Le scandale de la ferme Phala Phala, qui entache depuis des mois la présidence de Cyril Ramaphosa, a pris une nouvelle tournure dimanche 24 mai 2026. Tokyo Sexwale, vétéran influent de l’ANC et ancien prisonnier de Robben Island aux côtés de Nelson Mandela, a accusé le président sud-africain de mentir sur les circonstances du vol de centaines de milliers de dollars américains sur sa propriété du KwaZulu-Natal. Ses déclarations, diffusées lors d’un entretien sur le podcast SMWX, ont relancé le débat sur la crédibilité des institutions étatiques et la gestion de ce dossier par le chef de l’État.
Un récit “infantile” selon Sexwale
Sexwale a qualifié d’« histoire à dormir debout » la version officielle selon laquelle les billets non déclarés, retrouvés sur sa ferme en décembre 2022, provenaient d’une transaction avec un homme d’affaires soudanais, Hazim Mustafa. Dans des propos rapportés par The Namibian, il a dénoncé un scénario « enfantin » : « Comment un homme d’affaires étranger aurait-il pu débarquer sur place, négocier avec un sous-gérant et laisser une telle somme en liquide sans aucun papier ? Les enregistrements de l’aéroport et de l’Agence sud-africaine des douanes prouvent qu’il n’a jamais mis les pieds dans le pays. Ramaphosa doit des explications aux Sud-Africains. »

« L’explication entourant cet argent caché est une histoire à dormir debout. C’est une histoire d’enfant. »
Le milliardaire, qui a occupé des postes ministériels sous plusieurs présidents, a insisté sur l’absurdité du scénario : pourquoi un homme d’affaires soudanais aurait-il laissé des centaines de milliers de dollars en liquide sur une ferme sans aucun document ? « Les services de douane et les registres aéroportuaires confirment qu’il n’a jamais foulé le sol sud-africain », a-t-il martelé. Une affirmation qui contredit directement la version défendue par Ramaphosa, selon laquelle les fonds devaient servir à garantir des achats futurs d’animaux sauvages.
L’impeachment comme dernier recours
Sexwale n’a pas hésité à menacer le président de comparaître devant la commission d’impeachment. « Il doit répondre aux Sud-Africains », a-t-il lancé, soulignant que ce scandale sapait la confiance dans des institutions clés comme la police, l’agence des douanes et la banque centrale. « Le pays ne peut pas être torturé ainsi en silence, alors que nous attendons que quelque chose se passe », a-t-il ajouté, évoquant une « trahison » de la part du président.

« Le pays ne peut pas être torturé de cette manière, et nous restons silencieux en espérant que quelque chose se produise quelque part. »
Cette pression s’inscrit dans un contexte déjà tendu. La Cour constitutionnelle sud-africaine avait déjà statué en décembre 2022 que le Parlement avait agi illégalement en rejetant le rapport d’une commission indépendante sur l’affaire Phala Phala, qui concluait à des « preuves prima facie » de violations constitutionnelles possibles de la part du président. Une décision qui avait relancé les spéculations sur une éventuelle procédure d’impeachment, jamais aboutie jusqu’à présent.
Un scandale qui ébranle les institutions
Au-delà des accusations personnelles, c’est la crédibilité de l’État sud-africain qui est en jeu. Sexwale a pointé du doigt trois institutions en particulier : la police, qui a mené l’enquête initiale ; l’Agence des douanes, dont les registres contrediraient le récit de Ramaphosa ; et la banque centrale, dont le rôle dans la gestion de cette affaire reste flou. « Comment un homme avec autant d’argent a-t-il pu entrer dans le pays sans être détecté ? » a-t-il interrogé, suggérant une possible collusion entre acteurs publics et privés.
- La police sud-africaine : chargée de l’enquête initiale sur le vol des fonds.
- L’Agence des douanes : ses registres contredisent la version officielle sur l’entrée du Soudanais.
- La banque centrale : son implication dans la gestion des fonds volés reste obscure.
Le silence du porte-parole de Ramaphosa, Vincent Magwenya, face aux accusations de Sexwale contraste avec l’urgence du débat. Alors que le président affronte déjà des critiques sur sa gestion économique – avec un chômage record à près de 34 % et une croissance atone – ce nouveau chapitre du scandale Phala Phala pourrait devenir un point de rupture politique. Les observateurs s’interrogent sur la capacité de Ramaphosa à maintenir sa majorité au Parlement, où son parti, l’ANC, perd régulièrement des sièges aux élections locales.
Que se passe-t-il maintenant ?
Plusieurs scénarios se dessinent. D’abord, la commission d’impeachment pourrait être saisie officiellement, bien que le processus soit long et politiquement risqué pour l’ANC. Ensuite, une enquête judiciaire indépendante pourrait être lancée pour examiner les allégations de Sexwale et les contradictions dans les déclarations de Ramaphosa. Enfin, le mouvement de contestation au sein même de l’ANC pourrait s’amplifier, avec des figures comme Sexwale qui pourraient rallier d’autres dissidents contre la ligne du président.

« Cette affaire doit être examinée. Comment cet homme a-t-il pu entrer dans le pays avec ses dollars ? »
Pour l’instant, Ramaphosa conserve une position de force : son parti reste majoritaire au Parlement, et aucune motion de censure n’a été déposée. Cependant, la pression médiatique et les divisions internes pourraient forcer sa main. Les prochaines semaines seront cruciales pour savoir si le président parviendra à éteindre ce feu ou si le scandale Phala Phala deviendra le catalyseur d’une crise politique majeure en Afrique du Sud.
Une chose est sûre : ce dossier illustre les défis persistants de la gouvernance en Afrique du Sud, où la lutte contre la corruption et la restauration de la confiance dans les institutions restent des priorités non résolues. Alors que le pays s’apprête à célébrer le 32e anniversaire de sa démocratie en juin, ce scandale rappelle que les ombres du passé – notamment celles de l’apartheid et de ses réseaux de pouvoir – pèsent encore lourd sur le présent.
