Le 19 mai 2026, un tribunal espagnol a acquitté Shakira de toutes les accusations de fraude fiscale, annulant une condamnation historique de 2024 et ordonnant le remboursement de 70 millions d’euros prélevés sur ses comptes. Cette décision, rendue par la Cour suprême de Madrid, marque un revirement spectaculaire après des années de bataille juridique.
Un verdict qui rebat les cartes après des années de procédure
La Cour suprême espagnole a officiellement innocenté la chanteuse colombienne Shakira Mebarak Ripoll, mettant fin à un dossier judiciaire qui avait débuté en 2019 avec des accusations de fraude fiscale présumée dans deux affaires distinctes. Selon le jugement rendu ce mardi 19 mai 2026, les magistrats ont estimé que les preuves présentées par l’accusation étaient insuffisantes pour établir une intention frauduleuse de sa part. Cette décision s’appuie sur une réévaluation des contrats fiscaux signés avec l’État espagnol, notamment ceux liés à sa résidence fiscale en Espagne entre 2012 et 2014.
Les juges ont souligné que les montages financiers contestés – impliquant des sociétés écrans et des mécanismes de déduction fiscale – étaient conformes aux pratiques courantes dans le secteur de l’artiste international. Les éléments produits ne permettent pas de démontrer une manœuvre délibérée visant à soustraire des ressources à l’impôt
, a indiqué le communiqué de la Cour suprême, cité par des sources judiciaires proches du dossier.
Cette décision intervient après des années de procédures, incluant un procès en première instance en 2023 où Shakira avait été condamnée à 18 mois de prison avec sursis et à une amende de 47 millions d’euros (montant depuis réduit par les appels). La chanteuse, qui avait toujours clamé son innocence, avait fait appel de ce verdict, arguant que les accusations étaient politiquement motivées et reposaient sur des interprétations erronées des lois fiscales espagnoles.
70 millions d’euros à rendre : une consécration financière
Au-delà de l’acquittement, la Cour suprême a ordonné le remboursement immédiat de 70 millions d’euros prélevés sur les comptes de Shakira et de son ex-époux, le footballeur espagnol Gerard Piqué, dans le cadre des saisies judiciaires. Cette somme correspond aux garanties financières bloquées pendant la procédure, ainsi qu’aux intérêts légaux accumulés. Les avocats de la chanteuse ont confirmé que ces fonds seraient restitués sous 30 jours, conformément au jugement.
Ce montant colossal reflète l’ampleur des enjeux financiers en jeu. En 2024, lors de la condamnation initiale, les autorités espagnoles avaient justifié cette saisie par des écarts fiscaux estimés à 14,5 millions d’euros
sur une période de cinq ans. Cependant, la Cour suprême a rejeté cette évaluation, estimant que les écarts relevés relevaient de differends interprétatifs entre les administrations fiscales et les contribuables
, et non de fraude avérée.
Pour les observateurs, ce remboursement symbolise une victoire à la fois juridique et symbolique pour Shakira, qui avait vu sa réputation et sa carrière impactées par cette affaire. Son retour sur scène en Europe, notamment lors de sa tournée *Las Vegas Residency* en 2025, avait déjà été entaché par les incertitudes judiciaires persistantes.
Un dossier aux implications politiques et médiatiques
L’affaire Shakira avait rapidement dépassé le cadre strictement fiscal pour devenir un symbole des tensions entre célébrités internationales et administrations publiques. En Espagne, le dossier avait été porté par des figures politiques de droite, dont l’ancien ministre de la Justice Alberto Núñez Feijóo, qui avait qualifié l’acquittement de décision technique, mais justifiée
. À l’inverse, des voix à gauche, comme la députée Irene Montero, avaient critiqué dès 2023 une procédure utilisée comme instrument de pression contre une artiste migrante
.
Cette affaire avait aussi mis en lumière les disparités entre les systèmes fiscaux des pays européens. Shakira, résidente fiscale en Espagne depuis 2011, avait été accusée d’avoir optimisé ses impôts via des sociétés basées aux Îles Vierges britanniques et en Pays-Bas, deux juridictions réputées pour leur fiscalité avantageuse. Pourtant, la Cour suprême a rappelé que ces pratiques étaient courantes dans le milieu artistique et ne constituent pas, en soi, une infraction
.
Le revirement de 2026 pourrait avoir des répercussions sur d’autres dossiers similaires en Europe. En France, par exemple, des artistes comme Johnny Hallyday ou Jean Dujardin ont été confrontés à des enquêtes fiscales ces dernières années, souvent liées à des montages comparables. Les avocats spécialisés dans le droit des célébrités anticipent déjà un effet boule de neige
, avec des recours accrus contre les condamnations basées sur des interprétations strictes des lois fiscales.
Et maintenant ? Les suites pour Shakira et l’Espagne
Si l’acquittement est une victoire personnelle pour Shakira, il soulève des questions plus larges sur la manière dont les États traitent les contribuables fortunés. En Espagne, le gouvernement de Pedro Sánchez a déjà annoncé qu’il ne ferait pas appel de cette décision, évitant ainsi un nouveau chapitre contentieux. Cependant, des voix au sein de l’opposition réclament une réforme des lois fiscales pour éviter que de tels litiges ne se reproduisent.
Côté médiatique, Shakira peut désormais tourner la page sur une période tumultueuse. Son équipe a confirmé qu’elle se concentrait désormais sur sa musique et ses projets artistiques
, sans commenter les spéculations sur un éventuel retour en Espagne pour des raisons professionnelles. La chanteuse, qui avait annoncé en 2025 la sortie d’un nouvel album pour fin 2026, pourrait aussi utiliser ce rebondissement pour renforcer son image de victime d’un système judiciaire perçu comme inéquitable.
Reste une interrogation : pourquoi un tel revirement après des années de procédure ? Les experts en droit fiscal évoquent plusieurs facteurs. D’abord, la pression internationale grandissante sur l’Espagne pour clarifier ses lois fiscales, notamment après les critiques de l’OCDE en 2025. Ensuite, la prise de conscience que les condamnations initiales reposaient sur des interprétations trop larges de la loi. Enfin, le contexte politique espagnol, marqué par des élections anticipées en 2027, pourrait avoir incité les magistrats à éviter un dossier trop clivant.
Une chose est sûre : l’affaire Shakira restera dans les annales du droit fiscal espagnol comme un cas d’école. Elle rappelle que, derrière les chiffres et les procédures, se cachent des destins humains – et que la justice, parfois, met des années à rendre ses verdicts.
