Bob Power, l’ingénieur du son qui a façonné le son d’une génération hip-hop, s’est éteint
NEW YORK (AP) – Bob Power, l’ingénieur du son et producteur américain dont le travail a défini le son du hip-hop des années 90 et influencé une génération d’artistes R&B et soul, est décédé le 1er mars 2026 à l’âge de 74 ans. L’annonce de son décès a suscité une vague d’hommages de la part de musiciens et de professionnels de l’industrie.
Avant de devenir une figure incontournable des studios d’enregistrement, Power a débuté sa carrière comme compositeur de jingles primés. Un concours de circonstances l’a conduit à remplacer un ingénieur du son absent lors d’une session avec le groupe hip-hop new-yorkais Stetsasonic en 1986. Ce fut le début d’une aventure musicale extraordinaire.
« Nous voulions simplement être fidèles à ce que nous entendions dans les parcs », se souvient Glenn “Daddy-O” Bolton, leader de Stetsasonic, dans une interview à Rolling Stone. « Nos héros étaient Cold Crush Four, The Funky 4 + 1… Nous savions que nous voulions faire des disques, mais nous voulions aussi cette authenticité brute et live. Nous avons donc dû apprendre à Bob, car il ne connaissait rien au hip-hop. »
Leur collaboration initiale fut marquée par des désaccords, Power, formé à la théorie classique et au jazz, cherchant une clarté sonore que les pionniers du hip-hop n’avaient pas l’habitude de rechercher. « J’échantillonnais un snare et je voulais qu’il sonne sale et brut, et Bob le nettoyait pour en faire un snare rock & roll », raconte Daddy-O avec humour.
Pourtant, Power apprit vite, adaptant ses techniques pour équilibrer les basses, repositionner les cymbales et ajouter de la clarté aux voix. Son travail sur le premier album de Stetsasonic, On Fire, attira l’attention de Q-Tip, le visionnaire de A Tribe Called Quest.
C’est ainsi que Power devint l’ingénieur du son de choix pour certains des albums les plus influents de l’époque, notamment The Low End Theory (1991) et Midnight Marauders (1993) de A Tribe Called Quest, De La Soul Is Dead de De La Soul, et Brown Sugar de D’Angelo. Il a également collaboré avec Erykah Badu, The Roots, Common et bien d’autres.
Son approche consistait à sublimer le son des artistes, à leur donner l’espace nécessaire pour exprimer leur créativité. « Bob a fait en sorte que nous soyons compétitifs », explique Daddy-O. « Il pensait : ‘Comment puis-je faire en sorte que Stet, De La et Tribe sonnent aussi bien que Luther Vandross ou Whitney Houston ?’ »
Power n’était pas le premier à élever l’expérience sonore du hip-hop, mais il a su apporter une sensibilité unique, combinant une technique impeccable à une compréhension profonde des intentions artistiques. Il a su faire sonner le rebelle, l’étrange et l’inconventionnel comme un million de dollars.
Son influence s’étend au-delà des albums qu’il a enregistrés. Il a enseigné l’ingénierie du son, la production et la philosophie musicale à la Tisch School of the Arts de l’Université de New York pendant près de deux décennies, inspirant une nouvelle génération de professionnels.
De nombreux artistes ont rendu hommage à Bob Power après son décès. Questlove, des Roots, a salué son rôle dans la transition du hip-hop d’une période « chaotique et boueuse » à une ère de clarté et de sophistication. Erykah Badu l’a décrit comme un « grand ingénieur, producteur, mentor et ami ».
Bob Power laisse derrière lui un héritage durable, celui d’un ingénieur du son qui a non seulement capturé le son d’une époque, mais qui l’a façonné et l’a élevé au rang d’art.
https://www.youtube.com/watch?v=MF7lCak63RE
