À 92 ans, l’actrice Julie Newmar, icône hollywoodienne et interprète originale de Catwoman dans la série télévisée « Batman » de 1966, cultive une vie centrée sur la beauté et la métaphysique. Résidant à Brentwood, elle consacre aujourd’hui son temps à son jardin et aux soins de son fils, John, tout en réfléchissant sur son héritage culturel.
Une vie façonnée par l’esthétique et la danse
Pour Julie Newmar, la beauté n’est pas qu’une esthétique de surface ; c’est une philosophie de vie. Dans son oasis de Brentwood, entourée de 90 variétés de roses, l’actrice exprime une sérénité acquise avec l’âge. « Je dirais que ma vie est une question de beauté », confie-t-elle, comme le rapporte The Guardian. Pour elle, cette quête englobe le jardinage, le comportement envers autrui et une évolution spirituelle profonde.
Cette rigueur esthétique trouve ses racines dans son éducation. Fille d’un professeur d’ingénierie et d’une mère styliste, Newmar a été formée très jeune à la danse classique et au piano. Son entrée dans le monde du spectacle fut presque une destinée familiale. « Maman ! Ma mère faisait partie des Ziegfeld Follies. Eddie Cantor disait qu’elle avait les plus belles jambes des Follies », explique-t-elle, évoquant l’influence maternelle après l’accident de voiture qui mit fin à la carrière de sa mère en 1920. Sa formation initiale chez les Ballets de Los Angeles lui a conféré une discipline physique qui allait définir sa présence scénique, notamment lors de ses débuts précoces en tant que danseuse au sein des studios de la 20th Century Fox dès l’âge de 17 ans.
Dans ses années de formation, Newmar a appris à utiliser son corps comme un instrument de précision, une compétence qui lui a permis de décrocher des rôles exigeants physiquement avant même l’ère de la télévision grand public. Sa transition vers le jeu d’actrice fut marquée par des apparitions dans des films comme « Seven Brides for Seven Brothers » en 1954, où son entraînement en danse fut mis à profit sous la direction du chorégraphe Michael Kidd, renforçant son image de femme fatale athlétique.
L’héritage de Catwoman et l’icône culturelle
Si sa carrière d’actrice s’est ralentie il y a environ 40 ans, l’influence de Newmar demeure intacte. Son interprétation de Catwoman dans la série « Batman » de 1966 a marqué l’imaginaire collectif, imposant une figure à la fois athlétique et sophistiquée. Elle se souvient de cette époque avec une précision teintée de nostalgie, tout en reconnaissant son statut d’objet de désir de l’époque, notamment à travers des clichés datant de 1955. Le costume moulant, qu’elle a elle-même aidé à ajuster pour mettre en valeur ses mensurations, est devenu l’un des objets les plus iconiques de l’histoire de la culture pop, souvent exposé dans des rétrospectives sur le design de costumes télévisuels.
Au-delà de la nostalgie hollywoodienne, Newmar est devenue une figure tutélaire pour les communautés queer et drag, un statut cimenté par son caméo dans le film de 1995 « To Wong Foo, Thanks for Everything! Julie Newmar ». Dans ce long-métrage, le personnage de Patrick Swayze la décrit comme l’idéal absolu. Le titre même du film, produit par Amblin Entertainment et distribué par Universal Pictures, témoigne de l’impact durable de son image sur la culture drag américaine, transformant son nom propre en une sorte de mètre étalon de la grâce et de l’élégance.
« Elle est la perfection, l’ultime… Oh ! Essayez de la décrire sans utiliser le mot "statuesque".
La pérennité de son image est également entretenue par les nombreuses conventions de fans et les rééditions restaurées en haute définition de la série « Batman » originale, produite par William Dozier. Ces diffusions, désormais accessibles sur diverses plateformes de streaming, permettent aux nouvelles générations de redécouvrir son jeu, caractérisé par une voix suave et une gestuelle féline qui ont défini le standard du personnage pour les décennies à venir, bien après que Lee Meriwether et Eartha Kitt aient repris le rôle au cinéma ou à la télévision.
La métaphysique du quotidien et le soin des proches
Aujourd’hui, les priorités de l’actrice ont basculé vers une sphère plus métaphysique. Alors qu’elle se déplace dans son jardin sur un scooter électrique, elle insiste sur le besoin de servir les autres. « Les grandes choses arrivent maintenant et elles sont plus dans le métaphysique, elles sont dans le "que puis-je faire pour les autres ?" Parce que j’ai déjà fait ce qu’il fallait pour moi-même », explique-t-elle. Son jardin de Brentwood, entretenu avec une minutie quasi chirurgicale, est devenu une extension de son expression artistique, où elle cultive des espèces rares, illustrant son refus de la passivité.
Cette bienveillance se manifeste quotidiennement dans sa relation avec son fils, John, atteint du syndrome de Down. Elle décrit son rôle de mère avec une gratitude simple, soulignant la transmission de valeurs et d’amour. Comme l’a noté le journal The Guardian, cette dévotion familiale est le cœur battant de son existence actuelle, loin des projecteurs, mais toujours sous le signe de cette élégance féline qui a défini sa carrière. Cette gestion du quotidien, loin du strass des cérémonies de remise de prix, montre une autre facette de l’actrice qui, tout au long de sa carrière, a souvent dû gérer des agents et des contrats complexes, notamment lors de ses années fastes à Broadway dans les années 1950 et 1960.
Son parcours, de ses débuts à 18 ans où elle chorégraphiait ses propres apparitions dans des drames comme « Serpent of the Nile » en 1954, jusqu’à sa vie de nonagénaire, témoigne d’une femme qui a su naviguer entre les exigences de l’industrie et ses propres aspirations intellectuelles. Cette trajectoire, partagée récemment via Bluesky, rappelle que derrière l’icône, se trouve une artiste qui a toujours cherché à transformer sa réalité en une œuvre d’art vivante. En 2026, elle continue d’influencer les débats sur le vieillissement à Hollywood, utilisant sa plateforme pour promouvoir une vision de la vieillesse qui refuse l’effacement, préférant une présence active dans la communauté locale de Los Angeles.
