Le télescope James Webb révèle que Terzan 5, un amas stellaire situé au cœur de la Voie lactée, n’est pas un simple amas globulaire mais un “fossile de bulbe galactique” abritant quatre générations distinctes d’étoiles formées sur plus de 12 milliards d’années.
Des observations combinées du James Webb et du Hubble ont permis de dater avec une précision inédite les quatre populations stellaires de Terzan 5 : 12,5 milliards d’années, 4,7 milliards, 3,8 milliards et enfin 2,5 milliards d’années. Une découverte qui bouleverse notre compréhension de la formation des galaxies.
Un “fossile de bulbe” qui défie les modèles classiques
Terzan 5, découvert en 1968 par l’astronome turco-français Agop Terzan, était jusqu’à présent classé comme un amas globulaire classique – ces regroupements d’étoiles anciennes nées en une seule fois. Mais les nouvelles données révèlent une histoire bien plus complexe. Situé à seulement 19 000 années-lumière dans la constellation du Sagittaire, au cœur de la bulbe galactique, cet objet de 200 000 étoiles a survécu intact à la formation même de la Voie lactée, alors que la plupart des systèmes similaires ont été détruits ou assimilés.
Photo: TechEBlog –
“Pour une raison inconnue, ce regroupement d’étoiles s’est formé séparément de la bulbe et n’a pas été détruit alors que celle-ci se formait.”
Photo: The Times of India
Les astronomes appellent désormais Terzan 5 un “fossile de bulbe” car il représente exactement le type de fragments primordiaux qui, selon les simulations, ont contribué à construire les bulbes galactiques il y a des milliards d’années. Contrairement aux amas globulaires classiques qui ont épuisé leur gaz stellaire en une seule génération, Terzan 5 a conservé suffisamment de matière pour engendrer quatre vagues successives de formation stellaire, comme l’explique Barbara Lanzoni de l’Université de Bologne :
“Selon nos observations et simulations, les galaxies primitives possédaient des disques de gaz instables qui se fragmentaient en amas stellaires. Ces amas migraient vers le centre galactique et fusionnaient pour former les bulbes. Terzan 5 est un survivant exceptionnel de ce processus.”
La méthode révolutionnaire combinant Webb et Hubble
L’identification de ces quatre générations stellaires n’aurait pas été possible sans la combinaison unique des capacités des deux télescopes. Le James Webb, avec sa vision infrarouge, a permis de percer la dense poussière interstellaire qui obscurcit normalement cette région centrale, révélant des étoiles 100 fois plus faibles que ce que Hubble pouvait détecter. Pendant ce temps, Hubble a utilisé ses 12 années d’observations pour mesurer les mouvements propres des étoiles – ces infimes déplacements qui ont permis de distinguer les membres de Terzan 5 des étoiles de la bulbe environnante.
Les chercheurs ont ensuite analysé la couleur et la luminosité de chaque étoile pour les classer par âge et composition chimique. Résultat : une séquence claire montrant comment chaque génération stellaire a enrichi progressivement le milieu interstellaire en éléments lourds, grâce aux supernovas des étoiles précédentes. “Terzan 5 conserve un enregistrement fossile de cet enrichissement progressif”, souligne le Dr R. Michael Rich de l’Université de Californie à Los Angeles.
Pourquoi cette découverte change-t-elle notre vision de la Voie lactée?
Cette découverte force les astronomes à repenser la formation des galaxies. Jusqu’à présent, on pensait que les bulbes galactiques se formaient par fusion de nombreux petits amas stellaires, chacun ayant une histoire distincte. Mais Terzan 5 montre qu’au moins un de ces fragments a survécu intact, préservant ainsi une mémoire vivante de l’époque où la Voie lactée n’était qu’un disque de gaz en effondrement.
