Dernier rempart d’une tradition millénaire : un imprimeur hongkongais se bat pour préserver l’art du caractère mobile
HONG KONG – Dans un atelier d’impression qui sent l’encre et le papier, Leung Kwok-hung, 76 ans, parcourt avec indignation les pages d’un livre d’histoire sur l’imprimerie à caractères mobiles. Cercles rouges, annotations serrées, il dénonce les inexactitudes qui, selon lui, déforment la véritable histoire de cet art ancestral.
“Beaucoup de récits sont faux,” affirme Leung, propriétaire de Sing Hung Printer, une entreprise familiale qui a vu le jour il y a plus de 50 ans. “Je veux raconter la vérité.”
L’histoire de Sing Hung Printer est le reflet de celle d’une industrie en déclin. Autrefois florissante, employant jusqu’à 15 personnes, l’entreprise a été contrainte de déménager deux fois, réduisant sa taille et son nombre de machines d’impression au fil des ans. Aujourd’hui, il ne reste que Leung et son fils, âgé de 50 ans, pour maintenir la flamme allumée.
Alors que de nombreux confrères ont fermé boutique, Leung a pris une décision audacieuse : en novembre dernier, il a signé un nouveau bail de trois ans. Son objectif ? Transformer Sing Hung Printer en un centre de transmission du savoir-faire, en organisant des ateliers pour le public.
“Je ne sais pas si l’atelier sera encore là dans trois ans,” confie Leung, “mais j’espère que je pourrai faire découvrir la culture de l’imprimerie à caractères mobiles au plus grand nombre.”
L’imprimerie à caractères mobiles, inventée en Chine au XIe siècle par Bi Sheng, est considérée comme l’une des inventions les plus importantes de l’histoire humaine. Elle a révolutionné la diffusion du savoir et a joué un rôle crucial dans le développement de la civilisation. L’UNESCO a reconnu l’imprimerie à caractères mobiles comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2009, soulignant son importance universelle.
Hong Kong, en tant que carrefour entre l’Orient et l’Occident, a longtemps été un centre important pour l’imprimerie. Cependant, l’essor de l’impression numérique et la concurrence accrue des pays à bas coûts ont mis à rude épreuve les entreprises traditionnelles. Selon les données du Département du recensement et des statistiques de Hong Kong, le nombre d’entreprises d’impression a diminué de près de 20 % au cours de la dernière décennie.
L’initiative de Leung Kwok-hung s’inscrit dans un effort plus large pour préserver le patrimoine culturel immatériel de Hong Kong. Le gouvernement local a mis en place plusieurs programmes de soutien aux artisans et aux entreprises traditionnelles, notamment des subventions, des formations et des campagnes de sensibilisation.
L’atelier de Leung est devenu un lieu de rencontre pour les passionnés d’imprimerie, les étudiants et les touristes. Les participants peuvent apprendre les techniques traditionnelles de composition, d’impression et de reliure, et créer leurs propres œuvres d’art.
“C’est une expérience unique,” témoigne Emily Chan, une étudiante en design qui a participé à un atelier récemment. “J’ai toujours été fascinée par l’imprimerie à caractères mobiles, mais je n’avais jamais eu l’occasion de l’essayer moi-même. C’est un art qui demande beaucoup de patience et de précision, mais le résultat est magnifique.”
L’histoire de Leung Kwok-hung est un rappel poignant de la fragilité du patrimoine culturel et de l’importance de le préserver pour les générations futures. Son engagement envers l’art de l’imprimerie à caractères mobiles est un témoignage de sa passion, de sa détermination et de son amour pour la tradition.
[Intégration potentielle d’un post Instagram ou d’une courte vidéo YouTube montrant Leung en action dans son atelier, ou des participants à un atelier.]
