Pourquoi le droit international doit reconnaître les réfugiés climatiques

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Lorsque les ouragans Eta et Iota ont déferlé sur l’Amérique centrale en novembre 2020, ils ont inondé des villes et des villages, causé des pertes catastrophiques dans le secteur agricole et contribué à l’insécurité alimentaire. Dans tout, 4,7 millions de Honduriens ont été touchés, et des dizaines de milliers ont décidé de partir, formant caravanes de migrants dans une tentative désespérée de reconstruire leur vie aux États-Unis.

Les scientifiques ont finalement lié cette saison record des ouragans de l’Atlantique à changement climatique, indiquant clairement que le changement climatique influence déjà la migration.

Mes recherches étudient les relations entre le droit, les personnes et l’environnement. Dans réfugié loi, une personne devient réfugiée lorsqu’elle a une crainte fondée d’être persécutée dans son pays d’origine. La persécution est actuellement limitée aux motifs de race, de religion, de nationalité, d’appartenance à un groupe social particulier ou d’opinion politique. Cela signifie que lorsque des personnes se déplacent en raison de la dégradation de l’environnement ou d’une catastrophe, elles ne sont pas, au sens juridique du terme, des « réfugiés ».

Mais le droit international des réfugiés et des droits de l’homme ne peut plus se concentrer uniquement sur la persécution sociale et politique. Il doit être remanié pour prendre en compte le changement climatique et inclure les “environnements meurtriers” comme une forme de persécution.

Le concept d’environnements mortels rend compte des conditions sociales, politiques et écologiques qui obligent quelqu’un à se déplacer. L’inclure dans les définitions juridiques établirait que l’environnement contribue aux conditions de privation des droits de l’homme et de persécution.

Environnements meurtriers absents du droit des réfugiés

La Banque mondiale estime que sans des efforts radicaux et concertés pour ralentir le changement climatique, 216 millions personnes seront déplacées à l’intérieur de leur propre pays d’ici 2050. Avec l’ampleur de la migration induite par le climat, il est inévitable que des millions chercheront refuge au-delà des frontières, même s’ils sont invisible au droit des réfugiés.

Les chercheurs en migration s’accordent à dire qu’il est souvent inexact de lier les choix migratoires à un seul événement. Il est devenu courant d’examiner le changement climatique comme un ensemble de facteurs, y compris violence, conflit et catastrophe.

La rapidité incertaine des dérèglements climatiques complique encore les choses. Leur apparition peut être lente, comme les sécheresses continues qui causent l’insécurité alimentaire, ou rapide, comme les ouragans et les inondations qui détruisent les maisons et les récoltes.

Dès lors, comment définir les personnes déplacées par le climat ? Il n’existe pas de définition internationalement acceptée des migrants impactés par le climat.

L’Association canadienne des avocats et avocates en droit des réfugiés utilise le terme “migrant climatique“, alors qu’un rapport de la Maison Blanche utilise”migration liée au changement climatique” comme terme générique. Certains utilisent le terme migrants environnementaux, d’autres utilisent personnes déplacées par l’environnement. Comme d’autres valeurs aberrantes catégoriques, j’utilise l’expression réfugiés climatiques pour souligner le libre arbitre de ceux qui cherchent refuge.

Le débat sur les définitions passe à côté de l’essentiel. Comme l’explique le géographe britannique Calum TM Nicholson, “la question clé n’est pas la cause du mouvement, mais les violations des droits subies par les migrants.”

Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, le changement climatique a une incidence sur les droits humains à la vie, à l’autodétermination, au développement, à la santé, à l’alimentation, à l’eau et à l’assainissement, au logement convenable et aux droits culturels. Il suffit de penser aux 400 000 éleveurs du Sud de l’Éthiopie qui ont été déplacées par la sécheresse liée au climat entre 2015 et 2019. Elles continuent d’avoir besoin d’aide pour la nourriture, l’eau et un abri.

Environnements meurtriers et pratiques frontalières

En déplaçant l’attention sur les environnements meurtriers, il est clair qu’ils sont produits non seulement par le changement climatique, mais aussi par les pratiques maintenues le long des frontières.

Le Transnational Institute, un institut international de recherche et de plaidoyer, rapporte que les pays les plus riches du monde dépensent plus pour militariser leurs frontières que pour répondre à la crise climatique. Cela comprend souvent la construction de murs, le développement de technologies de surveillance et l’embauche de gardes-frontières armés. Selon l’institut, les pays riches construisent un “mur climatique mondial” pour empêcher les personnes contraintes de migrer en raison du changement climatique aux conséquences mortelles.

Dans son livre La mort de l’asile : géographies cachées de l’archipel des forces de l’ordre, Alison Mountz, géographe à l’Université Wilfrid Laurier, décrit le développement constant du traitement des demandes d’asile dans des endroits éloignés des frontières physiques, comme Les camps de traitement offshore d’Australie en Papouasie-Nouvelle-Guinée et à Nauru. Mountz soutient que la croissance des centres de détention offshore contribue à la mort physique des demandeurs d’asile, ainsi qu’à leur mort politique, alors que les nouvelles de migrants noyés deviennent banales et normalisées.

le Organisation internationale des Nations Unies pour les migrations (OIM) a documenté la mort de près de 46 000 migrants en route vers la sécurité depuis 2014. On estime que 23 000 se sont noyés dans la mer Méditerranée.

Le passage frontalier entre les États-Unis et le Mexique est particulièrement meurtrier, avec 2 980 décès recensés depuis 2014. Selon l’OIM, les « principales causes directes de décès identifiées dans cette zone sont la noyade… et les décès causés par des conditions environnementales difficiles et le manque d’abri, de nourriture et d’eau ».

Le droit international des réfugiés et des droits de l’homme doit être révisé de toute urgence pour reconnaître les environnements meurtriers comme des sites de persécution.

Vers un nouveau régime de protection

L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés a déjà établi des liens entre le changement climatique et la persécution. Il constate que lorsqu’un État n’est pas disposé à répondre aux besoins humanitaires qui résultent du changement climatique, il y a un “risque de violations des droits de l’homme équivalant à des persécutions.”

Les environnements meurtriers, y compris ceux transformés par le changement climatique, que ce soit soudainement ou sur de longues périodes, doivent être considérés comme des sites de persécution. Leur présence devrait déclencher l’obligation de l’État de fournir une protection aux personnes déplacées de force par le changement climatique.

Au centre de cet effort se trouve l’établissement de relations entre la loi, les humains et l’environnement. C’est un pas vers la reconnaissance que les personnes déplacées par climat changement sont, en fait, des réfugiés.


Les États-Unis doivent agir pour protéger les migrants climatiques, selon un rapport du gouvernement


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Citation: Les catastrophes environnementales alimentent les migrations : pourquoi le droit international doit reconnaître les réfugiés climatiques (14 janvier 2022) récupéré le 14 janvier 2022 sur https://phys.org/news/2022-01-environmental-disasters-fueling-migration-international.html

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