Le « Payer votre loyer plus tard » : une solution ou un piège financier pour les locataires ?
NEW YORK (AP) – Face à une flambée des coûts du logement et à une précarité croissante des revenus, de plus en plus de locataires se tournent vers des services de « payer votre loyer plus tard », promettant un allègement financier en fractionnant les paiements. Mais cette solution, qui se répand rapidement, est-elle une bouée de sauvetage ou un nouveau piège à dettes ?
Selon les données du Bureau of Labor Statistics, les loyers ont augmenté de près de 28 % au cours des cinq dernières années. Cette hausse, combinée à l’essor du travail indépendant et des emplois précaires, pousse de nombreux Américains à rechercher des solutions pour gérer leur trésorerie. Environ 109 millions d’Américains, soit 42,5 millions de foyers, sont locataires, et une part importante d’entre eux consacrent plus de 30 % de leurs revenus au loyer, une situation qualifiée de « fardeau financier » par le Census Bureau.
Des entreprises comme Flex, Livble et, plus récemment, Affirm, proposent de payer le loyer intégralement au propriétaire et de permettre au locataire de rembourser en plusieurs versements mensuels. L’idée est séduisante : plus de flexibilité et une meilleure gestion du budget. Pourtant, les associations de consommateurs mettent en garde contre ces services, qui fonctionnent souvent comme des prêts à court terme, grevés de frais et de taux d’intérêt effectifs parfois exorbitants.
Kellen Johnson, 44 ans, de Sacramento, en Californie, utilise Flex depuis deux ans. Au lieu de payer ses 1 850 $ de loyer en une seule fois, il paie 1 350 $ au début du mois et 500 $ le 15. Pour ce service, Flex lui facture un abonnement mensuel de 14,99 $ plus 1 % du loyer, soit 18,50 $ dans son cas, portant ses frais mensuels à plus de 33 $. « C’était une dépense supplémentaire, mais c’était plus pratique », explique-t-il, rappelant qu’il travaillait alors comme livreur indépendant pour Amazon, avec des revenus variables.
Mais le coût de cette commodité est élevé. Dans le cas de M. Johnson, le prêt de 500 $ sur deux semaines se traduit par un taux annuel effectif de 172 %, selon les calculs standards des prêts à la consommation. Livble, un autre service, facture des frais allant de 30 à 40 $, ce qui peut équivaloir à un taux annuel effectif de 104 % à 139 %.
« Les locataires doivent se méfier de tout fournisseur de financement qui s’associe à un propriétaire et de toute offre qui se présente comme étant sans frais ni intérêt », prévient Mike Pierce, directeur exécutif de Protect Borrowers, une association de défense des consommateurs.
Affirm, une entreprise bien connue dans le secteur du « acheter maintenant, payer plus tard », teste actuellement un programme permettant de fractionner le loyer en deux paiements, en partenariat avec Esusu, une entreprise qui signale les paiements de loyer aux agences d’évaluation du crédit. Affirm affirme ne pas facturer d’intérêts ni de frais aux locataires, mais pourrait facturer des frais aux propriétaires.
L’utilisation de cartes de crédit pour payer le loyer se développe également, notamment grâce à des entreprises comme Bilt, qui cible spécifiquement les locataires. Cependant, les propriétaires répercutent souvent les frais de transaction sur les locataires, ce qui peut représenter un coût supplémentaire de 2,5 % à 3,5 % du loyer mensuel.
Les économistes et les défenseurs des locataires soulignent que ces solutions de financement ne s’attaquent pas au problème fondamental : le manque d’abordabilité du logement. Ils craignent que l’utilisation généralisée de ces options ne conduise à une nouvelle hausse des loyers, les propriétaires intégrant dans leurs calculs la capacité des locataires à payer en plusieurs fois.
Ce risque est d’autant plus préoccupant que certaines entreprises, comme Livble, sont détenues par des sociétés comme RealPage, qui a récemment été accusée de collusion avec des propriétaires pour augmenter les loyers grâce à des algorithmes.
L’avenir du logement reste incertain. Si les services de « payer votre loyer plus tard » peuvent offrir un soulagement temporaire à certains locataires, ils soulèvent des questions importantes sur la protection des consommateurs et la nécessité de politiques publiques visant à rendre le logement plus abordable pour tous.
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