Que fait la Banque du Canada et comment fonctionne-t-elle?

FILE PHOTO: Un panneau est photographié à l’extérieur de l’édifice de la Banque du Canada à Ottawa, Ontario, Canada, le 23 mai 2017. REUTERS / Chris Wattie / File PhotoCHRIS WATTIE / Reuters

La Banque du Canada a été critiquée ces derniers mois pour l’inflation galopante, surtout par le candidat à la direction du Parti conservateur, Pierre Poilievre, qui tweeté en avril que l’institution est analphabète financièrement. Lors du débat à la direction des conservateurs de mercredi, M. Poilievre a déclaré que s’il formait le gouvernement, il destituerait le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem.

Le lendemain, le premier ministre Justin Trudeau a reproché à M. Poilievre d’avoir mis en péril l’indépendance de la Banque du Canada, ajoutant qu’il semble “soit mal comprendre cela, soit ne pas se soucier du tout des faits”.

Alors, que fait exactement la Banque du Canada, qui la dirige et comment cela affecte-t-il le Canadien moyen? Voici une ventilation.

Qu’est-ce que la Banque du Canada et où est-elle située?

La Banque du Canada est une société d’État et une institution financière au cœur de l’économie canadienne. Située à Ottawa, la banque centrale est responsable des billets de banque – autrement dit, de l’argent canadien – et de la politique monétaire : fixer les taux d’intérêt, stabiliser la valeur du dollar canadien et soutenir l’économie en cas de ralentissement. C’est également le banquier du gouvernement, qui gère ses programmes de dette publique et ses réserves de change, et il travaille avec d’autres régulateurs financiers pour assurer la stabilité du système bancaire.

Pourquoi avons-nous besoin d’une banque centrale, de toute façon ?

Le principal objectif de la Banque du Canada est de protéger le pouvoir d’achat du dollar canadien. Cela signifie maintenir l’inflation – la vitesse à laquelle les prix à la consommation augmentent – ​​faible et stable, à environ 2 % chaque année.

Dans le passé, la valeur de l’argent était liée à la quantité d’or dans les coffres des banques. Plus tard, le dollar canadien s’est fixé sur le dollar américain, qui à son tour a été rattaché à l’or. Ce système monétaire mondial s’est effondré dans les années 1970, obligeant les banques centrales à trouver d’autres moyens d’ancrer la valeur de leur monnaie. Dans les années 1990, la Banque du Canada a commencé le « ciblage de l’inflation », c’est-à-dire l’établissement d’une politique monétaire dans le but de maintenir l’inflation à environ 2 %.

La Banque du Canada agit également à titre de « prêteur de dernier recours » auprès des institutions financières en cas de panique financière ou de panique bancaire. Il peut le faire en raison de sa capacité unique à créer de l’argent à partir de rien. Il agissait à ce titre en mars 2020, lorsqu’il a injecté des milliards de dollars de liquidités dans le système financier pour empêcher les marchés du crédit du Canada de se bloquer alors que l’économie se bloquait.

Qu’advient-il de l’inflation?

Au cours de la dernière année, l’inflation a dépassé de loin l’objectif de la banque centrale, atteignant un sommet de 6,7 % en trois décennies en mars. Il y a un débat considérable sur les causes de cette inflation, mais la plupart des économistes conviennent qu’elle est due à une combinaison de blocages de la chaîne d’approvisionnement causés par COVID-19, une augmentation de la demande des consommateurs pour des biens durables au lieu de services pendant les fermetures pandémiques, des taux d’intérêt extrêmement bas , et un soutien gouvernemental massif aux entreprises et aux ménages pendant la pandémie. Plus récemment, l’invasion de l’Ukraine par la Russie a fait grimper les prix des matières premières, écrasant les gens à la pompe à essence et à l’épicerie.

Comment la banque contrôle-t-elle l’inflation ?

La Banque du Canada contrôle l’inflation en influençant la demande dans l’économie. Il ne peut pas faire grand-chose pour faire baisser les prix mondiaux des matières premières ou résoudre les problèmes de la chaîne d’approvisionnement, mais il peut modérer la demande de biens, de services et de logements en ajustant les coûts d’emprunt. Lorsque l’économie tourne à plein régime et que les prix augmentent trop rapidement, la banque augmente les taux d’intérêt pour faire baisser la demande.

En pratique, la banque centrale modifie les taux d’intérêt principalement en ajustant son taux directeur : le taux d’intérêt à court terme qui détermine le montant que les banques commerciales paient pour les prêts au jour le jour. Ce taux à court terme influence les autres taux d’intérêt dans l’économie. La banque peut également influencer les taux en communiquant avec les marchés financiers et en achetant d’énormes quantités d’obligations d’État auprès des investisseurs – une pratique connue sous le nom d’assouplissement quantitatif (QE). La BoC a utilisé le QE pour la première fois pendant la pandémie, achetant pour plus de 300 milliards de dollars d’obligations d’État. La critique de M. Poilievre à l’égard de la Banque du Canada porte en grande partie sur son utilisation du QE.

