L’industrie musicale marocaine s’impose à l’international, portée par la professionnalisation du rap et des têtes d’affiche comme ElGrandeToto. Parallèlement, le Maroc a pris la tête des économies industrielles africaines en 2025 et lance une évaluation stratégique de l’événement technologique GITEX Africa Morocco après quatre éditions consécutives.
L’essor international du rap marocain et la structuration d’une industrie
Le rap marocain a connu une explosion remarquable au cours des dernières années, quittant la rubrique internationale pour intégrer les médias grand public dédiés à la musique à l’étranger. En France, le genre attire désormais un public bien au-delà de la diaspora, une dynamique illustrée par l’annonce d’un concert d’ElGrandeToto à l’Accor Arena pour 2027.
Cette expansion repose sur une professionnalisation croissante des circuits et des métiers de la filière. Ancien manager devenu directeur général de l’entreprise de promotion culturelle et événementielle Tartar, Karim Kaissoumi souligne l’évolution économique du secteur. Le rap, c’est que maintenant que c’est devenu une industrie, il y a de l’argent dans ce milieu
, rappelle-t-il, évoquant son rôle passé de manager, d’investisseur et de booker dans une structure casablancaise de quatre étages dédiée à l’écriture, à l’enregistrement et aux clips.
L’arrivée des plateformes de streaming dans les années 2010 a transformé le modèle en garantissant une écoute facilitée à l’étranger et des revenus par un circuit légal. Des structures spécialisées accompagnent les artistes dans l’ombre pour optimiser leur audience et leur rémunération. Des collaborations marquantes, telles que la participation d’ElGrandeToto en 2021 au remix de Love Nwantiti du Nigérian CKay, ont également renforcé cette visibilité transfrontalière.
Le Maroc s’impose comme première puissance industrielle du continent
Sur le plan macroéconomique, le Royaume a franchi une étape majeure. D’après une analyse publiée par la plateforme américaine Marginal Revolution sous la plume de l’économiste Tyler Cowen, le Maroc a détrôné l’Afrique du Sud en 2025 pour s’emparer de la première place des économies industrielles africaines dans le dernier indice de la Banque africaine de développement.
Cette progression s’appuie sur une montée en gamme industrielle soutenue, la diversification des exportations et une politique volontariste menée depuis le milieu des années 2000. Le pays a su capitaliser sur sa position géographique et ses réserves de phosphate pour tisser un réseau d’accords de libre-échange avec les États-Unis, l’Union européenne et une cinquantaine d’autres nations, avec l’ambition de devenir pour l’Europe un pôle manufacturier compétitif comparable à ce que représente l’Europe de l’Est pour l’Allemagne.
La transformation industrielle se manifeste à travers plusieurs filières stratégiques :
- Automobile : transition vers la mobilité électrique via des partenariats avec Renault et Stellantis, ainsi que l’accueil de la première gigafactory de batteries électriques d’Afrique dotée d’une capacité annoncée de 70 gigawattheures.
- Hydrogène vert : approbation gouvernementale d’un complexe industriel pour l’ammoniac, l’acier et les carburants verts représentant un investissement global de 32,5 milliards de dollars.
- Aéronautique : implantation de géants mondiaux tels qu’Airbus, Boeing, Thales et Safran, avec des exportations ayant plus que triplé au cours de la décennie s’achevant en 2024 pour atteindre près de trois milliards de dollars.
- Musique et culture : signature de trois artistes majeurs du royaume — Dizzy Dros, Snor et Kouz1 — par le label international Warner Music l’année dernière.
L’Agence de développement du digital évalue l’impact du GITEX Africa Morocco
Dans le secteur technologique, l’Agence de développement du digital (ADD) initie une évaluation approfondie des retombées de GITEX Africa Morocco après quatre éditions consécutives tenues entre 2023 et 2026. L’objectif consiste à dépasser les simples indicateurs de fréquentation pour mesurer précisément l’impact économique, technologique et institutionnel de l’événement.


Organisé sous Haut Patronage Royal, le salon s’est positionné comme un catalyseur du développement numérique en Afrique et une plateforme de mise en relation pour les investisseurs et les startups. La mission d’évaluation, confiée à un consultant externe pour une durée de quatre mois, s’articule autour d’une vingtaine d’entretiens, d’une dizaine de focus groups et de questionnaires auprès des parties prenantes.
Cette démarche intervient dans un contexte de concurrence régionale accrue, Kaoun International ayant étendu la marque GITEX à d’autres pays du continent comme le Nigeria et l’Égypte, privant ainsi le Maroc de son exclusivité initiale. L’analyse documentée devra permettre d’objectiver les retombées sur l’emploi, les dépenses locales, les partenariats technologiques et de proposer des scénarios de repositionnement stratégique pour les prochaines éditions du salon.
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