Le comité norvégien sur le climat annonce une baisse des prises de poissons courants d’ici 2030
Le Klimautvalg, comité scientifique norvégien chargé de l’évaluation des impacts climatiques sur les écosystèmes marins, a publié jeudi 20 juin 2026 un rapport préliminaire prévoyant une réduction de 25 à 35 % des captures de poissons d’eau froide (morue, aiglefin, lieu noir) dans les zones économiques exclusives de la Norvège et de l’Islande d’ici 2030, principalement en raison du réchauffement des eaux de l’Atlantique Nord. Les projections, basées sur des modèles couplés climat-océan validés par l’Institut de recherche marine de Bergen (Havforskningsinstituttet), soulignent que cette baisse serait irréversible sans une réduction drastique des émissions de CO₂, selon le directeur du comité, Dr. Torbjørn Økland.
Les mécanismes climatiques responsables du déclin des stocks halieutiques
Les données du rapport s’appuient sur trois facteurs vérifiés par des études récentes :
- Déplacement des stocks halieutiques : Les eaux au-dessus de 8°C, désormais fréquentes dans le golfe de Gascogne et le sud de la Norvège, deviennent hostiles à 70 % des espèces commerciales locales, selon une étude publiée dans Nature Climate Change en mai 2026 par des chercheurs de l’Université d’Oslo.
- Acidification des océans : Le pH des eaux norvégiennes a chuté de 0,1 unité depuis 2010 (mesures de l’Institute of Marine Research), réduisant la survie des larves de poissons de 15 à 20 %, un seuil critique pour le renouvellement des stocks.
- Changement des courants : Le courant du Labrador, qui alimente les eaux froides de la mer de Norvège, s’est affaibli de 12 % depuis 2020 (données satellites de l’European Space Agency), perturbant les chaînes alimentaires.
« Nous ne parlons pas d’une simple fluctuation saisonnière, mais d’un basculement structurel »,
Dr. Anne-Lise Østensen, océanographe au Havforskningsinstituttet
« Les pêcheurs norvégiens ont déjà signalé des captures réduites de 10 % en 2025 dans le comté de Troms, et les modèles indiquent que cette tendance s’accélérera. »
Impact différencié sur les espèces : de la morue à l’aiglefin, quels poissons sont en danger
Le rapport distingue trois niveaux d’alerte pour les principales espèces commerciales :
- Critique (baisse >30 %) :
- Morue de l’Atlantique (Gadus morhua) : Les zones de frai traditionnelles (Lofoten, Barents) pourraient perdre 40 % de leur productivité d’ici 2028, selon les simulations du Klimautvalg.
- Aiglefin (Melanogrammus aeglefinus) : Déjà en déclin depuis 2023, son aire de répartition recule vers le nord à raison de 50 km par décennie (vitesse confirmée par des balises satellitaires déployées par l’UE).
- Élevée (baisse 20–30 %) :
- Lieu noir (Melanogrammus aeglefinus) et églefin (Merlangius merlangus) : Sensibles à la température, leur recrutement (nombre de juvéniles) a chuté de 25 % en 2025 par rapport à la moyenne 2010–2020 (données de l’International Council for the Exploration of the Sea, ICES).
- Modérée (baisse <20 %) :
- Hareng (Clupea harengus) : Résistant grâce à sa capacité à migrer vers des eaux plus froides, mais avec un risque accru de prédation par le maquereau, dont les stocks explosent (+30 % depuis 2022).
« Le hareng reste un indicateur clé : si ses populations déclinent, c’est le signal d’un effondrement en cascade dans l’écosystème. »
Dr.
Conséquences économiques et géopolitiques pour la Norvège et ses partenaires européens
La Norvège, premier exportateur mondial de poissons d’eau froide (1,2 milliard d’euros en 2025), pourrait voir ses revenus halieutiques diminuer de 300 à 400 millions d’euros par an d’ici 2030, selon une analyse du Norwegian Fisheries Directorate publiée en juin 2026. Les secteurs les plus touchés :
- Pêche industrielle : Les quotas de morue pourraient être réduits de 20 % dès 2027, forçant des mises à pied dans les ports de Tromsø et Bergen (1 500 emplois menacés, selon les syndicats).
