Quatre décennies après son ouverture, l’usine Nissan de Sunderland, pilier de l’industrie automobile dans le nord-est de l’Angleterre, fonctionne à peine à moitié de sa capacité.
Dans une usine de Gateshead appartenant à Turntide, des techniciens enroulent minutieusement des fils métalliques autour de noyaux de fer destinés à des moteurs électriques. Ces ouvriers produisent un « pancake motor », un modèle plus compact qui génère un couple supérieur aux versions conventionnelles pour des supercars ou des équipements de construction, selon The Guardian. Ce site témoigne de l’écosystème industriel qui s’est développé autour du principal pôle automobile de la région : l’usine Nissan de Sunderland, située à quinze minutes de route.
L’entreprise Turntide n’existerait pas sans son grand voisin. Hyperdrive, l’une des entités fusionnées au sein de Turntide, a obtenu ses premières batteries auprès d’une usine fournissant le constructeur japonais. D’après The Guardian, cette dynamique illustre pourquoi les gouvernements courtisent les grands fabricants, capables de générer des emplois stables et de stimuler la croissance locale.
Les défis de l’usine Nissan de Sunderland face au Brexit
Inaugurée en 1986 comme la pierre angulaire de la politique d’investissement de Margaret Thatcher, l’usine de Sunderland a longtemps été considérée comme la plus efficace du constructeur à l’échelle internationale. Andy Palmer, ancien directeur des opérations mondiales de Nissan, a déclaré que le site constituait une étoile brillante à l’échelle mondiale pour Nissan dans le monde de la fabrication, selon ses propos rapportés par The Guardian. Le site a produit 507 000 véhicules en 2016, frôlant le record de 510 000 unités atteint en 2012.
Pourtant, le site a dû batailler pour assurer sa pérennité. Contrairement à l’usine espagnole de Nissan fermée en 2020, Sunderland a survécu malgré des conditions économiques et politiques adverses. Le vote sur le Brexit a ouvert une décennie d’incertitudes, menaçant le modèle exportateur de l’entreprise avec le risque de droits de douane massifs sur son principal marché. Pour sécuriser de nouveaux modèles, Nissan a bénéficié de £61m de livres sterling d’aides d’État secrètes de la part du gouvernement conservateur, suivies d’une enveloppe supplémentaire de £101m de livres fin 2022, d’après The Guardian.
Le projet Chery et les menaces réglementaires européennes
Alors qu’elle fonctionne actuellement à peine à la moitié de ses capacités, l’usine de Sunderland étudie la production de véhicules pour le constructeur chinois Chery, un accord non encore confirmé qui arrive à point nommé pour les salariés. Mais l’industrie automobile britannique doit désormais composer avec de nouveaux obstacles réglementaires imposés par l’Union européenne, selon The Guardian.
Le premier défi provient des règles d’origine de l’accord du Brexit de 2020. Celles-ci stipulent que les véhicules électriques fabriqués au Royaume-Uni doivent intégrer des batteries produites au Royaume-Uni ou dans l’UE pour échapper aux droits de douane. Bien que Nissan s’approvisionne auprès de la gigafactory voisine exploitée par l’entreprise chinoise AESC, la règle exige également que les matériaux cathodiques internes proviennent d’Europe. Face à la pénurie de projets de batteries viables, les industriels font pression pour un second report de l’échéance, bien que l’UE utilise ce levier dans ses négociations, selon les informations de The Guardian.
Le second obstacle découle de la loi européenne sur l’accélération industrielle (Industrial Accelerator Act), qui restreint les marchés publics et les subventions aux véhicules fabriqués dans l’UE afin de contrer la concurrence chinoise. Dans sa version actuelle, le texte exclut les usines britanniques. Face à cette situation, Nissan a averti en privé le gouvernement britannique que l’avenir du site de Sunderland était menacé, d’après The Guardian.
Une chaîne d’approvisionnement locale suspendue aux décisions internationales
À quelques kilomètres de là, dans la même usine de Gateshead, des équipes préparent des prototypes de packs de batteries de 2,5 tonnes destinés aux trains hybrides d’Hitachi, construits eux aussi dans le nord-est de l’Angleterre, comme le relève The Guardian.
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