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POINT DE VUE. « Biden : Un portrait fissuré par le désastre afghan »

by Nouvelles

La désastreuse gestion du retrait d’Afghanistan n’a pas fini de hanter Joe Biden. Le président des États-Unis en sort très affaibli, à l’intérieur et à l’international.

Pour la première fois, la majorité des Américains désapprouvent son action. Les mécontents l’ont emporté sur les satisfaits à partir du 19 août, quatre jours après la chute de Kaboul.

Imprévoyance de Biden

Biden n’a jamais été un président en position de force. Doté d’une mince majorité au Congrès, il est arrivé au pouvoir avec moins de soutien que ses prédécesseurs récents, sauf Trump. Avant même le fiasco afghan, sa cote accusait un repli, dû surtout à la crise migratoire à la frontière sud et à la reprise de l’épidémie.

Malgré les images sidérantes de l’aéroport de Kaboul et l’attentat qui tua notamment 13 soldats américains, Biden parle de « succès extraordinaire ». Sa défense tient en ce que les États-Unis devaient quitter l’Afghanistan et qu’il assume cette décision.

Un argument spécieux qui tend à masquer l’imprévoyance de Biden. La vraie question, en effet, n’était pas rester ou partir, mais comment gérer le retrait pour que l’image, la crédibilité et les alliances des États-Unis ne soient pas ébranlées.

Depuis qu’un de leurs commandos a tué Ben Laden, abrité en 2011 par l’étrange allié pakistanais de Washington, la plupart des Américains, à part des « faucons » tels Bush fils ou Hillary Clinton, souhaite le retrait d’Afghanistan.

De Bush à Biden en passant par Obama et Trump

De fait, il y a continuité entre Trump et Biden sur la nécessité du retrait. Biden a d’ailleurs gardé l’accord très imparfait conclu entre Trump et les talibans, se bornant à retarder le départ.

Lors de la présidentielle, Biden s’était dépeint comme tout ce que Trump n’était pas : compétent, expert en politique étrangère, sérieux, empathique, fiable.

Ce portrait est désormais fissuré. La majorité des Américains ne pensent plus que Biden soit « compétent, concentré et efficace ». Ils jugent qu’il n’avait « pas de plan » pour évacuer les civils dont certains, Américains et Afghans, restent coincés en Afghanistan.

Si la responsabilité du désastreux retrait incombe d’abord au chef actuel de l’exécutif, la faillite de la guerre en Afghanistan appartient à tous les responsables américains : de Bush à Biden en passant par Obama et Trump, de la Maison Blanche au Congrès en passant par le Pentagone, le Département d’État ou les agences de renseignement. Sans oublier les « think tanks » qui les conseillent ou les entreprises du secteur de la défense.

Des Américains trompés par leur élite dirigeante

Depuis les attentats de 2001, les Américains réclament une redéfinition, voire une rupture, de la relation de leur pays avec l’Arabie Saoudite et le Pakistan qu’ils considèrent comme les vrais parrains d’Al-Qaïda, au contraire des talibans ou de Saddam Hussein. Depuis longtemps, ils veulent que l’argent dépensé en Irak et Afghanistan soit investi aux États-Unis.

Or, les Américains n’ont pas été entendus par leur élite dirigeante et ont même été trompés par elle : mensonges de l’administration Bush sur les justifications de l’invasion de l’Irak et des administrations suivantes sur la situation en Afghanistan. Les Américains vont devenir encore plus non-interventionnistes. Leurs dirigeants auront beaucoup de mal à les persuader d’appuyer tout nouvel engagement militaire.

Pour Biden, la seule bonne nouvelle, mais seulement au regard de la politique politicienne, est que la prochaine échéance électorale n’interviendra pas avant novembre 2022.

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