Innu revendiquent un ministère de l’Éducation des premières Nations : « Assez de quémander »
Sept-Îles, Québec – Les Innu de la Côte-Nord réclament la création d’un ministère de l’Éducation propre aux Premières Nations, dénonçant un système éducatif imposé et déconnecté de leurs réalités. Vicky Lelièvre, porte-parole de l’ITUM (Innu Takuaikan Uashat Mak Mani-Utenam), a exprimé une frustration grandissante face à un manque d’autonomie et à des promesses non tenues.
« On nous a dit : ‘Vous rentrez dans le moule et c’est tout.’ C’est ça qu’on dénonce », a-t-elle déclaré, soulignant que le curriculum actuel n’a jamais été adapté en concertation avec les communautés innues. Lelièvre insiste sur la nécessité d’une réforme profonde,plaçant les Premières Nations au cœur des décisions concernant l’éducation de leurs enfants.
Cette revendication s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes avec les gouvernements provincial et fédéral.Québec a suspendu les travaux de la Table sur la réussite éducative des Premières Nations l’an dernier, une décision vivement critiquée par l’ITUM. Parallèlement, des désaccords majeurs persistent avec Ottawa concernant le financement et l’organisation des services éducatifs, notamment l’opposition de l’ITUM à des regroupements régionaux imposés.
Lelièvre déplore également le retard dans la mise en œuvre de la dernière entente de financement conclue avec le gouvernement fédéral, estimant que « le temps passe et la situation devient critique ». Elle exprime un ras-le-bol face à la nécessité de « quémander » pour faire valoir les besoins des jeunes Innu.
Un héritage de politiques éducatives assimilationnistes
La revendication d’un ministère de l’Éducation des Premières Nations s’inscrit dans un long processus historique de lutte pour l’autodétermination en matière d’éducation.pendant des décennies, les enfants des Premières Nations ont été retirés de leurs familles et placés dans des pensionnats, où ils étaient forcés d’abandonner leur langue et leur culture. Bien que ces institutions aient été officiellement fermées, leurs conséquences traumatisantes se font encore sentir aujourd’hui.
Les politiques éducatives subséquentes ont souvent été caractérisées par un manque de consultation et une imposition de modèles occidentaux, contribuant à des taux de décrochage scolaire élevés et à un sentiment d’aliénation chez les jeunes autochtones.
Vers une éducation culturellement pertinente
la création d’un ministère de l’Éducation des Premières Nations permettrait de développer un curriculum adapté aux réalités culturelles, linguistiques et spirituelles des communautés innues.Cela inclurait l’enseignement de la langue innue, de l’histoire et des traditions ancestrales, ainsi que la promotion de pratiques pédagogiques respectueuses des savoirs autochtones.
Une telle initiative pourrait également favoriser une plus grande implication des parents et des aînés dans le processus éducatif, renforçant ainsi le lien entre l’école et la communauté. L’objectif ultime est de créer un système éducatif qui permette aux jeunes Innu de s’épanouir pleinement, tout en préservant et en valorisant leur identité culturelle.
