Les souris de New York développent une résistance génétique aux poisons
Des recherches récentes menées par l’Université Rutgers révèlent que les populations de rongeurs dans les zones urbaines denses, y compris New York, évoluent de manière significative pour contrer les stratégies d’extermination humaines. Selon les conclusions de cette étude, les souris domestiques et les rats de Norvège adaptent leurs comportements et leur biologie face aux efforts déployés pour les contrôler.
Une mutation génétique chez les souris

L’étude, menée par Jin-Jia Yu et Changlu Wang du département d’entomologie de l’Université Rutgers, a analysé l’ADN de 300 souris domestiques et rats de Norvège provenant de New York, du New Jersey, de Washington D.C. et de la région de Philadelphie. Les résultats indiquent que 70 % des souris échantillonnées présentent une mutation génétique qui rend les anticoagulants — la forme de rodenticide la plus courante — inefficaces.
Selon Changlu Wang, spécialiste en extension au sein du département d’entomologie, cette immunité est le résultat de décennies d’exposition. « Quand les souris mangent le poison, elles peuvent toujours fonctionner normalement, en gros. C’est pourquoi elles sont plus tolérantes », a-t-il expliqué. La propension naturelle des souris à explorer de nouveaux environnements, appelée « néophilie », les conduit à consommer davantage d’appâts empoisonnés, favorisant ainsi la survie et la reproduction des individus porteurs de la mutation génétique.
Des rats experts en évasion

Contrairement aux souris, les rats de New York semblent adopter une stratégie différente. Plutôt que de développer des mutations génétiques à la même fréquence, les rats font preuve d’une intelligence accrue face aux dispositifs physiques. Jin-Jia Yu souligne que les chercheurs disposent de nombreuses séquences vidéo montrant des rats capables d’éviter les pièges à ressort et les pièges collants fréquemment utilisés par les professionnels.
Ces rongeurs peuvent passer jusqu’à une semaine ou effectuer 300 approches d’un piège sans jamais s’y aventurer. Cette méfiance naturelle explique pourquoi, dans certaines zones comme le New Jersey, les chercheurs n’ont pas identifié les mêmes variantes de résistance que chez les souris, les rats privilégiant l’évitement comportemental.
Les risques pour la santé et l’environnement
L’inefficacité croissante des poisons soulève des préoccupations majeures en matière de santé publique et d’environnement. L’utilisation persistante de rodenticides peut contaminer d’autres animaux sauvages, tels que les oiseaux, les coyotes et divers prédateurs qui se nourrissent de rongeurs ayant ingéré des poisons. Les chercheurs ont noté que les animaux sauvages retrouvés morts contiennent souvent des traces de ces substances toxiques.
En outre, si les poisons deviennent moins efficaces, les communautés pourraient être tentées d’augmenter les doses ou la fréquence d’application. Cette pratique accroît l’exposition des humains, en particulier des enfants, des animaux domestiques et des personnes souffrant d’asthme ou de problèmes respiratoires, aux substances chimiques toxiques dans les foyers et les bâtiments.
Vers de nouvelles stratégies de gestion

Face à cette évolution, les experts préconisent un changement de paradigme. Le département de l’Agriculture de Pennsylvanie, par exemple, encourage les propriétaires à adopter une gestion intégrée des nuisibles. Shannon Powers, secrétaire de presse du département, a déclaré que la gestion par l’assainissement, l’exclusion physique et les dispositifs non chimiques réduit la dépendance exclusive aux pesticides, diminuant ainsi le risque de voir apparaître des résistances.
Les alternatives suggérées incluent :
- L’amélioration de l’assainissement et le stockage sécurisé des déchets pour éliminer les sources de nourriture.
- Le colmatage des points d’entrée physiques pour empêcher l’accès aux bâtiments.
- L’utilisation de pièges électroniques et de capteurs de détection d’activité.
- Le recours à des appâts de contrôle de la fertilité approuvés par l’EPA, qui présentent moins de risques pour les prédateurs et les charognards.
Les chercheurs de Rutgers insistent sur le fait que la solution ne réside pas dans la création de poisons plus puissants, un processus long et coûteux. La priorité doit être mise sur la prévention et l’assainissement pour limiter les chances de survie des populations de rongeurs, réduisant ainsi les dommages aux infrastructures et la propagation de maladies sans compromettre davantage la sécurité environnementale.
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