Le pape Léon XIV convoque les cardinaux du monde entier pour un consistoire extraordinaire les 26 et 27 juin 2026, une réunion qui marque un tournant dans la réflexion de l’Église face aux crises géopolitiques actuelles. Divisés en 20 groupes de travail, les 170 participants — dont des cardinaux électeurs et non électeurs — aborderont des sujets aussi sensibles que la révision de la théorie de la « guerre juste », la mise en œuvre du chemin synodal d’ici 2028, et les moyens de construire la paix dans un monde déchiré par les conflits. « Nous devons préparer le chemin synodal avec une conscience vive de ce que nous vivons aujourd’hui, toujours défiés par la réalité », a déclaré le cardinal Carlos Castillo, archevêque de Lima, lors d’un entretien avec l’Instituto Humanitas Unisinos. Cette réunion, la deuxième depuis janvier, s’annonce comme un laboratoire d’idées pour une Église confrontée à des défis inédits.
Un agenda chargé : de la guerre à la diversité culturelle
Les travaux, strictement confidentiels, s’articuleront autour de quatre axes majeurs : les tensions mondiales, la réconciliation, la culture du pouvoir et la mise en œuvre concrète du chemin synodal. Selon le programme officiel publié par la Vatican News, les cardinaux seront divisés en deux groupes — l’un regroupant les cardinaux électeurs ordinaires, l’autre les cardinaux de la Curie romaine et non électeurs. Chaque session alternera entre méditations bibliques, discussions en sous-groupes et moments de partage plénier, avec une contrainte stricte : aucun échange avec la presse pendant les débats.

L’un des sujets les plus explosifs à l’ordre du jour est la remise en question de la doctrine traditionnelle de la « guerre juste », théorisée par saint Thomas d’Aquin. Certains participants, comme le sociologue Luca Diotallevi cité par l’Instituto Plinio Corrêa de Oliveira, dénoncent un « pacifisme utopique » qui minimiserait les agressions en cours, comme celle de la Russie en Ukraine. « Comment des touristes martiens pourraient-ils comprendre que l’on parle de la ‘martyre Ukraine’ sans évoquer l’agresseur ? », interroge Diotallevi. À l’inverse, le pape Léon XIV a clairement affirmé dans son encyclique Magnifica Humanitas que la théorie de la guerre juste était « dépassée » et invoquée « trop fréquemment pour justifier n’importe quelle guerre ». Cette tension entre tradition et modernité promet d’animer les débats.
La visite au Pérou : un test pour l’unité de l’Église
En parallèle du consistoire, le Vatican prépare la visite du pape Léon XIV au Pérou, un pays marqué par des divisions sociales et une histoire de marginalisation des populations indigènes. Le cardinal Castillo, archevêque de Lima, a mis en garde contre toute instrumentalisation politique de cette visite : « La visite apostolique ne doit pas servir d’outil à des intérêts partisans ; elle est avant tout une mission évangélisatrice », a-t-il déclaré à l’Instituto Humanitas Unisinos. Pourtant, les défis sont immenses. « Au Pérou, on a tenté d’enterrer notre diversité. Quand on ‘cholea’ [terme péjoratif pour les métis], quand on ‘negrea’ [terme péjoratif pour les Noirs], quand on ‘grungea’ [terme péjoratif pour les immigrants américains]… tout cela est erroné. Nous sommes tous importants ! », a-t-il insisté, soulignant la nécessité d’une Église qui reflète la pluralité du continent.

