SpaceX accuse Arianespace de concurrence déloyale

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Dans un contexte géopolitique et commercial moins tendu entre les États-Unis et l'Europe, la situation serait comique. SpaceX, le fabricant de fusées qui a révolutionné le secteur spatial avec ses fusées récupérables, se plaint à Washington de la concurrence déloyale d’Arianespace! "Les subventions des gouvernements français et européen réduisent artificiellement le prix des services de lancement d'Arianespace sur le marché international et permettent à leurs roquettes d'être injustement compétitives" a informé les dirigeants de SpaceX dans une lettre adressée à Edward Gresser, haut responsable du département du Commerce, en décembre, à qui un exemplaire avait été remis par les "Echos".

Loi sur les subventions et l'achat américain

Alors que les Européens s'inquiètent du manque de compétitivité de la future fusée Ariane 6 contre SpaceX, comme en témoigne le dernier rapport de la Cour des comptes, la société fondée par Elon Musk dénonce les aides versées par l'Agence spatiale européenne (ESA). Dans sa lettre, la société californienne s’élève à 13,2 milliards d’euros entre 1998 et 2012. Elle remet également en question le financement public du port spatial de Kourou en Guyane française, soulignant que cela permet à Arianespace de ne pas inclure dans ses offres commerciales le poids des infrastructures.

La société, qui provoque la chute des prix dans l’espace, demande donc au législateur américain de corriger cette concurrence déloyale dans le cadre des négociations commerciales entre l’Union européenne et les États-Unis. "Il devrait exister un accord garantissant qu'Arianespace ne bénéficie pas d'un traitement préférentiel et que les membres de l'Union ne font pas de discrimination à l'égard des fournisseurs non européens", Demande SpaceX.

100 tirs et 12 milliards de contrats

C'est amusant, quand on sait qu'Arianespace a vainement lutté pendant des mois pour que les Européens promettent de lancer leurs satellites sur Ariane 6. Le directeur du CNES, Jean-Yves Le Gall, déclare que cette lettre relève de la lettre " bruit de fond " de la bataille commerciale de l'espace. "En termes de lanceur, rappelez-vous qu'il existe une loi Buy American Act, qui interdit à tout opérateur américain d'utiliser une fusée étrangère, puisqu'un satellite a 51% de sa valeur fabriquée aux États-Unis", se souvient-il.

Et pour souligner qu'en termes de financement public, ceux consacrés par l'Europe à son espace de conquête sont très modestes par rapport aux dépenses américaines ou chinoises. La recherche d'une autonomie stratégique justifie les investissements publics dans l'espace et une concurrence parfaitement libre dans le secteur des lanceurs n'est pas à l'ordre du jour, rappelle de son côté, André-Hubert Roussel, PDG d'ArianeGroup.

De plus, SpaceX est bien positionné dans son courrier en tant que leader mondial de l'espace avec plus de 60 lancements déjà effectués pour le compte de clients étatiques et commerciaux et une quarantaine de prises de vues en commande, représentant toutes "Plus de 12 milliards de dollars en contrats".

Un chiffre intéressant pour une entreprise qui ne communique pas beaucoup. Cela équivaudrait à un prix moyen de 120 millions de dollars par lancement, loin du prix moyen de 60 millions de dollars que SpaceX communique dans ses brochures commerciales.

Anne Bauer

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