Pantin : une nouvelle mobilisation anti-crack a réuni environ 80 personnes

« Quand est-ce que l’on manifeste devant le commissariat ?, suggère un riverain. Ça fera peut-être bouger les choses. » Il s’arrête, sautille sur lui-même et commence à scander : « On n’en peut plus ! On n’en peut plus ! ».

À quelques pas, parmi les dizaines de visages rassemblés, ce lundi soir, à Pantin, pour protester une nouvelle fois contre l’installation de crackeux aux portes de Pantin et d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), Katia, Éric et Stéphane, un trio de quinquagénaires, continuent de se mobiliser. Pancarte à la main : « Soignez-les, protégez-nous », et une variante, venue de Katia : « Moi, je dis crack bol ! »

Dominique, aussi, reste une fervente militante. « On met des bougies pour fêter un non-anniversaire de quatre mois de l’indignité de la République », explique-t-elle. Des petites bougies sont posées sur une table. Certains en ont déposé au pied de ce que tous appellent le « mur de la honte » érigé par la préfecture pour empêcher les crackeux de circuler entre leur square parisien et Pantin. Un jeune homme s’amuse ironiquement de la symbolique. « On en est réduit à prier alors qu’on ne croit pas en Dieu, pour que les choses bougent. »

Ils étaient tous des premières manifestations, il y a quatre mois. Quand le préfet de Paris a donné l’ordre de déménager les deux cents toxicomanes des jardins d’Eole, place Auguste-Baron, aux portes de la Villette, à proximité immédiate d’habitations et de commerces de Pantin et d’Aubervilliers. Ils sont encore du combat, quatre mois plus tard, alors que cette situation ne devait durer que « quelques semaines ».

La pétition de Pantin a déjà recueilli près de 1 400 signatures

« Il y a un peu moins de monde que les autres fois, estiment Katia, Éric et Stéphane, mais on doit être là. C’est important que l’on montre que nous ne sommes pas contents. » Ils étaient environ 80 manifestants ce lundi, dont Bertrand Kern (PS), Karine Franclet (UDI), et François Dagnaud (PS), respectivement maires de Pantin, d’Aubervilliers et du XIXe arrondissement de Paris, pour continuer de crier leur colère, échanger, tenter de trouver d’autres moyens d’action pour se faire entendre.

« On ne lâchera rien », insistent les élus. Bertrand Kern a vivement invité à signer et à relayer une pétition mise en ligne par la ville de Pantin durant les fêtes de Noël, qui récolte déjà près de 1 400 signatures. « Il ne faut absolument pas se résigner », poursuit Karine Franclet. « Ce qui s’est passé ce matin, ne réglera rien, remarque François Dagnaud. C’est une opération de nettoyage. »

« Un démantèlement et pas un déménagement », entend-on grommeler dans les rangs des riverains. Les engins de chantiers et les pelleteuses ont dévoré tous les baraquements de fortune construits depuis décembre sur le camp. « C’est ignoble », « violent », « des méthodes de barbares qui ne répondent ni aux besoins des habitants, ni à ceux des gens sur le camp », tempêtent trois riverains.

Les abris ont été détruits, les lieux nettoyés. « C’est un nouveau pied de nez, souffle Stéphanie Benoist, présidente de l’association Village 4-Chemins. Par expérience, pour en avoir discuté avec d’autres membres d’autres collectifs, quand les engins démantèlent, ça a, par le passé, amené à des évacuations à venir. » Elle avertit par ailleurs sur la problématique du soin et de la prise en charge de ces malades de la drogue.

Dans un courrier envoyé, ce lundi, à Anne Hidalgo et que Le Parisien s’est procuré, le préfet de police Didier Lallement annonce s’être mis à la recherche d’« un terrain qui ne relève pas de l’espace public et sur lequel pourraient être implantées ces personnes ».

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