L’Allemagne abandonne le projet FCAS et mise sur une alliance industrielle pour une stíhačka šesté generace – une décision qui pourrait redéfinir l’équilibre militaire européen.
L’Allemagne a officiellement enterré le programme Future Combat Air System (FCAS), un projet phare de coopération européenne avec la France, et accélère le développement d’une nouvelle stíhačka de sixième génération en partenariat avec des industriels allemands et potentiellement britanniques et suédois. Une décision qui marque un tournant dans la défense européenne, alors que Berlin mise désormais sur une modernisation massive de ses Eurofighter et une alliance industrielle baptisée Tým Gen 6. Pendant ce temps, le projet concurrent de char de combat Main Ground Combat System (MGCS), également menacé par les désaccords franco-allemands, pourrait suivre le même chemin.
Pourquoi l’Allemagne enterre le FCAS après des années de blocages
Le programme FCAS, lancé en 2017 par l’Allemagne et la France avec l’ambition de créer une stíhačka européenne capable de rivaliser avec l’américaine F-35, s’est heurté à des obstacles insurmontables. Les divergences entre les industriels – Airbus (Allemagne) et Dassault Aviation (France) – sur la répartition des tâches, les spécifications techniques et le contrôle du projet ont rendu toute coopération impossible. La France insistait pour intégrer des capacités nucléaires et une compatibilité avec ses porte-avions, tandis que l’Allemagne privilégiait un avion conventionnel, sans exigence de déploiement naval. Une incompatibilité stratégique qui a scellé le sort du projet, selon Ekonomický deník, qui cite des sources gouvernementales allemandes.
Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a reconnu que Berlin explore désormais des alternatives, notamment en s’appuyant sur des partenariats avec le Royaume-Uni et la Suède. Une piste déjà évoquée par des analystes du Chatham House, qui soulignent que l’Allemagne pourrait s’inspirer du modèle du Eurofighter Typhoon, développé en collaboration avec la Grande-Bretagne et l’Italie. Une rupture avec Paris qui s’inscrit dans une tendance plus large : après l’échec du FCAS, le projet de char MGCS (Main Ground Combat System), lancé en 2017 pour remplacer les chars Leopard 2 et Leclerc, est lui aussi menacé. Le patron de Rheinmetall, Armin Papperger, a alerté sur le risque d’un retrait français, déjà confronté à des restrictions budgétaires drastiques – les crédits alloués au projet seraient réduits de plus de moitié, selon Vietnam.vn, citant des discussions internes.
L’Allemagne mise sur les Eurofighter modernisés et une nouvelle alliance industrielle
Face à l’échec du FCAS, l’Allemagne accélère sa stratégie de modernisation des Eurofighter, déjà considérés comme le pilier de la Luftwaffe jusqu’en 2060. Selon Armádní noviny, la Luftwaffe prévoit de remplacer ses 33 Eurofighter Tranche 1 (les moins performants) par 38 nouveaux modèles Tranche 4, déjà en production. En octobre 2025, Berlin a commandé 20 supplémentaires Tranche 5, dont les livraisons sont prévues entre 2031 et 2034. À terme, la flotte allemande comptera 163 Eurofighter modernisés, équipés de radars AESA ECRS Mk 1 et capables de mener des missions de guerre électronique et de contrôle de drones.

Mais l’Allemagne ne compte pas s’arrêter là. Un consortium d’industriels allemands, regroupés sous le nom de Tým Gen 6, prépare une nouvelle initiative pour développer une stíhačka de sixième génération 100% européenne. Parmi les membres figurent des poids lourds comme Airbus Defence and Space, MTU Aero Engines, Hensoldt (radars), Rohde & Schwarz (électronique) et MBDA (missiles). Leur objectif ? Remplacer le FCAS par un projet national, avec des partenariats potentiels avec la Suède (Saab) ou le Royaume-Uni, comme le suggère Ekonomický deník, citant des sources industrielles.
Quelles conséquences pour l’Europe de la défense ?
