Plan de relance en Europe: Macron et Merkel contre le “club radin”

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À Strasbourg et à Bruxelles, leurs petits surnoms parcourent les couloirs des institutions européennes. La «Ligue hanséatique», disent les plus aimables; le “club radin”, cinglant leurs adversaires. Les diplomates français les qualifient de “frugaux”: la Suède, le Danemark, l’Autriche et les Pays-Bas, déterminés à renverser le plan de relance franco-allemand.

Présenté lundi 18 mai, l’accord surprise conclu entre Emmanuel Macron et Angela Merkel vise à soutenir l’économie de l’Union européenne (UE), durement touchée par la pandémie de Covid-19. Sur la table, 500 milliards d’euros financés par une dette commune, c’est-à-dire mutualisée. Avec une première audacieuse: autoriser la Commission européenne à emprunter sur les marchés au nom de l’UE puis transférer cet argent aux Etats membres, en privilégiant les “secteurs et régions les plus touchés”.

Accord historique pour certains … catastrophique pour le quatuor, qui n’a pas hésité à torpiller l’initiative Paris-Berlin. “Nej”, “Nee”, “Nein” … Depuis lundi, les quatre chefs de gouvernement attaquent “non”. Pas question, soutiennent-ils, de payer à nouveau pour les «pays cigales» du Sud qui dépensent sans compter. Dans leur viseur (notamment), l’Italie et l’Espagne, durement touchées par l’épidémie, et bien d’autres mauvais élèves à leurs yeux … dont la France.

La Commission présentera son propre plan mercredi

La confrontation peut donc commencer entre les quatre pays et l’axe franco-allemand. La première étape se jouera mercredi 27 mai à Bruxelles, lorsque la Commission européenne présentera sa proposition de budget européen pour la période 2021-2027 (sur laquelle les Vingt-Sept doivent se mettre d’accord à l’unanimité). Ursula von der Leyen, la patronne de l’exécutif européen, présentera à cette occasion son propre plan de relance.

Tiendra-t-elle compte de la version Macron-Merkel ou ne sera-t-elle qu’une synthèse sans panache? «Nous ne voudrions pas que tout recommence à zéro ou que nous nous rabattions sur les blocages des pays frugaux sur la nécessité d’une solidarité budgétaire européenne. Si nous considérons que le compte n’est pas là, nous le dirons immédiatement », prévient une source du gouvernement français.

De leur côté, les quatre ont annoncé mercredi qu’ils proposeraient leur propre plan de relance: encore des milliards, mais sous forme de prêts (remboursables par les pays emprunteurs donc) et conditionnés à l’adoption de réformes, comme celle-ci avait été imposée dix ans il y a sur la Grèce en pleine faillite. “Moins la Commission adoptera la proposition franco-allemande, plus ces pays se sentiront renforcés. C’est pourquoi nous disons à Ursula von der Leyen: Je n’ai pas la main tremblante », Dit-on du côté du quai d’Orsay.

Ne “bloquez pas tout”

Les semaines de négociations s’annoncent longues, éprouvantes et incertaines … comme toujours lorsque l’unanimité des Vingt-Sept est requise. “Ils vont fuir pour de bon, vu l’enjeu, mais les quatre auront du mal à se mettre pour toujours dans le chemin du rouleau compresseur franco-allemand”, estime Jean-Dominique Giuliani, président de Robert-Schuman, l’un des les principaux groupes de réflexion sur l’Europe. «Il s’agira donc de les rassurer sur la gestion des dépenses. Dans ce cas, c’est la Commission qui sera à la barre pour les accorder à tous, de manière équitable. “

Parmi les quatre “radins”, Bernard Guetta, député européen élu en mai 2019 sur la liste pro-Macron, ne voit pas “le Danemark et la Suède” se démanteler jusqu’au bout “contre l’accord présenté ce lundi. En Autriche, l’ultra-conservateur sera-t-il Sebastian Kurz, en charge du gouvernement, prend le risque de briser sa fragile coalition avec les écologistes, favorable au plan Macron-Merkel? Reste l’os hollandais, ennemi des dépenses publiques, surtout lorsqu’il se déplace du nord au sud. “Les Pays-Bas se considèrent comme le nouveau Royaume-Uni de l’UE, contre tout ce qui ressemble à une Europe plus intégrée. Sauf qu’ils n’ont pas le poids de l’économie britannique, juge Bernard Guetta. Ils enquêteront sur le monde jusqu’au bout, mais Je ne crois pas, finalement, qu’ils se chargeront de tout bloquer. “” Les Pays-Bas sont conscients que face à une crise extraordinaire, la solidarité doit prévaloir “, analyse le journaliste néerlandais Stefan de Vries. Ils sont également pr agmatique, sachez que pour gagner de l’argent, il faut sauver l’économie européenne. “

Le 18 juin, il appartiendra aux chefs d’État ou de gouvernement de décider, à l’occasion d’un sommet européen par visioconférence ou, si les conditions de santé le permettent, “physiquement”. Parce que rien ne vaut les contacts quand les enjeux sont si élevés.

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