"Un changement de vitesse un peu injuste"

Eric Heyer, économiste de l'OFCE, revient sur franceinfo sur la feuille de route donnée par le gouvernement, qui demande que les futures négociations sur l'assurance chômage atteignent 3 à 3,9 milliards d'euros en trois ans. Le gouvernement a demandé vendredi 21 septembre que l'avenir Les négociations sur l'assurance chômage permettront d'économiser de 3 à 3,9 milliards d'euros sur trois ans, ce que les partenaires sociaux ont dénoncé comme un "budget uniquement logique". "Un peu injuste", observe même samedi sur franceinfo l'économiste Eric Heyer, directeur du département "analyse et prévision" de l'Observatoire français des conditions économiques (OFCE). franceinfo: Pourquoi le gouvernement demande-t-il un tel niveau d'économies? Eric Heyer: C'est incroyable parce que ce n'était pas dans le programme de Macron. C'est un changement de vitesse. Ils ont en tête que les déficits publics doivent être réduits et ils demandent à l’assurance chômage de participer, ils veulent rembourser leur dette et pour cela économiser de l’argent. C'est un peu injuste parce que lorsque vous examinez en détail l'assurance-chômage, les cotisations et les prestations sont relativement équilibrées. Nous atteignons l'équilibre avec un taux de chômage de 9%. S'il existe une dette, celle-ci est liée à l'Etat: Unedic doit financer la politique de l'emploi et verse donc chaque année plus de 3 milliards d'euros à Pôle emploi. On peut considérer que c'est plutôt un impôt qui devrait le financer et non les contributions. Quels sont les leviers de l'épargne possible? Il n'y en a pas 36. Soit vous réduisez la rémunération des chômeurs, soit vous augmentez les cotisations. Par exemple, les dirigeants peuvent recevoir une rémunération très élevée, nous avons le plafond de rémunération le plus élevé parmi les grands pays. Mais ce serait une mauvaise idée de s’y attaquer, car les cadres sont très peu au chômage et contribuent beaucoup. Si nous réduisions la limite d'indemnisation, nous devrions également réduire leurs contributions, ce qui serait une très mauvaise idée. La deuxième idée serait de jouer sur la dégressivité des allocations de chômage: de dire que nous toucherons le même montant pour un temps plus court et que nous serons dégressifs. Le gouvernement y pense. Il y a eu des études économiques à ce sujet. Et environ 85% des études économiques nous disent que ce n'est pas une bonne idée, cela ne facilite pas le retour au travail. Selon certaines études, cette dégressivité aurait même des effets négatifs. Le gouvernement veut réduire le nombre de contrats courts. C'est une bonne idée, et il est coûteux de faire la navette entre l'emploi et le chômage. Vous pouvez penser à facturer les entreprises qui utilisent cet appareil plus que celles qui sont plus vertueuses et à essayer de garder le travail. Nous pouvons penser à un bonus-malus mais c'est assez compliqué à mettre en place. Certains secteurs ou sociétés n'ont pas le choix d'utiliser des contrats courts. Il y a d'autres idées, telles que lier les contributions à la durée du contrat: plus le contrat est long, plus les primes sont faibles, puisque vous êtes moins cher. Ce sont des pistes intéressantes qui ont montré, si elles sont mises en œuvre, qu'elles peuvent être efficaces à la fois pour le retour au travail et pour l'assurance-chômage. Mais ce n'est pas aussi simple que cela et ce ne sera pas une source d'économie aussi forte que celle exigée par le gouvernement. Le gouvernement veut à la fois encourager les gens à retourner au travail, à se former, mais aussi à réduire les déficits très rapidement. C'est un triangle d'incompatibilité, nous devrons faire des choix.
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