Le président américain Donald Trump a déclaré mercredi qu’il jugerait « inacceptable » toute taxe sur la navigation dans le détroit d’Ormuz dans le cadre d’un accord avec l’Iran. Alors que les cours du pétrole chutent sous les 76 dollars, Washington et Téhéran ont conclu un premier cycle de négociations en Suisse lundi.
Tensions sur les tarifs de navigation et les négociations
Le président Donald Trump a fermement rejeté l’idée que l’accord de paix en cours de discussion puisse inclure des frais de passage pour les navires marchands transitant par le détroit d’Ormuz. Interrogé sur sa volonté de bloquer un accord final si de telles taxes étaient imposées, le président a été sans équivoque : « Ouais, ce serait inacceptable pour moi parce que nous avons de nombreux détroits et si vous faisiez cela pour eux, vous devriez le faire pour d’autres personnes », selon des propos rapportés par la chaîne NDTV.


Ces déclarations interviennent dans un contexte de confusion diplomatique. Si les États-Unis et l’Iran ont conclu un premier cycle de discussions techniques en Suisse lundi, les deux parties ont présenté des versions divergentes sur des éléments clés de l’accord, comme l’a noté le Deccan Herald. La question du détroit d’Ormuz est centrale : ce passage maritime, large de seulement 33 kilomètres à son point le plus étroit, constitue le goulot d’étranglement le plus stratégique au monde pour le transit pétrolier. Environ un cinquième de la consommation mondiale de pétrole transite quotidiennement par cette voie navigable, ce qui en fait un levier géopolitique majeur pour l’Iran.
Parallèlement, le Premier ministre du Qatar, le cheikh Mohammed bin Abdulrahman Al Thani, a plaidé auprès du Hindustan Times pour l’établissement d’une ligne directe entre Washington et Téhéran afin d’éviter toute perturbation du détroit par des acteurs isolés. Cette médiation qatarie s’inscrit dans une tradition diplomatique régionale visant à prévenir une escalade incontrôlée dans le Golfe Persique, où la présence de forces navales internationales cohabite avec les patrouilles des Gardiens de la révolution iraniens.
Réactions du marché pétrolier et déblocage des flux
La perspective d’un apaisement a provoqué une baisse significative des cours du pétrole. Le baril de brut est passé sous la barre des 76 dollars, atteignant son niveau le plus bas depuis le début du conflit, selon les données relayées par le Hindustan Times. Mardi, le baril de Brent s’échangeait à 77,45 dollars et le brut léger américain (WTI) à 73,52 dollars, indique Telegraph India. Le marché réagit traditionnellement à la “prime de risque” géopolitique : chaque tension dans le détroit d’Ormuz pousse mécaniquement les prix à la hausse, les investisseurs craignant une interruption physique des approvisionnements mondiaux.
For more on this story, see Accord États-Unis-Iran : fin des tensions militaires, détroit d’Ormuz rouvre sans frais.
Le dégel des relations semble faciliter la reprise du trafic maritime. Des données de LSEG et Kpler, citées par The Hindu, montrent que plusieurs supertankers, dont le VL Breeze battant pavillon sud-coréen, ont franchi le détroit avec des cargaisons de condensats et de pétrole brut, mettant fin à un blocage qui pesait sur les approvisionnements mondiaux. Le volume de pétrole transitant par le détroit a atteint des niveaux record lundi, avec près de 19 millions de barils ayant quitté la zone, selon les rapports relayés par la presse indienne. Cette fluidité est cruciale pour la stabilité des prix à la pompe à l’échelle mondiale, le détroit restant la seule issue maritime pour la production pétrolière de l’Arabie saoudite, de l’Irak, du Koweït et des Émirats arabes unis.
Obstacles politiques et rhétorique diplomatique
Malgré les avancées, le processus est loin de faire l’unanimité. Le président Trump a exprimé son mécontentement face au vote du Sénat américain visant à limiter les hostilités militaires avec l’Iran via la loi sur les pouvoirs de guerre (War Powers Act) de 1973. Cette législation, adoptée après la guerre du Vietnam, impose au président de consulter le Congrès avant d’engager des forces armées dans des conflits prolongés. En critiquant quatre sénateurs républicains qui se sont alliés aux démocrates, Trump souligne la fracture interne à Washington sur la stratégie à adopter face à l’Iran, oscillant entre pression de force et diplomatie transactionnelle.
« La guerre se passe très bien. Comme vous le savez, nous gagnons largement. L’Iran fait de très grosses concessions. Nous verrons ce qui se passera. Mais cela a été très, très, très puissant. Cela se passe très, très bien. » Donald Trump, président des États-Unis, via NDTV.
De son côté, Téhéran maintient une position ferme. Esmaeil Baqaei, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, a réagi vivement sur X aux déclarations américaines, affirmant qu’une région pacifique est impossible tant que l’interventionnisme américain persiste. « Personne ne sera dupe ; nous ne pouvons pas avoir une région pacifique tant que le militarisme et l’interventionnisme américains persistent », a-t-il déclaré, selon les propos rapportés par NDTV. Les prochains jours seront cruciaux, alors qu’un nouveau cycle de discussions techniques est prévu pour la semaine prochaine. La complexité de ces négociations réside dans la méfiance réciproque : alors que les États-Unis cherchent à garantir la libre circulation maritime, l’Iran insiste sur la levée des sanctions économiques qui pèsent sur son économie, créant un équilibre précaire où chaque déclaration publique est scrutée pour déceler un changement de position stratégique.
Find more reporting in our Nouvelles section.
