SIDA plus vite que la réponse

SIDA plus vite que la réponse

Ce sont des milliers de médecins, de chercheurs, de militants, qui se retrouveront lundi à Amsterdam pour le 22.e World AIDS Conference, une grande messe internationale organisée tous les deux ans. Cette année, c'est un temps aérien étrange qui va flotter, avec le sentiment d'un nouveau risque qui pointe. "Le désintérêt nous menace", lâche Michel Sidibé qui dirige l'ONU-SIDA. A Paris, à la fin de la semaine dernière pour présenter le nouveau rapport sur l'état de l'épidémie dans le monde, ce haut fonctionnaire n'a pas caché ses préoccupations: "Nous sommes confrontés à un risque de laisser les choses se produire dans le contexte actuel, ce qui pourrait remettre en cause toutes nos réalisations." Comme si la mobilisation internationale abandonnait. Le moment est, en tout cas, paradoxal, avec de nouveaux succès et de nouvelles craintes de plus en plus concrètes. La proportion de personnes séropositives qui ont accès au traitement du sida n'a jamais été aussi élevée dans le monde; Cependant, le nombre de nouvelles contaminations est presque inexistant ou même en augmentation dans plusieurs pays. "C'est vrai, personne n'aurait jamais imaginé que nous aurions pu traiter 22 millions de personnes en 2018" rappelle Michel Sidibé. "Mais quand il s'agit de prévention, nous stagnons, nous avons le sentiment que l'épidémie va plus vite que notre réponse."

Voie maternelle-fœtale

C'est bien sûr d'abord sur le front épidémique que les signaux deviennent rouges: en 2017, il y a eu 1,8 million de nouvelles infections. C'est encore énorme. En tout cas, ça ne diminue plus. Nous parlons aujourd'hui d'une véritable crise de prévention; En conséquence, les nouvelles infections liées au VIH sont en hausse dans près de 50 pays et, à l'échelle mondiale, ce nombre n'a diminué que de 18% au cours des sept dernières années, passant de 2,2 millions en 2010 et 8 millions en 2017. Léger progrès Certains notent que la réduction du nombre de nouvelles infections à VIH a été la plus forte dans la région la plus touchée par le virus, à savoir l'Afrique orientale et australe, mais d'autres alarmés par le fait qu'en Europe orientale et en Asie centrale, les infections ont doublé et ont augmenté de plus d'un quart au cours des 20 dernières années au Moyen-Orient et au Moyen-Orient. Afrique du Nord. "Nous ne pouvons pas atteindre les populations les plus vulnérables, les populations les plus à risque" s'alarme Michel Sidibé.

En tant que symptôme de ces faiblesses, les progrès sur les enfants ralentissent. Les dernières données indiquent que les progrès réalisés pour eux ne sont pas durables. "Les enfants sont les outsiders" fait remarquer le directeur d'UN-AIDS qui note même qu'il y a un recul de la prévention de la mère à l'enfant alors que l'objectif était qu'il n'y ait plus de contamination materno-fœtale; en 2017, il y a 180 000 nouvelles infections chez les enfants et 110 000 décès.

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Les experts soulignent également la nécessité d'une nouvelle approche "Pour mettre fin à la violence contre les femmes". En 2017, environ 58% des nouvelles infections à VIH chez les adultes de plus de 15 ans ont affecté les femmes. Pourtant, toutes les études soulignent que la violence augmente la vulnérabilité au VIH. Plus d'une femme sur trois dans le monde a subi des violences physiques ou sexuelles. "L'inégalité, le manque d'autonomie et la violence contre les femmes sont des violations des droits de l'homme qui continuent de contribuer à l'apparition de nouvelles infections à VIH", insiste UN-SIDA.

Face à cela, la question du financement de la réponse globale est encore plus aiguë. Cette riposte s'écroule. "Nous constatons un déficit de 20% sur l'ensemble des ressources dont nous avons besoin: si nous poursuivons dans cette direction, 44 des pays les plus touchés pourraient ne plus être en mesure de faire face aux coûts de traitement de leur population", Michel Sidibé analyse. Cela représenterait 7 milliards de dollars par an, et ce déficit menace gravement l'objectif de l'ONU pour 2020: 90% des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut, 90% d'entre elles sont sous traitement, et parmi celles-ci, 90 % ont une charge virale indétectable. "Nous n'allons pas au rythme que nous nous sommes fixés", martelé le patron malien.

Services intégrés

Que faire, donc, pour ne pas régresser? Cette question sera au centre de la conférence d'Amsterdam. Si côté médical et scientifique, il ne devrait pas y avoir d'annonces particulières, c'est autour du modèle de réponse que les débats sont les plus vivants. Et ils ont déjà commencé, avec un appel signé par une trentaine d'experts dans la grande revue médicale La Lancette Le 21 juillet. Ces experts appellent à leurs souhaits "Un changement urgent de stratégies". Ils ont, ces mots très fermes: «Les outils et les stratégies de lutte contre le VIH sont inadéquats et, même si des progrès spectaculaires peuvent être réalisés en maximisant les stratégies actuelles de prévention et de traitement, la pandémie de VIH restera probablement un défi mondial majeur dans un proche avenir.

Ce groupe d'experts veut mettre un terme à ce qu'on a appelé «l'exceptionnalité du sida», c'est-à-dire un modèle unique de réponse, focalisé massivement uniquement sur le VIH. Ils appellent, eh bien, "La création de services intégrés qui répondent au VIH, mais aussi à d'autres maladies qui partagent les voies de transmission, affectant les mêmes groupes à risque et souvent coexistant chez les patients". Exemple: "Une telle offre comprendrait la santé sexuelle et reproductive, la tuberculose, l'hépatite virale, la toxicomanie et les troubles mentaux", a résumé l'un des signataires. "La communauté du sida doit faire cause commune dans le domaine de la santé mondiale", marteler ce groupe. "Cela pourrait revitaliser l'objectif de la santé mondiale de progresser vers la santé pour tous."

Certes, l'objectif est louable, mais toujours avec cette peur: briser le schéma d'hier n'est pas l'assurance de mettre en place le modèle de demain, surtout dans un contexte de déclin de la solidarité mondiale.

Eric Favereau

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