XV de France - Rapport d'échec - 6 Nations 2019 - Rugby

Un manque de vitesse et d'intensité

C’est l’une des impressions visuelles les plus frappantes de cette Angleterre-France: les Bleus ont été complètement pris en vitesse par le XV de la Rose. Surtout sur les lignes arrières. Dès la première action, le défenseur anglais Eliott Daly accélère et sème la zizanie à la défense française, avant de donner le coup d'envoi à Jonny May. L'ailier aplatit le premier essai en prenant la vitesse de Damian Penaud, le joueur le plus rapide du côté bleu. Dans l’ensemble, les joueurs anglais, tous capables d’enchaîner une multitude de courses, ont dominé leurs concurrents français dans le volume de jeu. Pour ajouter leur impressionnante performance en défense, y compris leurs flanqueurs Mark Wilson et Tom Curry, auteurs de 20 facettes chacun. Nous pouvons mieux comprendre la pression exercée sur chaque jeu de pied administré par une charnière de Youngs-Farrell d'une précision diabolique.

Une stratégie inappropriée

Trois des quatre essais anglais de la première période suivent des matchs au pied de la pression ou de l'occupation. Face à cette statistique ahurissante, on ne peut que questionner l'un des choix principaux de Jacques Brunel: commencer Yoann Huget à l'arrière, position qu'il n'avait pas occupée depuis décembre 2017 avec Toulouse Challenge Cup. Manquant probablement de points de repère, il a eu de nombreuses difficultés lors du retrait défensif. Difficulté que les Anglais ont su exploiter parfaitement. C'est également en cela que les Anglais dépassent le XV de France: ils sont en mesure d'analyser les faiblesses adverses et d'adapter leur stratégie en conséquence. Nous sommes toujours à la recherche de ce genre de démonstration du blues depuis l’arrivée de l’entraîneur actuel. Peut-être qu’ils ne sont tout simplement pas préparés au rugby international.

Un coaching incompréhensible

Le match à l'arrière de Yoann Huget met en lumière l'un des grands moments de l'ère Brunel: jouer contre certains joueurs à des postes qu'ils n'occupent pas dans un club. Trop vouloir rechercher la polyvalence, nous perdons dans les spécialistes. Le match Gaël Fickou, confiné à l'aile alors qu'il marche sur l'eau au centre du Top 14, le prouve. Ayant des difficultés à exprimer ses qualités, le joueur du Stade Français n'a battu aucun défenseur en 70 minutes. L'argument qui a justifié ce choix, à savoir la création du couple Doumayrou-Bastareaud pour relever le défi physique de Tuilagi, n'a pas tenu l'eau. Les deux joueurs ont été submergés par la vitesse et la vision d’Henry Slade, auteur à nouveau d’une superbe performance. Un autre point noir chez Jacques Brunel: l'inexpérience du banc. Les remplaçants français ont en moyenne 3 sélections, contre 25 pour le banc anglais. Un peu léger pour affronter une équipe de ce calibre.

Chefs défaillants

Dans ce climat de défaite perpétuel dans lequel vit le XV de France, les leaders du jeu pourraient sortir la tête de l'eau et guider leurs coéquipiers contre le rouleau compresseur anglais. Ce n'était pas le cas. La charnière Parra-Lopez, présentée comme preuve avant le tournoi, n’a pas permis d’accélérer le match ni de mettre la pression sur les Anglais en jouant du pied. Guilhem Guirado, capitaine de courage de ces dernières années, a beaucoup perdu en performance depuis quelques mois. Mathieu Bastareaud ne répond plus aux exigences de rapidité et de technique du rugby international. Louis Picamoles était l'un des rares à concourir, mais s'il avance la balle en main, il a des problèmes avec le pied anglais. En bref, le rugby français manque de champions. Celui qui se rapproche et qui dynamite la défense britannique, Antoine Dupont, n’est remplacé que sur la feuille de match. Trouve l'erreur.

Antoine Dupont, auteur d'une bonne entrée en jeu

Antoine Dupont, auteur d'une bonne entrée en jeuIcon Sport

Avec le navire abandonné reçu à Twickenham, le XV de France peut tirer un trait sur les défaites traditionnelles en encourageant les arbres cachant une forêt inexorablement malade. Les organismes qui gèrent le rugby français ont un terrible bilan d'échec. C’est à eux de prendre les décisions qui s’imposent pour redresser un navire qui coule inlassablement depuis trop longtemps.


Par Baptiste Pery

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