PORTRAIT. En Colombie, il y a Shakira… et Nairo Quintana . Sport

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« La saison a été compliquée après mon opération des deux genoux l’année dernière, mais je finis bien avec une 11e place au Tour de Lombardie. Ça permet d’être optimiste pour 2022. »

De retour du nord de l’Italie, Nairo Quintana était de passage, la semaine dernière, en Bretagne au siège de son équipe Arkéa-Samsic à Bruz (Ille-et-Vilaine), avant de se rendre à la présentation du Tour de France. Au programme, débrief de la saison avec le staff et essayage des nouveaux équipements techniques.

Une escale en toute simplicité. Dans les salons du domaine de Cissé-Blossac, où il a accepté de nous rencontrer, les clients sont peu nombreux à se douter que ce petit homme de 1,67 m pour 59 kg, en survêtement noir dont la seule coquetterie est cette coupe de cheveux toujours impeccable, est sans doute le sportif le plus populaire dans son pays. « Il y a eu Lucho Herrera, mais Nairo c’est le n°1 en Colombie, même devant Egan Bernal. Car il est le premier à avoir gagné un grand tour, assure Emmanuel Hubert, le manager de l’équipe Arkéa-Samsic. Dans plusieurs taxis, là-bas, je me suis amusé à demander quels étaient le sportif le plus respecté et la personnalité la plus connue. Deux noms ressortaient : Shakira et Quintana. »

Sur un vélo, c’est un boxeur

Lui qui semble si réservé, presque timide, dans le peloton ou au micro des journalistes lors du Tour de France, est une vedette à l’immense popularité. Au point de faire la version colombienne de l’émission Masque Chanteur, début octobre, au cours de laquelle il a interprété un remix reggaeton de Rythme de la nuit dans un costume de caméléon.

Un reptile qui finalement correspond bien au coureur qui change de couleur selon le contexte. Il est capable de pousser la chansonnette sur un plateau de télé, mais surtout de pousser fort sur les pédales dès que la route s’élève. Quintana est aussi ambassadeur de l’Unicef en Amérique latine. Il profite, enfin, de sa renommée internationale pour défendre le monde paysan dont il est issu.

Car avant d’être cette vedette du cyclisme, défendant les couleurs d’une équipe bretonne, Quintana est avant tout un enfant de Tunja, une ville perchée à 2 800 m d’altitude, dans la région du Boyaca, dans la Cordillère orientale des Andes. « Pour comparer sa région natale, c’est un peu notre Bretagne des années 60-70 où il y a beaucoup d’agriculture, de travail des champs, décrit Manu Hubert. Je pense que son énergie vient de là. Depuis tout petit, il est habitué à avoir cette relation avec le travail. »

C’est d’ailleurs à Tunja, raconte Guy Roger dans son livre Bernal et les fils de la Cordillère (1), que Quintana achète son premier vélo à 16 ans. Un vieux VTT avec lequel il va à l’école. C’est de cette région que viennent son mental et sa volonté. « Sur un vélo, c’est un boxeur, il ne donne jamais aucun round », dit de lui sont le premier mentor, Luis Fernando Saldarriaga. « Nairo, ce n’est pas un pleureur, c’est un vrai guerrier », confirme Yvon Ledanois, le directeur sportif d’Arkéa-Samsic, relatant le Tour 2020, où le coureur colombien a terminé la Grande Boucle avec une fracture de la rotule après une chute. « Je suis comme ça. On peut toujours chercher des excuses et abandonner, ce n’est pas mon style, assure Nairo Quintana. Cela vient de la culture des gens de ma région. Ce sont des personnes qui travaillent tout le temps. Ils ne regardent pas les autres, ils ne se lamentent pas, ils sont travailleurs. Là-bas, les problèmes ne sont pas des problèmes, tout a une solution. C’est la mentalité. Tout est possible. »

À la bataille pour le maillot à pois

Des durs au mal pour qui le vélo semble facile, surtout lorsque votre terrain d’entraînement est à plus de 2 000 m. Et puisque le vélo est le moyen de transport des classes populaires, pas étonnant que le cyclisme soit devenu le sport roi. « Le premier devant le foot », assure Quintana, dont les victoires sur le Giro et la Vuelta (2014 et 2016) lui confèrent une plus grande aura que Falcao. Les gens s’identifient aux cyclistes professionnels. « Les gens s’identifient aux coureurs. »

Ce tempérament, Nairo Quintana l’a montré de nouveau cet été sur les routes du Tour. Notamment durant l’étape dantesque de Tignes (9e étape) où « la puce de Boyaca » s’est joué de la pluie et du froid pour décrocher le maillot à pois des épaules de Woet Poels. Il le gardera quatre jours. « L’équipe a fait un bon travail. Je l’ai trouvée forte pour faire la guerre et gagner le maillot. Mais au final, Pogacar était le plus fort. Cependant, avoir porté le maillot est pour nous une belle satisfaction. D’autant plus sur ce Tour particulier où on a eu beaucoup de malchance. Warren, Nacer et les autres ont chuté. On ne termine qu’à trois coureurs, c’était difficile pour l’équipe. Malgré ça, on a bien figuré. » À Paris, il termine 5e du classement général du meilleur grimpeur.

Quintana est actuellement en vacances dans son pays natal. Trois petites semaines de coupure, avec tout de même « marche à pied, natation et VTT au programme ». En décembre, il remontera en selle pour sa dixième saison chez les pros, avec un premier stage. Débarrassé de ses soucis physiques, le coureur colombien va tout d’abord s’aligner sur Paris-Nice (6 au 13 mars), une course au soleil qu’il affectionne. Il sera alors temps de se fixer des objectifs pour le Tour de France 2022. « Avec toutes ces étapes de montagne, il est bien pour moi. Cela peut être un bon Tour pour l’ensemble de l’équipe, nous pouvons en effet envisager de l’appréhender de différentes manières. » Un Top 10, le maillot à pois… Mais c’est surtout une victoire d’étape dont rêve son manager. Or, « l’Alpe d’Huez est une étape qui me plaît ».
Ce serait la belle rencontre au sommet de deux légendes.

(1) : édition L’Équipe et solaire.

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