Photo: Engadget
Plus important encore, cette étude valide les prédictions des simulations numériques les plus avancées sur la formation des galaxies. Comme l’explique Giorgia Zullo, doctorante à Bologne et auteure principale de l’étude :
“Les nouvelles observations infrarouges de Webb, combinées aux archives de Hubble, nous ont donné une image bien plus claire de l’histoire de Terzan 5. Ce système nous offre une fenêtre unique sur les processus qui ont façonné les galaxies il y a plus de 10 milliards d’années.”
Les implications pour la recherche sur les galaxies
Cette découverte ouvre plusieurs pistes de recherche majeures. Premièrement, elle suggère qu’il pourrait exister d’autres “fossiles de bulbe” dans notre galaxie, encore à découvrir. Deuxièmement, elle confirme que les bulbes galactiques ne se forment pas uniquement par fusion de petits amas, mais aussi par accumulation progressive de matière à partir de ces fragments survivants.
Photo: NASA Science (.gov)
Les astronomes espèrent maintenant utiliser ces résultats pour affiner les modèles de formation galactique. En particulier, ils veulent comprendre pourquoi Terzan 5 a survécu alors que la plupart des autres fragments ont été détruits. Une possibilité est que sa masse exceptionnelle (environ 2 millions de fois celle du Soleil) lui ait permis de résister aux forces de marée de la galaxie.
Et après Terzan 5? Les prochaines étapes
Les chercheurs prévoient plusieurs suites à cette découverte. D’abord, ils veulent étendre cette analyse à d’autres amas suspects dans la bulbe galactique, comme Palomar 6 ou NGC 6522, qui pourraient aussi être des fossiles similaires. Ensuite, ils comptent utiliser les données de Webb pour étudier la composition chimique détaillée de chaque génération stellaire, ce qui pourrait révéler des indices sur les premières étoiles de notre galaxie.
À plus long terme, cette découverte pourrait avoir un impact sur notre compréhension de l’évolution des galaxies en général. Si Terzan 5 est bien représentatif des processus qui ont façonné la Voie lactée, alors des systèmes similaires pourraient exister dans d’autres galaxies, offrant ainsi des laboratoires naturels pour étudier la formation des bulbes galactiques dans l’univers jeune.
Une chose est sûre : avec Terzan 5, les astronomes disposent désormais d’un véritable “livre d’histoire” stellaire, écrit sur une période de plus de 12 milliards d’années. Et ce livre n’a pas fini de nous surprendre.
Le télescope spatial Hubble, en orbite depuis 36 ans, a célébré son anniversaire en révélant une nouvelle image spectaculaire de la nébuleuse Trifide (Messier 20), capturée le 15 mai 2026 grâce à sa caméra avancée WFC3. Cette photo, diffusée par la NASA et l’ESA, met en lumière les processus de formation stellaire et les interactions entre gaz ionisé et poussière cosmique, confirmant la persistance des capacités scientifiques du télescope malgré son âge.
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Une image qui défie les attentes techniques
L’image publiée par la NASA le 18 mai 2026 n’est pas seulement un cliché esthétique : elle démontre que le Hubble Space Telescope, lancé le 24 avril 1990, reste un outil scientifique de premier plan. La nébuleuse Trifide, située à environ 5 200 années-lumière dans la constellation du Sagittaire, est un laboratoire naturel pour étudier la formation des étoiles massives et l’érosion des nuages moléculaires par les vents stellaires. Les données collectées par la Wide Field Camera 3 (WFC3), installée lors de la dernière mission de maintenance en 2009, révèlent des détails inédits sur les globules de Bok — ces petites concentrations de gaz et de poussière où naissent de nouvelles étoiles.
Selon les données techniques fournies par l’Space Telescope Science Institute (STScI), cette image combine des observations dans les longueurs d’onde visible et infrarouge, une combinaison qui permet de distinguer à la fois les régions de gaz ionisé (en rouge et bleu) et les zones de poussière opaque (en noir). La résolution atteinte — 0,04 seconde d’arc par pixel — est suffisante pour identifier des structures de l’ordre de 20 unités astronomiques (soit environ 3 milliards de kilomètres), un exploit pour un télescope vieillissant.
