Une nouvelle plante invasive originaire d’Amérique du Nord, l’érèchthite hieracifoliée (Erechtites hieracioides), se propage rapidement dans les forêts ukrainiennes, notamment dans le parc national de Holosiivskyi à Kiev et sur la Polésie. Selon des biologistes interrogés, sa grande production de graines et la multiplication des incendies lui offrent un avantage redoutable.
L’apparition de foyers de cette espèce dans des zones protégées de la capitale ukrainienne ne constitue que la partie émergée de l’iceberg. D’après l’analyse d’un expert en écologie, la plante colonise activement les sols forestiers bouleversés par le feu, menaçant l’équilibre écologique local.
L’expansion rapide de l’érèchthite hieracifoliée en Ukraine
Des signalements de l’érèchthite hieracifoliée ont été enregistrés de manière isolée dans plusieurs régions, allant de la Transcarpatie à la région de Jytomyr, en passant par Kiev. Toutefois, les scientifiques estiment que sa présence réelle sur le terrain est beaucoup plus vaste. Les données recueillies montrent que le manque de financements adéquats limite l’ampleur des recherches botaniques en cours.
L’expansion de cette plante s’inscrit dans un contexte où de nouveaux types de plantes étrangères apparaissent pratiquement chaque année dans le pays. Originaire du sud des États-Unis et du Mexique, cette plante herbacée annuelle de la famille des astéracées manifeste un net tropisme pour les écosystèmes forestiers ayant subi des incendies. Contrairement aux régions du monde dotées de milieux naturels pyrogènes comme les prairies et les savanes qui existent grâce à des brûlages réguliers, les brûlages observés sur la Polésie détruisent la végétation indigène. Actuellement, cette espèce étrangère commence à occuper la niche des espèces naturelles locales qui apparaissaient après les feux, telles que le calamagrostis épigée.
Un perturbateur de la régénération forestière
Les biologistes qualifient cette espèce de « transforforme ». Ce groupe d’organismes ne se contente pas de cohabiter avec la flore locale : il détruit la séquence naturelle de régénération des forêts ukrainiennes après un incendie. Lorsque la végétation d’origine ne parvient pas à passer par tous ses stades de rétablissement, la forêt perd sa fonction de régulateur du climat et de l’humidité.
La redoutable efficacité de dissémination de l’espèce repose sur sa fertilité exceptionnelle. Selon les précisions apportées, une seule plante peut produire jusqu’à des dizaines de milliers de graines. À titre de comparaison, la berce de Sosnowsky en produit des milliers. Dans le contexte actuel de changement climatique, où les forêts ukrainiennes deviennent plus sèches et brûlent plus souvent, cette plante bénéficie d’un avantage immense.
Défis de surveillance et leçons du passé
Dans le monde scientifique, il est admis qu’il faut lutter contre les espèces envahissantes « dans l’œuf », tant que leur nombre est encore insignifiant. Habituellement, un cycle d’observations de 12 ans est recommandé à partir de la première découverte afin d’évaluer la dynamique et de tirer des conclusions, mais l’essentiel est de réagir à temps.

Pour illustrer un scénario négatif, les spécialistes rappellent l’exemple de la limace espagnole rousse, qui était apparue jadis uniquement en Transcarpatie avant de devenir une véritable catastrophe pour la rive droite, capable de détruire en une seule nuit des parcelles entières de choux ou de pommes de terre.
À lire aussi