Le 22 juin 2026, la Chine célèbre les 10 ans de la marque unifiée des trains de fret China-Europe Railway Express (中欧班列), dont le volume annuel a explosé, passant de 1 702 à 20 022 convois entre 2016 et 2025, soit une croissance de 10,8 fois en une décennie, selon les données officielles de la China Railway Group. Cette expansion sans précédent, couplée à une diversification géopolitique inédite, en fait aujourd’hui le “supercarrier” logistique entre l’Asie et l’Europe.
Un réseau qui couvre désormais tout le continent
Dix ans après son lancement officiel le 8 juin 2016 depuis huit villes chinoises (Reims, Chengdu, Zhengzhou, Wuhan, Changsha, Suzhou, Dongguan et Yiwu), le réseau des China-Europe Railway Express (中欧班列) s’étend aujourd’hui à 129 villes chinoises et 236 destinations européennes réparties dans 26 pays, selon les chiffres publiés par le ministère chinois du Commerce. Cette couverture, qui représente une augmentation de 113 villes chinoises et 216 destinations européennes depuis 2016, a transformé le projet en une véritable autoroute logistique continentale.
La vitesse moyenne des convois a progressé de 33% par rapport aux modes traditionnels de transport international, avec des trajets internes chinois atteignant 1 600 km par jour et des segments européens oscillant entre 1 000 et 1 300 km, selon les données de la China Railway Group citées par Sina Finance. Parallèlement, les coûts de transport ont chuté de plus de 40% depuis le lancement du projet, rendant cette option compétitive face aux routes maritimes.
De l’IT aux voitures électriques : la diversification des marchandises
À ses débuts, les China-Europe Railway Express transportaient principalement des produits électroniques comme les smartphones et ordinateurs. Aujourd’hui, leur offre s’est élargie à 53 catégories de marchandises, dont des voitures entières, des pièces automobiles, des produits agricoles européens (boeuf, vin, café), et même des matériaux industriels, selon le ministère du Commerce. En 2025, la valeur des marchandises transportées a atteint 677 milliards de dollars, un chiffre qui reflète l’importance stratégique de ce corridor pour les échanges sino-européens.

Un exemple frappant de cette diversification a été donné le 22 juin 2026 avec le départ depuis Chongqing d’un convoi X8013 chargé de 182 véhicules électriques Longan, le premier à utiliser des conteneurs universels de 40 pieds capables de transporter des voitures entières aller-retour, comme le rapporte China Daily. Cette innovation logistique permet désormais d’exporter des véhicules chinois vers l’Europe tout en ramenant des marchandises européennes dans le même conteneur.
Un modèle économique qui redessine les chaînes d’approvisionnement
Le succès des China-Europe Railway Express repose sur trois piliers : la fiabilité, la flexibilité et la réduction des coûts. À Nanchang, où l’International Land Port a été inauguré en 2022, les exportations locales ont été multipliées par 1,5 en trois ans, passant de 1 954 convois en 2022 à 1 954 convois en 2025, avec une croissance annuelle de 14,47%, selon Feng Huang Network Jiangxi. Cette performance s’explique par la mise en place d’un système de “trains quotidiens” vers les ports de Ningbo-Zhoushan et Xiamen, réduisant les délais de livraison de 5 jours à 24 heures pour les marchandises destinées aux ports côtiers.
Pour les entreprises locales, cette révolution logistique a transformé les contraintes en opportunités. Comme l’explique un responsable de l’International Land Port de Nanchang, cité par Feng Huang Network : “Avant, nous devions attendre des semaines pour que nos marchandises atteignent les ports maritimes. Aujourd’hui, nous avons des convois quotidiens, et nos clients peuvent planifier leurs exportations comme s’ils utilisaient des transports urbains.”
Cette approche a permis à des secteurs entiers de se repositionner. Par exemple, les exportations de pièces automobiles et d’équipements électroniques depuis Jiangxi ont connu une croissance de 9,63% en volume entre 2024 et 2025, tandis que les coûts logistiques ont baissé de 20%, selon les données locales. Le modèle repose désormais sur une intégration verticale : les entreprises peuvent gérer l’ensemble de la chaîne logistique, de l’entrepôt à la douane, via des plateformes comme ePort, sans quitter la province.
Les défis à venir : équilibrer croissance et durabilité
Malgré ces succès, le réseau des China-Europe Railway Express doit encore relever plusieurs défis. Le premier concerne l’équilibre entre les flux aller-retour : bien que le taux de retour (backhaul) dépasse désormais 85%, les experts soulignent que les convois vides représentent encore un gaspillage de ressources. Deuxièmement, la diversification des routes reste un enjeu majeur. Si le réseau couvre aujourd’hui l’Asie et l’Europe, des corridors alternatifs, comme ceux traversant la mer Caspienne, doivent encore être optimisés pour éviter les goulots d’étranglement.

Enfin, la question de la durabilité environnementale commence à émerger. Bien que le rail soit moins polluant que le transport maritime ou routier, l’expansion massive du réseau pose des défis en termes d’émissions de CO₂ et de gestion des infrastructures. Sina Finance rapporte que la China Railway Group travaille désormais sur des solutions pour intégrer des énergies renouvelables dans ses opérations et réduire l’empreinte carbone des convois.
Et demain ? Vers une intégration encore plus poussée
À court terme, les prochains mois devraient voir une accélération des innovations logistiques. Le déploiement massif de conteneurs universels comme celui testé à Chongqing pourrait, selon les responsables du secteur, doubler la capacité de transport de véhicules d’ici 2027. Parallèlement, le développement de corridors “verts” – utilisant des énergies propres pour les locomotives – est en discussion avec les partenaires européens.
Sur le plan géopolitique, le réseau pourrait aussi servir de levier pour renforcer les échanges avec de nouvelles régions. Par exemple, la route du Nord (via la Russie) et celle du Sud (via la Turquie et les Balkans) pourraient être optimisées pour diversifier les partenariats commerciaux, réduisant ainsi la dépendance aux corridors traditionnels.
En définitive, les China-Europe Railway Express ne sont plus seulement un outil logistique : ils incarnent une nouvelle ère d’interconnexion économique entre l’Asie et l’Europe. Leur succès démontre comment une infrastructure bien conçue peut transcender les frontières géographiques et économiques, tout en posant les bases d’un commerce plus durable et équilibré.
Find more reporting in our Nouvelles section.
