solutions privées coûteuses ou vers des plateformes d’IA non régulées. Les troubles mentaux, déjà sous-diagnostiqués, pourraient alors devenir une crise silencieuse, avec des conséquences économiques estimées à 0,5 % du PIB espagnol par an (soit 6,5 milliards d’euros), selon des projections de la *Banco de España* citées dans un rapport de 2025.
Pour Ferreiro, l’enjeu n’est pas seulement médical, mais sociétal : Une nation qui ne prend pas soin de sa santé mentale est une nation qui perd en créativité, en cohésion sociale et en compétitivité. L’Espagne a les moyens de devenir un modèle en Europe, à condition de cesser de traiter la psychologie comme une dépense, et non comme un investissement
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À suivre
Les prochains mois seront cruciaux pour évaluer l’impact du *Plan Nacional de Salud Mental*. Les indicateurs à surveiller :
– Le taux de réduction des listes d’attente d’ici fin 2026.
– L’adoption effective des outils d’IA par les professionnels (objectif : 30 % des psychologues formés d’ici 2027).
– L’évolution des budgets alloués par les communautés autonomes, certaines comme la Catalogne ayant déjà annoncé des surcoûts.
En parallèle, une enquête européenne sur les inégalités d’accès aux soins psychologiques, prévue pour publication en septembre 2026, pourrait placer l’Espagne sous les projecteurs — avec des risques de sanctions si les écarts ne se réduisent pas.