La banque a maintenu les taux d’intérêt à des niveaux record pendant les deux premières années de la pandémie pour soutenir l’économie. La production économique et l’emploi se sont redressés depuis, et l’économie est maintenant en surchauffe, ce qui aggrave les pressions inflationnistes. La banque a pivoté en mars et a commencé à relever son taux d’intérêt de référence. Il a relevé le taux à deux reprises – y compris une augmentation surdimensionnée d’un demi-point de pourcentage en avril – et a indiqué que d’autres hausses de taux sont en cours. Cela équivaut au cycle de hausse des taux d’intérêt le plus rapide depuis des décennies.

Le taux de référence est actuellement de 1 %, et les responsables de la Banque du Canada ont déclaré qu’ils avaient l’intention de le ramener entre 2 et 3 % assez rapidement.

Comment la hausse des taux d’intérêt affectera-t-elle le Canadien moyen?

Lorsque les taux d’intérêt augmentent, l’emprunt devient plus cher. La plupart des Canadiens subissent des taux d’intérêt par le biais de prêts hypothécaires et de diverses formes de dettes à la consommation, notamment les cartes de crédit, les prêts personnels et les prêts automobiles.

Les banques commerciales ont déjà commencé à augmenter les taux hypothécaires en réponse aux mesures prises par la Banque du Canada. Le taux préférentiel, que les banques utilisent pour calculer les taux d’intérêt sur les prêts hypothécaires à taux variable et les marges de crédit sur valeur domiciliaire, est passé à 3,2 %, contre 2,45 % en 2021. Les taux d’intérêt des prêts hypothécaires à taux fixe ont également augmenté.

La majorité des propriétaires canadiens ont des hypothèques à taux fixe, ce qui signifie qu’ils ne ressentiront pas de taux plus élevés jusqu’à ce qu’ils les renouvellent. De même, de nombreux prêts hypothécaires à taux variable ont des versements fixes, ce qui signifie que les titulaires de prêts hypothécaires ne seront pas confrontés à une augmentation soudaine des dépenses mensuelles à mesure que le taux préférentiel augmente. Cependant, ils devront payer plus d’intérêts et moins de capital chaque mois.

Les répercussions les plus importantes des hausses de taux d’intérêt ont tendance à se faire sentir sur le secteur immobilier de l’économie, et la banque s’attend à ce que les coûts d’emprunt plus élevés enlèvent une partie du carburant du marché canadien de l’habitation. Certains signes indiquent que les marchés de l’habitation les plus en vogue au Canada ont déjà commencé à se refroidir. Les ventes de maisons à Toronto ont chuté de 27% en avril par rapport au mois précédent, et un indice qui mesure les prix des maisons dans la ville a montré la première baisse mensuelle depuis octobre 2020.

La BdC surveillera de près le marché de l’habitation alors qu’elle relève les taux. Sa hauteur et sa vitesse de déplacement pourraient dépendre de la stabilité du marché du logement.

Qui s’occupe de tout ça ?

La banque est dirigée par un gouverneur nommé par le gouvernement pour un mandat de sept ans. Le gouverneur actuel, Tiff Macklem, a commencé son mandat en juin 2020. Le commandant en second est la sous-gouverneure principale Carolyn Rogers, qui a commencé son mandat en décembre 2021.

La banque est supervisée par un conseil composé du gouverneur, le premier sous-gouverneur et 12 membres indépendants nommés chacun pour trois ans. Le sous-ministre des Finances, Michael Sabia, siège également au conseil en tant que membre sans droit de vote.

Les décisions de politique monétaire sont prises par un conseil d’administration distinct de sept membres, composé de M. Macklem, de Mme Rogers et de cinq autres sous-gouverneurs. Ils se réunissent toutes les six à huit semaines pour décider des taux d’intérêt et d’autres questions de politique monétaire. Ces décisions sont annoncées publiquement, donnant le ton aux marchés financiers du Canada.

Quel pouvoir le gouvernement a-t-il sur la Banque du Canada?

La Banque du Canada exerce ses activités au jour le jour indépendamment du gouvernement, bien qu’Ottawa fixe les objectifs généraux de la politique monétaire de la banque tous les cinq ans. Le Le principe de l’indépendance de la banque centrale est une pierre angulaire du système économique et financier du Canada. L’approche est basée sur l’idée que le contrôle de l’inflation nécessite parfois des décisions difficiles que les politiciens sont peu susceptibles de prendre, comme augmenter les taux d’intérêt pour refroidir l’économie.

Si le ministre des Finances a le pouvoir de diriger un gouverneur de banque centrale en cas de désaccord majeur sur la politique monétaire, ce pouvoir n’a jamais été utilisé. Le gouvernement est tenu de publier la directive, qui, selon la plupart des analystes, entraînerait la démission immédiate du gouverneur et déclencherait une crise politique.

Aucun gouvernement n’a jamais officiellement limogé un gouverneur de banque centrale, mais il existe un exemple d’un Premier ministre qui a effectivement forcé un gouverneur à démissionner. En 1961, le premier ministre John Diefenbaker a eu une querelle publique avec le gouverneur de l’époque, James Coyne, au sujet de désaccords sur la politique monétaire et économique. M. Diefenbaker a tenté de congédier le gouverneur en obtenant du Parlement qu’il déclare son poste vacant. Le Sénat a rejeté cette décision, mais M. Coyne a par la suite démissionné.

Avec un rapport de Matt Lundy

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