Anthropic désactive Fable 5 et Mythos 5 pour sécurité nationale

Le 13 juin 2026, l’entreprise américaine Anthropic a annoncé la désactivation de ses modèles d’intelligence artificielle Fable 5 et Mythos 5. Cette décision fait suite à une injonction des autorités américaines, motivée par des préoccupations de sécurité nationale concernant des vulnérabilités potentielles permettant de contourner les protections de sécurité des systèmes. L’arrêt soudain de ces services, qui représentaient le fer de lance technologique de l’entreprise, souligne la montée en puissance des tensions entre les géants de la Silicon Valley et les instances de régulation fédérales dans un contexte de course technologique mondiale.

L’injonction fédérale et la désactivation des modèles

Le vendredi 12 juin, le PDG d’Anthropic, Dario Amodei, a reçu une communication officielle du secrétaire au Commerce des États-Unis, Howard Lutnick, imposant un contrôle strict sur l’exportation et l’accès à deux de ses modèles les plus avancés, Fable 5 et Mythos 5, selon les informations rapportées par Aftenposten. L’ordre exigeait initialement que ces outils ne soient accessibles qu’aux citoyens américains pour des raisons de sécurité nationale, une mesure restrictive visant à prévenir l’usage de capacités de calcul avancées par des acteurs étrangers potentiellement hostiles.

L'injonction fédérale et la désactivation des modèles
Photo: Tek.no
L'injonction fédérale et la désactivation des modèles
Photo: Aftenposten

Cependant, Anthropic a déclaré que l’application technique de cette mesure imposait une désactivation globale. Dans une déclaration relayée par VG, l’entreprise a expliqué que « la somme totale de cet ordre » les contraignait à couper l’accès à Fable 5 et Mythos 5 pour tous leurs clients, afin de garantir une conformité totale avec les exigences fédérales. Cette interruption intervient seulement quelques jours après le lancement de Fable 5, marquant un coup d’arrêt brutal pour une plateforme qui attirait déjà un nombre important d’utilisateurs professionnels et de chercheurs. La complexité de l’architecture des modèles rendait, selon l’entreprise, le cloisonnement par nationalité impossible à mettre en œuvre dans les délais impartis par le Département du Commerce.

Risques de sécurité et failles identifiées

La méfiance des autorités américaines repose sur l’identification d’une technique de « jailbreaking », une méthode permettant de contourner les garde-fous de sécurité intégrés à l’IA. Selon Finansavisen, des responsables publics craignaient que ces capacités ne soient détournées pour exploiter des vulnérabilités dans des infrastructures critiques, notamment au sein du système financier mondial. La capacité des modèles à générer du code complexe ou à analyser des systèmes de cybersécurité a été perçue par Washington comme une arme à double tranchant nécessitant une intervention immédiate.

Fable 5 et Mythos 5 d'Anthropic bloqués par le gouvernement américain pour des raisons de sécurit…

Anthropic conteste la gravité de ces failles. Dans un communiqué, l’entreprise affirme avoir examiné la démonstration fournie par les autorités et soutient qu’elle n’identifiait qu’un « petit nombre de vulnérabilités mineures déjà connues ». L’entreprise estime que des modèles publics concurrents présentent des risques similaires sans subir de restrictions. Gina Neff, professeure en intelligence artificielle responsable à la Queen Mary University of London, a toutefois souligné dans une analyse citée par BBC que ces systèmes représentent un changement radical, notant que le British AI Security Institute a constaté que le modèle réussissait à percer des systèmes de défense dans 73 % des tests effectués. Ce chiffre, bien que contesté dans son interprétation par Anthropic, illustre le fossé existant entre les protocoles de sécurité des développeurs et les exigences de protection des infrastructures étatiques.

Contexte de tensions réglementaires

Cet incident s’inscrit dans un climat de confrontation entre Anthropic et l’administration Trump. L’entreprise est engagée dans une bataille juridique concernant une directive visant à limiter l’usage de ses outils par les agences gouvernementales. Parallèlement, Anthropic a récemment appelé le Congrès américain à légiférer sur les risques liés à l’IA, notamment la possibilité que les modèles puissent bientôt concevoir leurs propres successeurs sans intervention humaine, un phénomène qualifié de « récursivité d’auto-amélioration » par la direction de l’entreprise, selon Tek.no.

Contexte de tensions réglementaires

Le débat sur la régulation de l’IA est devenu central à Washington. Les agences fédérales cherchent actuellement à définir un cadre juridique permettant de surveiller le développement des modèles “Frontier” — les systèmes les plus puissants au monde — sans pour autant étouffer l’innovation nationale face à la concurrence internationale. Les autorités fédérales s’appuient sur des lois existantes concernant le contrôle des exportations de technologies sensibles pour justifier ces interventions, arguant que les modèles de langage de grande taille constituent désormais des actifs stratégiques au même titre que les semi-conducteurs de pointe.

“Lorsque je regarde la voiture que nous conduisons, je n’ai qu’une pédale d’accélérateur. Je n’ai pas de pédale de frein, et à un moment donné dans le futur, nous en voudrons probablement une.”

Jack Clark, cofondateur d’Anthropic, via CNN

Cette métaphore, souvent utilisée par les dirigeants d’Anthropic pour illustrer l’absence de mécanismes de contrôle proportionnels à la puissance des modèles actuels, prend un sens particulier dans le contexte actuel. Si l’entreprise prône elle-même une forme de régulation, la mise en application forcée par le gouvernement souligne une divergence sur la méthode : tandis qu’Anthropic privilégie une approche collaborative, Washington semble opter pour une posture de contrôle direct et coercitif.

Alors qu’Anthropic prépare une introduction en bourse majeure, certains observateurs, cités par Tek.no, suggèrent que ces mises en garde publiques pourraient également servir à attirer l’attention des investisseurs et des législateurs avant l’opération financière. La transparence sur les risques, bien que complexe à gérer sur le plan boursier, est devenue une nécessité pour les entreprises du secteur face aux exigences de conformité. Pour l’heure, l’accès aux modèles reste suspendu, plaçant l’entreprise dans une situation d’incertitude opérationnelle alors qu’elle tente de concilier ses ambitions technologiques avec les exigences sécuritaires croissantes de Washington. Les prochaines étapes dépendront des discussions en cours entre les équipes juridiques d’Anthropic et les représentants du Département du Commerce, visant à établir un protocole de sécurité acceptable pour un rétablissement partiel ou total des services.

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