Une carrière internationale riche de 150 rôles
Né le 8 août 1940 à Riga, Pauls Butkēvičs a marqué plusieurs générations de spectateurs. Son parcours professionnel, riche de quelque 150 rôles, a transcendé les frontières nationales. Selon Santa.lv, l’acteur ne s’est pas limité à la Lettonie, ayant collaboré à des projets cinématographiques au Danemark, en Suède, en Allemagne, en Pologne, en Russie et jusqu’en Inde.
Parmi ses apparitions les plus marquantes figurent des titres comme Ilgais ceļš kāpās, Mirāža, Aija et le film Četri balti krekli, également connu sous le titre Elpojiet dziļi. Il a également tenu un rôle de télégraphiste dans la série Septiņpadsmit pavasara mirkļi. Sa capacité à incarner des personnages variés, alliée à une voix distinctive, a consolidé son statut de pilier du paysage culturel letton.
Des derniers instants empreints de dignité
La santé de l’acteur s’était dégradée rapidement ces dernières semaines. Sa fille, Alēna Butkēviča, qui réside aux États-Unis, était revenue en Lettonie pour être à ses côtés. Elle a partagé des moments intimes de cette fin de vie, notamment lors de son séjour à l’hôpital de Jēkabpils, puis à Aizkraukle.
Dans un témoignage poignant recueilli par le magazine Privātā Dzīve, Alēna Butkēviča a souligné la dignité de son père jusqu’au bout :
« Viņš vēl vakar ēda zemenes un šodien aizgāja. Tētis pat uz nāves gultas spēja saglabāt to vīrišķību un romantismumu, kāds viņam piemita kopš jaunības. » (Traduction : « Il mangeait encore des fraises hier et il est parti aujourd’hui. Même sur son lit de mort, papa a su garder cette virilité et ce romantisme qu’il possédait depuis sa jeunesse. »)
Elle a également évoqué les derniers souvenirs partagés, notamment durant la période de Noël où, bien qu’alité, Pauls Butkēvičs jouait de petits orgues, une scène illustrant le tempérament artistique qu’il a conservé tout au long de son existence.
Une discipline de vie et une éthique professionnelle inébranlables
Au-delà de sa filmographie, l’acteur était connu pour sa résilience physique et morale. Dans une interview d’archive publiée par Lasi.lv, Butkēvičs confiait avoir survécu à trois infarctus, deux accidents vasculaires cérébraux et trois opérations cardiaques, tout en maintenant une discipline de vie stricte inspirée par l’acteur Ēvalds Valters.
Il rejetait catégoriquement le terme de « travail bâclé » (haltūra), estimant que chaque rôle méritait un engagement total. Sa vision de la profession était teintée d’une forme d’autodérision, signant souvent ses courriers « st. Paul », jouant sur l’ambiguïté entre le mot anglais pour « saint » et celui pour « idiot ». Il expliquait :
« Paulīti, lūdzu, nemaisies iekšā. Lūdzu! » (Traduction : « Paul, s’il te plaît, ne t’en mêle pas. S’il te plaît ! »)
Cette citation, issue de ses réflexions sur ses audaces de cascadeur — où il insistait pour réaliser lui-même des scènes à cheval, malgré les risques — témoigne de son refus de la facilité. Pour lui, la vie devait être vécue dans la vérité et la gratitude, une philosophie qu’il a cultivée jusqu’à ses derniers jours dans sa maison de Rudzīši, dans le pagasts de Daudzeva, aux côtés de son épouse, Zinta Jansone.
L’héritage d’une icône du milieu artistique balte
La disparition de Pauls Butkēvičs, rapportée largement par les médias lettons comme Delfi, laisse un vide immense dans le milieu artistique balte. Son héritage ne réside pas seulement dans ses 150 rôles, mais dans son influence sur plusieurs générations d’acteurs. Alors que sa famille organise les adieux, le public letton se souvient d’un homme qui, malgré les épreuves de santé et les changements politiques, était resté fidèle à sa passion pour le cinéma et à son attachement viscéral à sa terre natale, la Sēlija.
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