Cette préoccupation pour la diversité culturelle s’inscrit dans une dynamique plus large : le chemin synodal, qui vise à impliquer les fidèles dans la gouvernance de l’Église, doit aboutir en 2028. « Nous voulons que ce chemin arrive à maturité d’ici là, car il repose sur une conscience vive de notre réalité mondiale, toujours mise à l’épreuve », a précisé le cardinal Castillo. La visite au Pérou pourrait ainsi servir de laboratoire pour tester cette approche inclusive, alors que le pays fait face à des crises sociales aiguës, comme l’a souligné la rencontre entre le pape et le président péruvien José María Balcázar Zelada le 18 juin dernier.
Confidentialité et méthode : comment fonctionnent ces réunions ?
Contrairement aux synodes habituels, où la presse a un accès limité, ce consistoire impose une confidentialité absolue. Aucune déclaration publique ne sera autorisée pendant les débats, et les travaux se dérouleront sans la présence des médias. La méthodologie, inspirée des processus synodaux, alterne entre sessions plénières et travaux en petits groupes, avec des interventions individuelles limitées à trois minutes. « La confidencialité est essentielle pour préserver un climat de dialogue fraternel », a rappelé la Sala Stampa della Santa Sede, comme le rapporte la Vatican News.
Le calendrier est serré : après une messe d’ouverture présidée par le pape à la basilique Saint-Pierre le 26 juin à 7h30 (heure de Rome), les débats débuteront à 9h30 dans l’auditorium Paul VI. Les cardinaux seront introduits par le cardinal Giovanni Battista Re, doyen du collège cardinalice, avant que le pape ne présente les modalités de travail. La première session, intitulée « En quel monde sommes-nous appelés à annoncer l’Évangile ? », sera suivie d’une méditation biblique assurée par le cardinal Grzegorz Ryś, avant des échanges en sous-groupes sur les souffrances et les espoirs des peuples.
Quelles conséquences pour l’Église et le monde ?
Les enjeux de ce consistoire dépassent largement le cadre ecclésiastique. Si les cardinaux parviennent à un consensus sur la révision de la doctrine de la guerre juste, cela pourrait avoir des répercussions majeures sur la position de l’Église dans les conflits internationaux. À l’inverse, un échec à concilier les positions traditionnelles et progressistes risquerait de fragiliser encore davantage une institution déjà divisée. « La visite apostolique ne doit pas être utilisée pour des intérêts politiques, mais elle doit être un appel à l’action et à la redécouverte de notre identité », a insisté le cardinal Castillo.

Sur le plan interne, la mise en œuvre du chemin synodal d’ici 2028 dépendra en grande partie des décisions prises lors de ce consistoire. Si les cardinaux parviennent à définir des lignes directrices claires pour une Église plus inclusive et adaptée aux réalités contemporaines, cela pourrait marquer un tournant. À l’inverse, une absence de consensus risquerait de prolonger les tensions déjà visibles au sein du collège cardinalice, comme le souligne l’Agência Ecclesia.
Enfin, la visite au Pérou s’annonce comme un test crucial. Si le pape et les cardinaux parviennent à promouvoir un message d’unité et de respect de la diversité, cela pourrait servir de modèle pour d’autres régions du monde où les conflits ethniques et sociaux menacent la cohésion sociale. À l’inverse, une gestion maladroite de cette visite pourrait aggraver les divisions, comme l’a averti le cardinal Castillo : « Après la visite en Espagne, nous avons un travail immense devant nous. »
Calendrier et prochaines étapes
- 26 juin 2026, 7h30 : Messe d’ouverture à la basilique Saint-Pierre.
- 26 juin, 9h30 : Début des travaux à l’auditorium Paul VI (discours d’ouverture, première session).
- 26 juin, 16h00 : Deuxième session sur « la culture du pouvoir et la civilisation de l’amour ».
- 27 juin : Réunion plénière et débat direct avec le pape sur la mise en œuvre du chemin synodal.
- 29 juin : Clôture avec une messe solennelle et la bénédiction des palliums.
Les résultats de ce consistoire ne seront connus qu’après la clôture des débats, mais une chose est sûre : les décisions prises ici pourraient redéfinir le rôle de l’Église dans un monde en crise. Entre révision doctrinale, défis culturels et enjeux géopolitiques, cette réunion s’annonce comme l’un des événements les plus importants du pontificat de Léon XIV.
À suivre : les réactions des cardinaux et les premières orientations pour le chemin synodal d’ici 2028.
Find more reporting in our International section.
