L’écart entre les taux d’emprunt à dix ans de la France et de l’Allemagne a franchi le seuil symbolique d’un point de pourcentage, atteignant son plus haut niveau depuis 2012. Cette tension intervient alors que le Premier ministre Sébastien Lecornu tente d’imposer un plan budgétaire de 54 milliards d’euros pour 2027.
La barre symbolique a été franchie le vendredi 18 septembre 2026 sur les marchés obligataires. Les obligations souveraines françaises à dix ans affichaient un rendement de 4,50 %, tandis que le Bund allemand, qui sert d’étalon de référence pour l’ensemble de la zone euro, se maintenait à 3,50 %, selon les données publiées par ABC Bourse. Cet écart de cent points de base illustre la défiance croissante des investisseurs face aux trajectoires financières de Paris à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.
Un spread au plus haut depuis 2012 face au plan de Sébastien Lecornu
L’élargissement de ce différentiel de taux s’est accentué à la suite des annonces du gouvernement. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a présenté les grandes lignes d’un projet budgétaire pour 2027 prévoyant un effort de 54 milliards d’euros, dans l’espoir de stabiliser les comptes publics.
Au cours de la même semaine, la hausse des taux a touché l’ensemble des grandes puissances économiques, à l’instar des États-Unis où le rendement des bons du Trésor à dix ans a dépassé les 5 % pour la première fois depuis 2007. Néanmoins, la France subit une pression spécifique en raison de son instabilité politique et de sa dette publique évaluée au seuil de la campagne présidentielle.
La comparaison avec les autres économies de la zone euro
La situation budgétaire française place désormais l’Hexagone dans une position délicate par rapport à ses voisins méditerranéens. Alexandre Baradez, responsable de l’analyse marché chez IG France, souligne le paradoxe de la trajectoire italienne : L’Italie, considéré comme l’homme malade de l’Europe pendant des années, a réussi à ramener son déficit dans la zone des 3%. Sur la trajectoire du déficit, l’Italie a réussi à faire cet effort quand la France reste dans la zone des 5%
.

En conséquence, les rendements français se situent désormais au-dessus de ceux de plusieurs pays traditionnellement perçus comme plus vulnérables. Le taux de la dette à dix ans s’établit ainsi à 3,87 % au Portugal, 3,97 % en Espagne, 4,26 % en Grèce et 4,40 % en Italie, devançant ainsi la France et ses 4,50 %.
Le coût de la charge de la dette et les avertissements des analystes
Cette envolée des taux pèse directement sur les finances publiques à travers le service de la dette. Vincent Juvyns, analyste pour ING, rappelle que la charge de la dette devait atteindre près de 60 milliards d’euros cette année, soit le budget de la défense ou de l’éducation nationale
. L’aggravation du spread alourdit mécaniquement les emprunts futurs, chaque point de taux supplémentaire générant des dizaines de milliards d’euros d’intérêts additionnels sur dix ans.

Malgré ces tensions sur le marché obligataire secondaire, le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, a tenu à rappeler que la dette française demeure attractive et que le financement de l’État ne souffre d’aucune menace immédiate.
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