Allemagne : Pari sur les deux voies de la fusion nucléaire, mais un choix s’impose
Berlin – L’Allemagne maintient un financement parallèle pour les deux principales approches de la fusion nucléaire : la fusion magnétique et la fusion laser, dans le cadre de son program “Fusion 2040”. Cette stratégie est également reflétée dans le récent Agenda de haute technologie allemand, signalant une reconnaissance de l’expertise allemande dans les technologies laser, les composants optiques et la production de balles de carburant nécessaires à la fusion laser.
Si cette approche permet de soutenir un tissu industriel allemand solide, elle soulève des questions sur la concentration des ressources. Selon Roberto Rovereda, directeur général de Gauss Fusion, l’Allemagne devra à terme choisir une voie. Bien qu’il plaide pour la fusion magnétique, il reconnaîtrait un choix gouvernemental en faveur de la fusion laser. “Nous n’avons pas les ressources pour travailler efficacement sur les deux technologies simultanément”, a-t-il déclaré.
Cette situation intervient alors que les entreprises européennes ambitionnent de passer d’un rôle de fournisseurs de composants à celui de développeurs et constructeurs de centrales de fusion à part entière. Rovereda met en garde contre le risque de voir les entreprises européennes submergées par les commandes américaines, compromettant ainsi leur capacité à soutenir les projets européens de fusion.
Contexte : La course à la fusion nucléaire
La fusion nucléaire, le processus qui alimente le soleil, est considérée comme une source d’énergie propre, sûre et quasi-illimitée. Elle promet de révolutionner le paysage énergétique mondial en offrant une alternative durable aux combustibles fossiles et à la fission nucléaire.
Deux approches dominent la recherche :
La fusion magnétique : Utilise de puissants champs magnétiques pour confiner un plasma extrêmement chaud, permettant aux noyaux atomiques de fusionner. Le projet ITER en France est un exemple majeur de cette approche. La fusion laser : Utilise des lasers de haute puissance pour comprimer et chauffer une petite cible de combustible, déclenchant ainsi la fusion. La National Ignition Facility (NIF) aux États-Unis a récemment réalisé une avancée significative en atteignant l’ignition, c’est-à-dire en produisant plus d’énergie qu’il n’en a fallu pour initier la fusion.
L’investissement continu dans les deux technologies, comme le fait l’Allemagne, témoigne de l’incertitude quant à la voie la plus prometteuse vers une énergie de fusion viable. Le choix final aura des implications majeures pour l’avenir de la recherche et du développement dans ce domaine crucial.
