Russie en crise énergétique : pénuries de carburant et hausse des prix
La Russie traverse une crise énergétique majeure, marquée par des pénuries de carburant et une flambée des prix à la pompe. Cette situation, provoquée par les frappes de drones ukrainiens sur les raffineries et dépôts pétroliers russes, touche désormais près de 90 % des régions du pays. Face à ce déséquilibre structurel entre l’offre et la demande, le gouvernement multiplie les mesures d’urgence pour stabiliser son marché intérieur.
Une crise logistique et industrielle généralisée

Les infrastructures pétrolières russes, cibles régulières des drones ukrainiens, peinent à maintenir leur niveau de production habituel. Selon des données de Rosstat relayées par Meduza, les prix de l’essence ont augmenté de 2,1 % et ceux du diesel de 3,4 % entre le 30 juin et le 6 juillet. Le prix moyen du diesel a atteint 87,76 roubles par litre, contre 74,01 roubles pour l’essence.
Dans près de 80 régions sur 83, le rationnement est devenu la norme. Les automobilistes font face à des files d’attente s’étirant sur plusieurs heures, et certaines stations-service se retrouvent régulièrement à sec. En Crimée, les autorités ont pris des mesures radicales en interdisant toute vente de carburant aux particuliers. À Irkoutsk, le maire a même ordonné l’installation de toilettes mobiles près des stations-service pour soulager les conducteurs en attente.
Mesures d’urgence et recours aux importations

Pour endiguer la crise, Moscou a durci sa politique commerciale. Le vice-Premier ministre Alexander Novak a annoncé un nouveau ban sur les exportations de diesel à partir du 8 juillet afin de privilégier l’approvisionnement domestique. En parallèle, le gouvernement prévoit d’importer du carburant pour combler les manques.
Parmi les autres mesures d’urgence, les autorités ont autorisé la mise sur le marché d’essence de norme Euro-3 jusqu’à la fin de 2026, acceptant une baisse de la qualité des carburants pour éviter une déstabilisation totale du marché. La dépendance aux solutions alternatives s’accentue : le prix de l’essence biélorusse AI-92 importée a presque doublé depuis mai, atteignant 127 000 roubles la tonne.
Adaptations forcées : du télétravail aux modes de transport alternatifs
La pénurie modifie profondément le quotidien des Russes et l’organisation du travail. Dans les régions de Novossibirsk et de Tomsk, les autorités ont encouragé les employeurs à instaurer le télétravail pour limiter la consommation de carburant et les déplacements personnels.
Les citoyens cherchent des alternatives pour maintenir leur mobilité :
* Véhicules électriques et hybrides : La demande a explosé. Les immatriculations d’hybrides rechargeables ont bondi de 125 % sur les cinq premiers mois de l’année. Malgré un réseau de bornes insuffisant, les Russes privilégient l’hybride pour sa capacité à basculer sur l’essence.
* Gaz naturel liquéfié : Le recours à l’équipement des véhicules au gaz naturel a progressé de 35 % depuis le printemps.
* Alternatives rustiques : Dans les zones rurales, certains habitants se tournent vers les chevaux de trait pour leurs déplacements et travaux agricoles, une tendance documentée par *The Moscow Times* et la chaîne Telegram Mash, qui rapporte une forte hausse des ventes d’équidés. Les ventes de vélos sont également en progression.
Perspectives du marché

Si le secteur automobile russe est en pleine mutation, l’offre peine à suivre. Sergei Udalov, directeur du cabinet Autostat, souligne que les importateurs n’avaient pas anticipé l’ampleur de cette crise. Les constructeurs chinois, tels que Geely, Dongfeng, GAC et Chery, dominent déjà le segment des véhicules électrifiés, bien que ces derniers ne représentaient que 4,3 % des ventes totales l’an dernier.
Alors que le régime de situation d’alerte renforcée se maintient dans plusieurs régions, la pérennité de ces changements de comportement dépendra directement de la capacité des raffineries russes à résister aux attaques et à rétablir une production stable. Pour l’heure, la crise énergétique continue de redessiner les habitudes de consommation à travers tout le pays.
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