L’échec du FCAS et les tensions franco-allemandes sur le MGCS révèlent une crise structurelle de la coopération européenne en matière de défense. Deux scénarios se dessinent :
- Un recentrage national : L’Allemagne et la France pourraient se tourner vers des solutions unilatérales, comme le font déjà d’autres pays européens (Espagne, Italie, Suède). Berlin mise sur ses Eurofighter et une nouvelle génération d’avions, tandis que Paris pourrait accélérer son programme SCAF (Système de Combat Aérien du Futur), une alternative française au FCAS.
- Une fragmentation du marché européen : Si chaque pays développe ses propres systèmes, les coûts et les délais risquent d’exploser. L’exemple du FCAS montre que les désaccords techniques et politiques peuvent paralyser des projets phares.
- Un rapprochement avec le Royaume-Uni : Londres, déjà partenaire de Berlin dans des programmes comme le Eurofighter ou le Tempest (stíhačka britannique de sixième génération), pourrait devenir un allié clé pour l’Allemagne, au détriment de Paris.
Pour les observateurs, cette situation met en péril l’autonomie stratégique européenne. Sans coopération renforcée, l’UE risque de rester dépendante des technologies américaines (comme la F-35) ou chinoises, alors que Pékin accélère ses propres programmes de drones et de stíhačky de cinquième génération. Une dépendance que ni Berlin ni Paris ne peuvent se permettre, dans un contexte de tensions croissantes avec Moscou et Washington.
Que se passera-t-il avec le projet MGCS ? Un autre échec en perspective ?
Le projet MGCS, lancé en 2017 pour développer un char de combat commun, est lui aussi en danger. Selon Vietnam.vn, la France envisage de réduire ses investissements de plus de moitié, un coup dur pour le consortium KNDS (Krauss-Maffei Waggon, Nexter, Rheinmetall). Les retards et les désaccords sur la répartition des tâches ont déjà coûté 25 millions d’euros depuis le début du projet – une somme dérisoire comparée aux 100 milliards d’euros initialement prévus pour le FCAS.

Si la France se retire définitivement, le MGCS pourrait suivre le même sort que le FCAS : un échec coûteux et une nouvelle preuve de l’incapacité de l’Europe à coordonner ses efforts militaires. Pour l’Allemagne, cela signifierait un retour aux Leopard 2 modernisés ou une collaboration avec d’autres partenaires, comme la Pologne ou les États-Unis. Une option que Berlin semble vouloir éviter, tant les tensions avec Washington sur les investissements militaires sont déjà vives.
Et maintenant ? Trois scénarios pour l’avenir de la défense européenne
L’échec du FCAS et les tensions sur le MGCS ouvrent trois pistes pour l’avenir :
- Une Europe à deux vitesses : L’Allemagne et le Royaume-Uni pourraient former un bloc technologique, tandis que la France et l’Espagne poursuivraient des projets séparés. Risque : une fragmentation des industries de défense européennes, déjà fragilisées par la concurrence américaine et chinoise.
- Un retour à la coopération, mais recentrée : Berlin et Paris pourraient relancer des discussions, mais en se concentrant sur des projets moins ambitieux et plus ciblés, comme les drones ou les systèmes de défense aérienne. Une solution déjà explorée avec le Bojový cloud (cloud de combat), un programme de connectivité entre avions et capteurs.
- Une dépendance accrue envers les États-Unis : Sans coopération européenne efficace, les pays du continent pourraient être contraints d’acheter des systèmes américains (comme la F-35 ou les chars Abrams), au détriment de leur souveraineté technologique.
Une chose est sûre : l’Europe de la défense est à la croisée des chemins. Si Berlin et Paris ne parviennent pas à surmonter leurs divergences, ce sont les États-Unis et la Chine qui profiteront de cette faiblesse stratégique. Pour l’instant, l’Allemagne mise sur ses Eurofighter et son alliance industrielle Tým Gen 6, tandis que la France tente de sauver le MGCS en réduisant ses ambitions. Mais dans un contexte géopolitique aussi tendu, l’union fait la force – et l’Europe n’a pas encore prouvé qu’elle en était capable.
Sources : Armádní noviny, Ekonomický deník, Vietnam.vn.
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