Les cours du pétrole ont franchi le seuil des 108 dollars le baril, un niveau inédit depuis le mois de mai, sous l’effet d’une recrudescence du conflit au Moyen-Orient. Cette envolée des cours énergétiques alimente de nouvelles craintes inflationnistes et provoque une nette tension sur les rendements obligataires mondiaux.
La flambée des cours pétroliers et la tension dans le détroit d’Hormuz
Les cours du brut ont enregistré une nette progression jeudi, les opérateurs redoutant un choc d’offre prolongé lié au conflit iranien. Il s’agit de la séance la plus élevée enregistrée pour le Brent depuis le 19 mai.
De son côté, le brut léger américain a touché les 103 dollars le baril pour la première fois depuis mai, avant de clôturer à 102,48 dollars, en progression de 7,3%. Cette accélération fait suite à l’intensification des affrontements dans le détroit d’Hormuz et en mer Rouge. Les États-Unis et l’Iran ont échangé des frappes, tandis que les rebelles houthis, soutenus par l’Iran, ont pris pour cible l’Arabie saoudite, ravivant les tensions dans le détroit de Bab el-Mandeb.
Jason Tuvey, économiste en chef adjoint des marchés émergents chez Capital Economics, a estimé que l’intensification des attaques dans le détroit d’Hormuz et menées par les Houthis contre l’Arabie saoudite suggère que l’Iran et ses supplétifs tentent de reprendre l’initiative dans le conflit.
Cette escalade militaire compromet la reprise de la production pétrolière dans le Golfe et accentue les risques d’une hausse durable des prix de l’énergie dans les prochaines semaines, d’après les analyses sectorielles.
Impact sur les produits raffinés et pressions sur l’inflation en gros
Au-delà du brut, la tension se répercute sur les produits raffinés, particulièrement critiques pour l’industrie et les transports. Pour Claudio Galimberti, économiste en chef chez Rystad Energy, la situation sur les produits raffinés s’avère plus préoccupante que celle du brut, les entreprises et les consommateurs subissant directement le coût du diesel et du fioul de chauffage.
Cette dynamique énergétique se lit directement dans les statistiques officielles. Le Bureau of Economic Analysis a indiqué que l’inflation de gros s’est accrue de 0,4% entre juin et juillet, portant la hausse de l’indice des prix à la production (IPP) à 5,4% sur un an, d’après les données rapportées par Nbcnews. Diane Swonk, économiste en chef chez KPMG, a qualifié ce rapport d’alarmant en raison de la concentration des hausses sur le diesel et le carburant de chauffage, des composantes qui se réagissent sur l’ensemble des prix à la consommation avec un décalage temporel.
Réactions des banques centrales et turbulences sur les marchés obligataires
Face à la persistance de ces pressions sur les prix, les marchés monétaires évaluent désormais à environ 70% la probabilité d’un relèvement des taux directeurs par la Réserve fédérale lors de sa réunion de la semaine prochaine, selon les observations publiées par Nbcnews. La veille, le gouverneur de la Fed Christopher Waller avait indiqué qu’il envisagerait une hausse des taux si l’inflation se révélait trop vive, tout en soulignant l’existence d’une incertitude considérable liée aux conflits au Moyen-Orient et en Ukraine ainsi qu’aux tensions commerciales.

En Europe, la Banque centrale européenne a opté pour la fermeté en annonçant un durcissement de sa politique monétaire pour les pays de la zone euro. Le Conseil des gouverneurs a justifié cette décision par la persistance de pressions inflationnistes au-dessus de l’objectif fixé pour une période prolongée, alimentée par un nouveau choc énergétique. La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a précisé devant la presse que cette période prolongée s’étendrait au moins jusqu’au premier semestre 2027.

Sur les marchés de la dette souveraine, la tension sur les rendements s’est accentuée. Aux États-Unis, le rendement du bon du Trésor à 10 ans a progressé de 11 points de base pour atteindre 4,95%—ses plus hauts niveaux depuis octobre 2023, en dépit des efforts du département du Trésor et de son secrétaire Scott Bessent pour racheter jusqu’à 6 milliards de dollars de dette à long terme, comme le relève la couverture en direct du Wall Street Journal. Simultanément, le rendement des obligations allemandes à 10 ans a touché un plus haut en 15 ans, tandis que les emprunts français à 30 ans ont atteint des niveaux observés pour la dernière fois en 2003, amenant l’économiste Mohamed El-Erian à souligner que de tels mouvements sonnent comme un signal d’alarme pour l’ensemble des économies.
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