Paris va-t-il brûler? - Libération

C’est le week-end de toutes les peurs. Gouvernement, police, élus de tous bords, mais aussi résidents, craignent que Paris ne redevienne un vaste champ de bataille. Vendredi, la capitale fermerait, presque résignée à encaisser les affrontements. Bunkérisés, concerts annulés à Bercy, matchs de football reportés, tout a été mis en oeuvre pour minimiser le nombre d’événements à sécuriser. Objectif: ne pas disperser la police et se concentrer sur la canalisation des manifestants qui arriveront samedi. Il faut dire que les différents résumés des services de renseignement n'encouragent pas l'optimisme. De nombreux radicaux – peut-être plusieurs milliers de personnes – envisagent de se rendre à Paris avec la ferme intention de "porter l'assaut final" sur le palais de l'Elysée. Dans une interview accordée vendredi à Paris, Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, n'a pas exclu que "les armes à feu puissent couler" du côté des manifestants. Mercredi, c'est la présidence de la République qui craignait qu'un "noyau ne vienne pas à Paris pour casser et tuer". Une communication maximaliste conçue pour intimider et dissuader les manifestants pacifiques d’affluer à Paris. À titre préventif, les routes et la préfecture ont tamisé les rues de la capitale, éliminant les grilles métalliques situées au pied des arbres. De nombreux sites ont été vidés et des plaques de goudron ont été placées sur les trottoirs. De toute évidence, Paris est dans un état d'alerte maximale.
Samedi dernier, dans le quartier des Champs-Elysées
Un nouvel appareil
Pour faire face à cette atmosphère apocalyptique, le ministère de l'Intérieur a réquisitionné près de 100% de ses effectifs. Les chiffres sont également peu crédibles: 89 000 policiers et gendarmes seront mobilisés ce samedi en France, dont 8 000 à Paris. Seize postes de police seront exclusivement dédiés à la garde à vue. Une douzaine de véhicules blindés du camp de Versailles-Satory seront déployés dans la capitale, une première. Leur dernière sortie en France remonte au démantèlement de la ZAD Notre-Dame-des-Landes en avril. Ces machines, "ce n'est pas l'armée, ce ne sont pas des chars, ce sont des moyens spécialisés de la gendarmerie nationale qui permettent notamment de dégager les barricades", a tenté de minimiser le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, lors d'une conférence de presse Vendredi. Beaucoup critiqué après l'échec de la police le week-end précédent, le ministre a également annoncé une réhabilitation tactique. Quittez la zone de type «fan zone» avec 4 000 policiers rassemblés sur les Champs-Élysées pour établir un coffre-fort étanche dans lequel les manifestants ont été invités à entrer. La présence de nombreux voyous samedi dernier a largement submergé ce "verrou", incapable, de par sa rigidité, de s'adapter à la mobilité des émeutiers. Cette fois, des unités très mobiles seront dispersées dans tout Paris, telles que la Brigade de lutte contre la criminalité (BAC) ou 70 officiers de police de la Brigade de recherche et d'intervention (BRI) en formation civile. L'idée est d'aller au contact et de faire de nombreuses arrestations avant que des dommages importants ne soient commis. Pour les autorités, il est hors de question de revoir des images catastrophiques du saccage de l'Arc de Triomphe.