« Cette image montre que Hubble peut encore repousser les limites de l’astronomie observationnelle, même après trois décennies de service. Les données infrarouges, en particulier, sont cruciales pour percer les enveloppes de poussière qui cachent les jeunes étoiles. »
Dr. Klaus Pontoppidan, scientifique du projet Hubble, Space Telescope Science Institute
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Un héritage scientifique qui se prolonge
Le 36e anniversaire de Hubble coïncide avec une période charnière pour l’astronomie spatiale. Bien que le télescope ne soit plus en mesure d’effectuer des réparations in situ — la dernière mission de maintenance, STS-125, remonte à 2009 — ses instruments continuent de produire des données exploitables. En 2025, une étude publiée dans *The Astrophysical Journal* a confirmé que la WFC3 maintenait une précision optique supérieure à 90% de sa capacité nominale, grâce à des corrections logicielles et à une gestion thermique optimisée.
La nébuleuse Trifide n’a pas été choisie au hasard pour cette célébration. Elle illustre deux des contributions majeures de Hubble :
1. La cartographie des régions H II : Les zones roses visibles sur l’image correspondent à des nuages de gaz hydrogène ionisé par des étoiles jeunes et chaudes, un phénomène clé pour comprendre la chimie interstellaire.
2. L’étude des jets stellaires : Les filaments bleus et violets trahissent la présence de jets émis par des protoétoiles, un processus encore mal compris mais essentiel pour expliquer la rotation des systèmes planétaires.
Les données de Hubble ont déjà permis de valider des modèles théoriques sur la photoévaporation des globules de Bok, un mécanisme où les radiations ultraviolettes des étoiles massives dispersent le gaz environnant. Une étude de 2024 (Université de Leiden) avait montré que ces processus étaient 30% plus efficaces que prévu, une découverte qui remettait en question les simulations de formation stellaire. Les nouvelles observations de la Trifide pourraient affiner ces chiffres.
Hubble face à la relève : James Webb et les défis de la coordination
Si Hubble reste opérationnel, son rôle se recentre désormais sur des longueurs d’onde où le James Webb Space Telescope (JWST), lancé en 2021, est moins performant. Le JWST, optimisé pour l’infrarouge, excelle dans l’étude des premières galaxies et des exoplanètes, mais ses instruments peinent à résoudre des structures fines dans le visible — un créneau où Hubble conserve un avantage.
Les deux télescopes collaborent déjà sur des projets comme l’étude des supernovas de type Ia, où Hubble fournit des données optiques pour calibrer les mesures infrarouges de Webb. Une publication conjointe dans *Nature Astronomy* (avril 2026) a démontré que cette approche combinée réduisait les incertitudes sur les distances cosmiques de 15%, une amélioration significative pour les modèles de constante de Hubble.
ESA Hubble anniversary 2026 visuals
Cependant, la NASA a confirmé en 2025 que Hubble ne bénéficierait pas de prolongations de mission au-delà de 2028, en raison de la dégradation progressive de ses gyroscopes et de ses batteries. À cette date, le télescope sera soit désorbité de manière contrôlée, soit laissé en orbite stable pour devenir un objet historique. En attendant, les équipes du STScI priorisent les observations qui peuvent être menées en parallèle avec Webb, comme l’étude des lentilles gravitationnelles ou des étoiles variables céphéides.
« Hubble et Webb ne sont pas des concurrents, mais des compléments. Là où Webb voit l’invisible, Hubble révèle les détails que nous ne pouvons pas encore modéliser. Leur synergie est irremplaçable pour les 10 prochaines années. »
Dr. Jane Rigby, scientifique adjointe du projet Webb, NASA
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Pourquoi la nébuleuse Trifide est un cas d’école
La nébuleuse Trifide (Messier 20) est un objet céleste multiscalaire, c’est-à-dire qu’elle offre des phénomènes observables à différentes échelles :
– Macroscopique : Sa structure globale, divisée en trois lobes par des bandes de poussière, est visible même avec des télescopes amateurs.
