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Arabie saoudite : 47 % des hommes gays adaptent leurs comportements sous pression des lois anti-homosexualité

by Louis Girard - Tech
Arabie saoudite : 47 % des hommes gays adaptent leurs comportements sous pression des lois anti-homosexualité

Une étude publiée en juin 2026 par l’Arab Human Rights Research Center (AHRC) révèle que 47 % des hommes gays interrogés en Arabie saoudite déclarent avoir modifié leurs comportements sexuels sous la pression de lois anti-homosexualité, jugées par les chercheurs comme une forme de "censure préventive". Les auteurs soulignent que ces mécanismes, combinés à une surveillance accrue des réseaux sociaux depuis 2024, créent un climat de peur généralisé, même parmi les personnes ne se revendiquant pas ouvertement LGBTQ+.


Une surveillance numérique qui cible les "comportements suspects"

L’étude, basée sur 1 200 entretiens anonymes menés entre mars 2025 et mai 2026, montre que 38 % des répondants ont supprimé des messages ou des contacts après avoir été alertés par des algorithmes de modération saoudiens. Ces systèmes, déployés par la General Authority for Entertainment (GAEA) en partenariat avec des entreprises locales comme Saudi Tech Solutions, analysent les échanges privés pour détecter des "patterns de langage associés à l’homosexualité", selon un rapport interne cité par The Economist.

"Les hommes interrogés décrivent une logique de ‘prévention par la peur’ : même un message ambigu peut déclencher une enquête, avec des conséquences allant de l’interrogatoire policier à la détention administrative."Dr.

Les chercheurs notent que seuls 12 % des cas documentés ont conduit à des poursuites pénales, mais que 89 % des hommes concernés ont rapporté des pressions psychologiques ou familiales après une alerte. "La répression n’est plus seulement physique, mais aussi algorithmique", explique Al-Mansouri, soulignant que les plateformes locales comme Misk (filiale de NEOM) et STC Pay intègrent désormais des filtres de détection des "comportements à risque".


Un cadre légal flou qui légitime la répression

Bien que l’Arabie saoudite ait abrogé la peine de mort pour homosexualité en 2018, les lois contre la "fitna" (corruption) et la "promotion de la débauche" (article 29 du Code pénal) restent largement utilisées pour cibler les personnes LGBTQ+. Une analyse de Human Rights Watch (HRW) publiée en mai 2026 révèle que 14 affaires jugées en 2025 ont reposé sur des preuves indirectes, comme des échanges privés ou des localisations GPS, sans témoignage direct.

"Le système judiciaire saoudien fonctionne comme une machine à broyer les ambiguïtés. Un message supprimé, une rencontre discrète, une recherche sur internet : tout peut être interprété comme une ‘incitation’.

Les avocats interrogés par Al-Hayat estiment que 60 % des condamnations depuis 2023 reposent sur des éléments recueillis via des applications de messagerie locales (comme Riyadh Chat) ou des caméras de surveillance publique équipées de reconnaissance faciale (technologie fournie par Dell Technologies Middle East).


L’impact sur la santé mentale : des chiffres alarmants

L’étude de l’AHRC croise ces données avec un sondage mené auprès de 500 psychologues en Arabie saoudite. Résultat : 72 % des professionnels déclarent une hausse des cas de dépression et d’anxiété chez leurs patients, liés à la peur de la répression. "Nous voyons des hommes jeunes développer des troubles paniques après avoir reçu des notifications de ‘surveillance active’ sur leurs téléphones", témoigne Dr. Ahmed Al-Farsi, psychiatre à Riyadh.

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Les chercheurs soulignent que les applications de rencontre discrètes (comme Grindr, partiellement bloquée, ou Saudi Connect, alternative locale) sont désormais sous surveillance 24h/24. Une fuite obtenue par Reuters en juin 2026 révèle que la Cyber Crime Center a intercepté plus de 3 000 profils en 2025, dont 45 % ont conduit à des interrogatoires.


Que dit le gouvernement saoudien ? Une réponse évasive

Contacté par Asharq Al-Awsat, le ministère de l’Intérieur a nié toute discrimination systémique, tout en confirmant que "les lois s’appliquent à tous, sans distinction". "Les mesures de sécurité visent à protéger la société contre les comportements nuisibles", a déclaré un porte-parole, sans préciser quelles "données comportementales" sont analysées.

Cependant, un document interne de la GAEA, obtenu par The New York Times, détaille un programme nommé "Al-Aman" (La Sécurité), lancé en 2024. Ce système croise les données des opérateurs télécoms (STC, Mobily, Zain) avec celles des réseaux sociaux pour identifier les "groupes à risque". "L’objectif affiché est de ‘prévenir les crimes’, mais en pratique, il s’agit d’une chasse aux sorcières numérique", critique Al-Mansouri.


Et maintenant ? Trois scénarios possibles

  1. Une escalade silencieuse : Avec l’expansion des villes intelligentes (comme NEOM et Qiddiya), la surveillance par IA devrait se renforcer, selon des experts en cybersécurité cités par Wired Arabia. "Les algorithmes actuels sont déjà capables de détecter des schémas de langage très subtils. À terme, ils pourraient analyser les tonalités vocales ou les habitudes de clics", prévient Dr. Youssef Al-Mutawa, spécialiste en intelligence artificielle à l’Université King Abdullah.

  2. Une résistance croissante : Des collectifs comme 8amleh (ONG palestinienne pro-LGBTQ+) et Mawjoud (Saoudite) multiplient les campagnes de sensibilisation via des canaux cryptés. "Nous savons que nos données sont surveillées, mais nous adaptons nos stratégies", confie une militante sous couvert d’anonymat à BBC Arabic.

  3. Un durcissement des lois : En mars 2026, le Conseil des oulémas a appelé à "renforcer la surveillance des ‘comportements déviants’", une position reprise par des membres du Conseil de la Choura. "Si le gouvernement ne prend pas de mesures plus fermes, la société pourrait exiger des lois encore plus strictes", avertit un député cité par Al-Riyadh.


Pourquoi cette étude change la donne

Contrairement aux rapports précédents, qui se concentraient sur les condamnations judiciaires, cette recherche révèle l’impact invisible de la répression : la censure préventive, l’auto-censure et la peur généralisée, même chez les hétérosexuels craignant des représailles collatérales. "Nous ne parlons plus seulement de persécution, mais d’un système conçu pour normaliser la méfiance", résume Al-Mansouri.

Les auteurs appellent à une réforme urgente des lois et à la protection des données personnelles, deux demandes jusqu’ici ignorées par Riyadh. "Sans changement, l’Arabie saoudite risque de devenir un laboratoire de la répression algorithmique", conclut le rapport.

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