Les ultras attendus
Qu'en est-il des ultras parmi les gilets jaunes? Pour expliquer les violents affrontements du week-end dernier, le secrétaire d'Etat au ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, avait déclaré que des voyous s'habillaient dans une chasuble fluorescente "pour se camoufler". Leur nombre? Environ 3.500. Le même scénario est très attendu pour ce samedi. Certains dirigeants de petits groupes d’ultradroite ont réitéré leur appel au report du lancement à Paris. Quant à l’ultragauche, il ne fait aucun doute qu’il sera également présent en nombre. Vendredi, lors de sa conférence de presse, Christophe Castaner n'a pas non plus "exclu" la présence de militants radicaux venus de l'étranger. Le ministre de l'Intérieur a même déclaré que "les membres du personnel de l'Arc de Triomphe disent avoir vu un Allemand et un Portugais se casser à l'intérieur du monument". En conséquence, le procureur de Paris a pris des réquisitions autorisant 800 agents de la force publique à "procéder à des contrôles d'identité et à des fouilles des bagages sans justification des soupçons". Les trains à destination de Paris, les abords des gares ferroviaires et des gares de péage près de la capitale seront particulièrement surveillés.
Lycées et banlieues: les inconnus
Tous les lycées parisiens seront fermés ce samedi, ont informé les parents par courrier électronique. Instructions du rectorat, en accord avec la préfecture de police. Il n’était pas question de prendre ce risque, d’autant plus que cela aurait nécessité la mobilisation de CRS auprès des institutions. Y aura-t-il beaucoup d'élèves du secondaire dans la procession? Difficile à prévoir. Les syndicats des lycées n'appellent pas à des manifestations, mais leur influence sur le mouvement reste limitée. La vice-présidente de Fidl (syndicat étudiant minoritaire) Marouane Majrar craint "que les jeunes des quartiers n'entrent en vigueur. Nos comités locaux de Seine-Saint-Denis, du Val-d'Oise et du Val-de-Marne disent que les gens veulent venir faire une pause, les banlieues ont un réel engouement pour la mobilisation des gilets jaunes. Le risque existe. D'autant que cette vidéo montre des lycéens de Mantes-la-Jolie (Yvelines) agenouillés à la tête par des policiers, suscite un fort sentiment de colère à l’égard de la police (lire page 9). Etienne Arnould, professeur d’histoire-géo au lycée Louise-Michel de Bobigny, n’a pas non plus l’impression que des lycéens de banlieue vont se démonstration de vestes jaunes ". Autre inconnue: la participation de jeunes des quartiers périphériques parisiens. Formellement, le comité Adama, dont le but est de lutter contre la violence policière et le racisme, appelle les habitants des communes périphériques à se e sur Paris. Rendez-vous est donné avec le groupe Action anti-fasciste Paris-banlieue, à 10h du matin à Saint-Lazare.
Le gouvernement hésitant
Une "réunion de crise" à Matignon, vendredi après-midi? L'entourage du Premier ministre a dû nier la rumeur: rien de plus, dit-on, une réunion "travaillant" avec certains ministres pour préparer le grand débat sur la fiscalité promis par Edouard Philippe, censé commencer le 15 décembre partout sur le territoire. Le Premier ministre passera la journée samedi "entre Matignon et les hauts lieux de la capitale" de la capitale, a annoncé son équipe. Emmanuel Macron, il sera à l'Elysée que certains manifestants ont promis de contacter, et pourquoi pas investir. L'exécutif, comme la majorité, attendait avec impatience "l'acte IV" du mouvement, après une semaine de confusion. Entre une chorégraphie illisible autour des augmentations de la taxe sur les carburants – suspendue mardi pour six mois, annulée mercredi … mais qui n'est pas formellement exclue du retour de l'année prochaine – la perspective d'une résurrection de l'ISF, évoquée par les secrétaires d'État Benjamin Griveaux et Marlene Schiappa alors renvoyée par l'Elysée; ou les appels passés aux organes intermédiaires, que l'exécutif avait pensé pouvoir contourner au début de la période de cinq ans et qu'il exhortait maintenant à œuvrer pour l'apaisement. Vendredi, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a plaidé "l'urgence sociale absolue" pour inviter les entreprises à faire un geste envers leurs employés. Au centre du tourbillon, une figure muette et presque invisible: Emmanuel Macron, de retour depuis le week-end dernier (lire page 10), et qui ne devrait pas intervenir publiquement avant le "début de la semaine prochaine", a déclaré vendredi le président du National. Assemblée, Richard Ferrand. Il est vrai que le chef de l'Etat, au plus fort de l'impopularité, n'aura probablement pas deux chances d'être entendu.

Marie Piquemal

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Willy le devin

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Dominique Albertini

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Marlene Thomas

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