Pourquoi le PSA français et le covoiturage italo-américain FCA

C'est presque fini. Suite à l'accord de leurs conseils de surveillance respectifs, PSA et Fiat-Chrysler Automobiles ont décidé jeudi de créer un nouveau géant de l'automobile. Les deux entités dont la fusion va donner naissance au numéro quatre mondial du secteur entreront désormais en négociations exclusives pour finaliser leur contrat de mariage dans les prochaines semaines. Les détails de la plus grande fusion jamais vue dans l'industrie automobile européenne en trois questions.

Qui détiendra le pouvoir?

Les deux constructeurs se sont mis d'accord sur le principe d'une fusion d'égaux, ce qui signifie que les actionnaires respectifs des deux groupes détiendront chacun la moitié du capital. Cinq membres du conseil d'administration seront nommés par Fiat-Chrysler et les cinq autres par PSA, le onzième représentant étant Carlos Tavares, actuel patron du constructeur français, qui deviendra directeur général de ce nouveau groupe, tandis que John Elkann, président de Fiat- Chrysler, va prendre la barre de son conseil. Les familles Peugeot (12,23% du PSA) et Agnelli (29% du FCA) verront leurs actions respectives diluées à 14,5% du nouveau complexe de la dynastie industrielle de Turin et à 6% des héritiers du constructeur Sochaux. Les principaux actionnaires du nouveau groupe (les deux familles, l’État français via bpifrance et la société chinoise Dongfeng) seront tenus pendant sept ans de ne pas vendre leurs titres sans l’accord des autres.

Lire aussiFiat-Chrysler et PSA, futurs compagnons de voyage

Pour rééquilibrer les évaluations respectives des deux groupes (23,3 milliards d’euros pour PSA et 20,2 milliards pour Fiat-Chrysler) et réaliser cette fusion à 50-50 par échange d’actions, FCA distribuera à ses actionnaires un dividende exceptionnel de 5,5 milliards d’euros. Pour sa part, PSA leur donnera les 46% qu’il détient dans l’équipementier Faurecia pour 3 milliards d’euros. Le siège de la nouvelle entité sera basé aux Pays-Bas, réputé pour son système fiscal avantageux et où se trouvent déjà Fiat-Chrysler et Renault-Nissan. La législation permet aux sociétés multinationales de déduire de leur imposition leurs pertes enregistrées à l'étranger sans que leurs bénéfices soient pris en compte. De quoi payer peu ou pas d’impôt, même lorsque ces groupes récoltent des bénéfices confortables, de l’ordre d’un milliard d’euros par an pour Philips, Airbus ou Shell, également situés en Hollande. Jusqu'à présent, la loi ne prévoyait aucun délai, mais la nouvelle législation prévoit désormais un délai maximum de trois ans pour la déclaration des pertes subies à l'étranger.

Comment réagissent les gouvernements français et italiens et les syndicats?

Le projet bénéficie des faveurs de l'Etat français et de la neutralité du gouvernement italien qui ne détient aucune participation dans Fiat. Dans les deux pays, la principale préoccupation est l'emploi. Le gouvernement a indiqué qu'il serait "Particulièrement vigilant" sur le maintien de l’empreinte industrielle hexagonale de PSA, la localisation de ses centres de décision et l’engagement de la nouvelle entité en faveur de la création d’un secteur européen des batteries. En France, PSA dispose de 5 usines de production de véhicules et de 12 sites de production de composants et de fonderies, ce qui représente 53 000 emplois sur 117 000 dans le monde. Du côté italien, où Fiat Chrysler emploie 58 000 personnes dans des usines à surcapacité chronique, le vice-ministre de l'Economie, Antonio Misiani, a déclaré qu'il "Vital pour préserver les sites" et maintenir les cinq milliards d'euros d'investissement promis par FCA dans ses usines italiennes d'ici 2021.

Les deux groupes ont affirmé que les synergies attendues de cette fusion, d'environ 3,7 milliards d'euros, "Ne sont pas basés sur des fermetures d'usine". Des deux côtés des Alpes, les syndicats, rassurés par cette annonce, expriment leur gentillesse pour un projet à "Dynamique industrielle positive" en mutualisant les investissements des deux groupes dans la transition énergétique. La CGT, troisième syndicat de PSA après FO et la CFE-CGC, s’inquiète d’une opération visant à accroître la rentabilité et les bénéfices, "Ce qui ne peut être fait que sur le dos des employés en France, en Italie et aux États-Unis", comme le dit Jean-Pierre Mercier, représentant du syndicat central.

Quelle sera la stratégie du nouvel ensemble?

Complémentaires géographiquement et de taille sensiblement égale, les deux groupes, qui se connaissent depuis longtemps et qui sont suffisamment proches sur le plan culturel du fait de leurs origines familiales, ont plusieurs objectifs en tête. Cela permettrait à PSA, masse critique trop faible avec ses 3,9 millions de véhicules vendus en 2018 et très concentré sur l'Europe (88% du chiffre d'affaires au premier semestre), d'ouvrir les portes du marché américain et de l'Amérique latine grâce au succès de la Dodge et Jeep de son allié. FCA, pour sa part, consoliderait ses positions en Europe, où ses marques italiennes sont en perte de vitesse. Un autre défi majeur pour FCA, qui doit absolument verdir sa gamme sinon il risque de lourdes pénalités avec la nouvelle législation européenne, ce mariage lui donnera accès à la plate-forme électrique PSA et à ses technologies associées dans l’hybride rechargeable, l’hydrogène, toutes les batteries, etc. Quoi de mieux pour amortir ces investissements pour PSA et sortir de son statut de fabricant "régional" avec, pour les deux groupes, un renforcement de leur capacité d'achat et leurs marges opérationnelles à la clé.

"Cette fusion pourrait être nécessaire aujourd'hui avec la nouvelle réglementation. Il est préférable d'être plus gros pour pouvoir absorber des coûts de développement relativement plus élevés", a déclaré Gaëtan Toulemonde, analyste à la Deutsche Bank. Dernier atout, le nouvel ensemble, qui compte 13 marques dont 5 de PSA (Peugeot, Citroën, DS, Opel et Vauxhall) et 8 de FCA (Fiat, Chrysler, Alfa Romeo, Jeep, Abarth, Lancia, Maserati, Dodge), couvrent toute la gamme automobile, des véhicules de base au luxe, en passant par les citadines à succès (Fiat 500), les grandes berlines et autres VUS.

Christophe Alix

PSA Peugeot Citroën (t) Fiat Chrysler Automobiles (t) Milliards (t) Actions (t) Euro (t) Syndicat (t) Investissement (t) Fusion (t) Italie (t) Automobile (t) France (tToTranslate) t) Loi (t) français (t) Batterie (t) Industrie (t) Production (t) Jeep (t) États-Unis (t) Dodge (t) Conseil de surveillance (t) Europe (t) Fiscalité (t) Employés (t) Conseil de

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.