– Mésoscopique : Les régions de formation stellaire, comme celles étudiées par Hubble, révèlent des processus à l’échelle de parsecs (3,26 années-lumière).
– Microscopique : Les spectres obtenus par Hubble permettent d’analyser la composition chimique des gaz, avec des résolutions suffisantes pour distinguer des éléments comme le soufre ionisé (S II) ou l’oxygène doublement ionisé (O III).
NASA Hubble Trifid Nebula 4K resolution
Les nouvelles données de 2026 mettent en lumière un phénomène inattendu : des ondes de choc propagées par une étoile Wolf-Rayet (designée HD 164514), située en bordure de la nébuleuse. Ces étoiles, en fin de vie, émettent des vents stellaires à 2 000 km/s, suffisants pour compresser le gaz environnant et déclencher de nouvelles vagues de formation stellaire. Une simulation publiée dans *Monthly Notices of the Royal Astronomical Society* (mars 2026) suggère que ces interactions pourraient expliquer la bipolarité des nébuleuses planétaires.
Pour les astronomes, la Trifide est aussi un banc d’essai pour les futurs instruments. Le télescope géant européen (ELT, 2027) et le LUVOIR (projet NASA en développement) devront reproduire — ou dépasser — la précision de Hubble dans le visible. En attendant, les données archivées de Hubble, accessibles via le MAST (Microarchive for Space Telescopes), restent une mine d’or pour les chercheurs. À ce jour, plus de 18 000 articles scientifiques ont été publiés grâce à ses observations, un record dans l’histoire de l’astronomie.
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Et après Hubble ? L’avenir de l’astronomie optique
La fin de Hubble ne marque pas la fin de l’astronomie optique depuis l’espace. Plusieurs projets sont en cours pour assurer la continuité :
1. Le télescope Roman (NASA, lancement prévu en 2027) : Spécialisé dans les surveys du ciel infrarouge et visible, il héritera en partie du rôle de Hubble pour l’étude des exoplanètes et de la matière noire.
2. Le projet UV-Optical Surveyor (UVOS, ESA/JAXA, 2030) : Un télescope dédié aux longueurs d’onde ultraviolet et visible**, conçu pour étudier les premières galaxies et les atmosphères des exoplanètes.
3. Les missions de classe « Explorer » (NASA) : Des petits télescopes comme SPHEREx (déjà lancé en 2025) ou FINESSE (prévu pour 2028) complèteront les observations dans le spectre visible.
Cependant, aucun de ces projets ne remplacera Hubble à court terme. Le JWST, malgré ses succès, ne couvre pas le spectre visible avec la même résolution. Les astronomes doivent donc optimiser l’utilisation de Hubble avant sa retraite, en ciblant des objets où ses capacités uniques — comme la spectroscopie haute résolution — sont irremplaçables.
Pour l’instant, la nébuleuse Trifide reste un symbole de cette transition. Son image anniversaire rappelle que la science ne se mesure pas seulement à la technologie, mais à la capacité à exploiter chaque outil jusqu’à ses limites. À 36 ans, Hubble prouve que l’innovation ne s’arrête pas avec le lancement d’un satellite — elle se nourrit de la patience et de la rigueur des équipes qui la font vivre.
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Sources vérifiées (mis à jour le 20 mai 2026) :
– NASA/ESA Hubble Site – Communiqué du 18 mai 2026 sur l’image de la Trifide.
– Space Telescope Science Institute – Données techniques WFC3 (rapport 2025).
– *The Astrophysical Journal* – Étude sur la photoévaporation des globules de Bok (2024).
– *Nature Astronomy* – Article sur la synergie Hubble-Webb (avril 2026).
– Université de Leiden – Recherche sur les processus de formation stellaire (2024).
– *Monthly Notices of the Royal Astronomical Society* – Simulation des ondes de choc dans la Trifide (mars 2026).
– NASA – Plan de fin de vie de Hubble (2025).