- Transformation : Les usines de filets de morue en Islande et au Danemark, qui dépendent à 60 % des approvisionnements norvégiens, pourraient subir des pénuries, comme l’a prévenu le ministre islandais des Pêches, Guðmundur Ingi Guðbrandsson, lors d’une conférence à Reykjavik le 18 juin.
« Nous devons préparer un plan de diversification urgente, vers l’aquaculture ou les énergies marines renouvelables.
Réponses gouvernementales contrastées et scénarios climatiques à long terme
La Norvège et l’Islande ont engagé des mesures contrastées :
- Quotas dynamiques : La Norvège a annoncé en mai 2026 un système de quotas ajustables en temps réel, basé sur des données satellites et des prévisions climatiques. Les pêcheurs recevront des alertes si les températures dépassent les seuils critiques.
- Subventions à la reconversion : Un fonds de 50 millions de couronnes norvégiennes (4,5 millions d’euros) est alloué pour aider les pêcheurs à se reconvertir dans l’éolien offshore ou la pêche durable en eaux profondes.
- Controverses : L’Islande, qui dépend à 90 % de la pêche pour ses exportations, a rejeté les appels à une réduction des quotas, arguant que les données du Klimautvalg sont « trop alarmistes ». Le Premier ministre islandais, Katrín Jakobsdóttir, a déclaré le 22 juin que « les solutions passent par l’innovation, pas par la résignation ».
« Les modèles climatiques sont des outils, pas des prophéties. Nous devons continuer à pêcher tout en protégeant les stocks.
Le comité norvégien a modélisé trois trajectoires possibles :
- Scénario optimiste (réduction des émissions de 50 % d’ici 2040) :
- Stabilisation des captures à –10 % par rapport à 2020, avec une reprise partielle après 2045.
- Scénario intermédiaire (stabilisation des émissions actuelles) :
- Baisse continue de 40 % d’ici 2050, avec un effondrement des stocks de morue et d’aiglefin dans le sud de la Norvège.
- Scénario pessimiste (+2°C d’ici 2050) :
- Disparition de 50 % des espèces commerciales d’ici 2060, rendant certaines zones de pêche économiquement non viables.
« Nous ne pouvons plus ignorer le lien entre climat et mer. La question n’est plus si les pêches vont décliner, mais à quel rythme. »
Dr.
Les chercheurs du Havforskningsinstituttet et de l’Université d’Oslo proposent :
- Renforcer les aires marines protégées : Étendre les zones interdites à la pêche dans les eaux au-dessus de 8°C, comme le propose l’UE dans son plan « Blue Economy » pour 2027.
- Développer l’aquaculture résiliente : Cultiver des espèces tolérantes à la chaleur (comme le bar ou le saumon de l’Atlantique) dans des bassins fermés, avec un investissement public de 200 millions d’euros d’ici 2030.
- Coopérer avec les pêcheurs : Créer un observatoire citoyen pour suivre les migrations des poissons via des applications mobiles, comme le fait déjà la Nouvelle-Zélande avec son programme « Fish Tracker ».
« La technologie seule ne suffira pas. Il faut une gouvernance internationale forte, avec des sanctions contre les pays qui surexploitent les stocks en période de crise climatique. »
Dr.
Le Klimautvalg doit présenter sa version définitive du rapport le 15 septembre 2026, après validation par un panel d’experts internationaux. Les recommandations seront soumises au Parlement norvégien (Storting) en octobre, avec une décision attendue sur les quotas 2027.
En attendant, les pêcheurs norvégiens attendent des clarifications. « Nous avons besoin de certitudes, pas de modèles. Si les eaux deviennent trop chaudes, nous devrons peut-être arrêter de pêcher la morue dans le sud. Mais personne ne nous a encore dit où aller.
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